Interview]
Fabien Hein (Hard Rock, Heavy Metal, metal? Histoi
02/2004 - par e-mail
Fabien Hein est l’auteur de « Hard Rock, Heavy Metal, metalâ€' Histoire, cultures et pratiquants » (éd. Mélanie Seteun & Irma). Il livre dans cet ouvrage une réflexion très profonde sur l’histoire de ce dérivé récent du Rock, qui se décline aujourd’hui à toutes les sauces : Dark, Goth, Black, Neo, Electro, Indus, Pagan, Christian, et tant d’autres sous-courants puisent aux sources du Metal pour se le réapproprier en fonction des cultures et du désir, du message (ou non). Rencontre avec un analyste averti etâ€' fan.
- ObsküR[e] : Depuis le milieu des années 90, des courants obscurs se sont très largement développés dans le Metal, y a-t-il un lien avec les frayeurs millénaristes qui secouent l’humanité à chaque changement de millénaire ?
- Fabien Hein : Il me semble que la tendance au Metal sombre n’est pas récente. Elle est même entièrement liée à l’histoire du Metal. En son temps, Black Sabbath, fondateur du Heavy Metal affichait très clairement son goût pour les ambiances sombres en déclarant vouloir chercher à écrire de la musique d’horreur. De son côté, Led Zeppelin, même s’il produisait un hard rock plus « léger », affichait un goût prononcé pour l’occulte par le biais de Jimmy Page. Il faut par ailleurs rappeler que le Metal prend ses sources dans le blues et que le blues, celui des origines, n’est pas franchement festif. En regard de cette histoire, on peut donc penser que cette propension aux ténèbres est une caractéristique fondamentale du Metal. Si on analyse les choses d’un point de vue philosophique, on pourrait faire l’hypothèse que le Death Metal, le Black Metal, le Doom Metal, le Metal gothique, le Sludge, etc., établissent une filiation directe avec le christianisme qui se fonde sur la pulsion de mort, le masochisme, la souffrance, la douleur et la négativité, dont le corps du plus célèbre des crucifiés a fixé la norme. En effet, ces genres promeuvent très largement ces éléments au travers de leur musique ou de l’imagerie qu’ils véhiculent. Il est d’ailleurs amusant de noter que le black Metal est à ce titre en plein paradoxe. On ne peut pas lutter contre le christianisme en faisant siens les attributs historiques de son ennemi. Pour être pleinement efficace d’un point de vue conceptuel, il faudrait que le black Metal oppose par exemple au christianisme, un hédonisme épicurien. Cette contradiction permet de penser que l’enjeu est certainement ailleurs. La sociologie permet de penser les choses différemment. En effet, un grand nombre d’amateurs de Metal que j’ai interrogé pour mon étude déclarent éprouver énormément de plaisir à écouter des musiques sombres. Cela n’en fait pas des êtres dépressifs ou suicidaires pour autant. Bien au contraire, ce sont généralement des gens qui apprécient la vie et les émotions que le Metal leur procure. Et les émotions sont déterminantes dans les pratiques culturelles et artistiques. Sans elles, elles n’auraient aucun sens. Par ailleurs, il faut souligner que l’on retrouve cette tendance au sombre dans la musique classique ou contemporaine, mais également dans la peinture, la littérature ou le cinéma. L’histoire de l’art toute entière est traversée par ce penchant. Selon Harris Berger, un ethnomusicologue américain qui a également travaillé sur le Metal, l’art nous permet d’expérimenter des émotions sans avoir à souffrir de leurs conséquences. On peut expérimenter la violence sans avoir à souffrir de l’humiliation, on peut expérimenter la peur sans avoir à être menacé, on peut expérimenter la tristesse sans avoir à subir la perte. Les émotions permettent de nous sentir vivants. Mais on peut également faire l’hypothèse que le recours à des thématiques sombres est un moyen pour conjurer la mort, pour la dédramatiser et pour nous aider à accepter notre condition humaine. Je pense qu’il y a probablement un peu de tout ça dans l’art en général.
- Le Metal explore des horizons de plus en plus extrêmes, et pourtant le public, souvent très jeune, ne semble pas rebuté par cette radicalisationâ€'
- Il est difficile de résister à l’attrait de la nouveauté, tu en conviendras. La nouveauté nous procure de nouvelles émotions. Et les émotions sont intéressantes, excitantes par définition. L’histoire du Metal nous montre qu’il est le fruit d’une radicalisation permanente. Pour prendre des exemples, on peut dire qu’à la fin des années 70, c’est Mötorhead que l’on considérait comme le groupe le plus extrême de la planète. Puis, au début des années 80 sont apparus Venom, Metallica, Slayer qui chacun ont rajouté une couche dans la radicalité. Ils ont alors été pendant un temps les groupes les plus extrêmes du moment. C’est toujours dans une perspective historique et temporelle qu’il me semble devoir envisager le caractère extrême d’une musique. Ce que l’on défini comme tel aujourd’hui ne le sera plus demain. D’autres groupes en repousseront les limites. Le Death Metal apparaît, et il est suivi du Brutal Death. Le Doom apparaît et on arrive aujourd’hui à une forme extrême du Doom avec le Crippling Doom. C’est une histoire sans fin. Ce besoin de repousser les frontières est une dimension anthropologique, je veux dire qu’elle n’appartient pas seulement au Metal, mais qu’il s’agit d’une caractéristique propre à l’être humain. Il suffit de penser à la génétique, à la recherche spatiale, où encore à la bêtise... Ceux que l’on appelle jeunes font partie d’une catégorie de personnes particulièrement perméable à la nouveauté et de ce fait, certainement plus sensible à la musique extrême, à ce qui sort du lot. Aimer et rechercher les musiques extrêmes, et donc différentes, constitue pour les jeunes une manière de se distinguer des autres et d’affirmer leur identité. C’est une caractéristique de la jeunesse que l’on retrouve dans les pays occidentaux. Pour prendre un autre exemple qui me semble être signifiant, il suffit de penser à l’effet qu’a eu Elvis sur la jeunesse dans les années 50. Il était totalement extrême pour son époque. Si les jeunes l’ont autant adulé au départ, c’est qu’il représentait une alternative sociale qui les différenciait de leurs parents et qui leur permettait de se constituer identitairement en tant qu’un groupe social distinct de celui de leurs parents. C’était révolutionnaire. Maintenant, il me parait néanmoins délicat d’affirmer que les jeunes ont une préférence pour les musiques extrêmes, cela mérite d’être vérifié. L’éventail des genres musicaux est tellement fragmenté qu’il offre une multiplicité de possibilités d’identification et il n’est pas certain que les jeunes se retrouvent majoritairement sous la bannière des musiques extrêmes. Le rap et la techno ont un public jeune également très important.
- Les fans de Metal sont reconnaissables à leur look bien particulier, mais il semble que celui-ci est davantage mis en avant par les adolescents que les adultes, cela reflète-t-il une sorte de crise de personnalité des plus jeunes ?
- Je ne pense pas qu’il faille analyser ce phénomène en terme de crise. Les amateurs de Metal au sens large apprécient tout particulièrement d’afficher leurs préférences musicales. C’est ce que j’appelle métalliser sa vie. Montrer son attachement à la musique, c’est s’emparer des attributs propres à ses groupes favoris, ou à son genre musical de prédilection. Encore une fois, cela permet à la fois de se distinguer et de se rattacher à une communauté de goût. Cet affichage ostentatoire a selon moi deux fonctions principales. D’un côté, cela maintient les profanes à distance, de l’autre, cela facilite les rapports entre individus ayant les mêmes goûts musicaux, qui éprouvent le sentiment d’appartenir à une même famille. La musique constitue un lien social extraordinaire. Personnellement, j’ai souvent engagé la conversation avec de parfaits inconnus qui arboraient un t-shirt d’un groupe que j’appréciais. C’est l’idée toute simple du point commun. Si on revient aux ados, il est évident qu’ils se situent dans une phase au cours de laquelle ils cherchent à se définir en tant qu’individus. En admettant qu’ils apprécient le Metal, ils peuvent chercher à s’approprier les codes vestimentaires de leurs modèles. Ils en trouvent des tonnes dans les magazines. Mais au bout d’un moment, ils vont s’apercevoir qu’ils ont tous la même dégaine au sein de leur groupe d’appartenance. Il va donc falloir qu’ils mettent en œuvre un nouveau processus qui va leur permettre de se distinguer à l’intérieur même de ce groupe d’appartenance. Certains amateurs de Metal ont un mal fou à choisir le t-shirt qu’ils vont porter pour un concert. Il leur faut celui que les autres n’ont pas. C’est à mon sens ce que l’on voit à l’œuvre lorsqu’on observe la progression des looks comme ceux de Max Cavalera ou Logan Mader par exemple. Ce ne sont certes plus des ados, mais ils sont toujours dans cette logique de la surenchère. Ils affirment ainsi leur unicité.. Le tatouage, le piercing et encore d’autres pratiques corporelles participent de cette logique de distinction. On peut faire l’hypothèse qu’elles s’inverseront à un moment donné pour revenir à des pratiques plus discrètes. Analysons par exemple, la taille des cheveux dans le Metal. Dans les années 70 et 80, les cheveux longs étaient un attribut quasiment obligatoire. On n’était pas dans le coup sans ça. C’était l’armée à l’envers. Puis subitement, au début des années 90, ce code s’est progressivement relâché sous l’influence d’artistes tels que Phil Anselmo (qui arborait alors son crâne rasé et tatoué) et grâce à l’incorporation du Metal dans le courant Hardcore et Industriel (valorisant plutôt les cheveux courts). Quantité d’amateurs de Metal se sont subitement trouvés libérés de cette contrainte capillaire. Aujourd’hui, ces codes vestimentaires et corporels peuvent prendre quantité de formes. C’est à la fois l’heure du grand mélange pour certains genres, mais aussi celui de la radicalisation pour certains autres cherchant farouchement à préserver des codes vestimentaires stricts et pour lesquels tout changement constitue une menace.
- N’est-ce pas un peu déroutant pour l’ethnologue cette confusion vestimentaire grandissante ? Les Goths Rock et les Goths Metal sont issus de cultures très différentes et aujourd’hui se confondent presque, visuellement parlant ?
- C’est très juste. On peut éprouver quelques difficultés à s’y repérer dans tout ce micmac. On s’y perd d’autant plus lorsque l’on est un néophyte. Mais un œil exercé sait faire la différence. Un t-shirt, une coupe de cheveux, une manière de se comporter en public peuvent renseigner assez précisément sur des individus aux looks pourtant très proches. C’est un peu le même type d’exercice à produire lorsqu’il s’agit de distinguer entre un skinhead nationaliste et raciste et un skinhead antiraciste. Quelques points de détails permettent de faire la différence. D’où l’intérêt du travail de description ethnographique, qui, lorsqu’il est mené de l’intérieur, permet de faire émerger ces différences et donc de produire des nuances d’importance qui contestent souvent les clichés habituels et grossiers que l’on nous propose beaucoup trop fréquemment dans certains médias.
- Le Metal véhicule un certain nombre de clichés négatifs au sein du grand public, y a-t-il des fondements à cela ?
- Si on considère le grand public comme la masse des individus regardant la télé en début de soirée, il faut hélas le considérer comme une victime consentante des médias. Ces derniers sont contraints pour diverses raisons de proposer du sensationnel. Pour cela, les médias vont présenter des images spectaculaires. Lorsqu’ils s’intéressent au Metal, il ne faut pas attendre des médias qu’ils nous proposent un discours nuancé et profond sur l’amour qu’entretient l’amateur de Metal avec sa musique, sur le plaisir qu’il en retire, sur la construction identitaire et le lien social qu’il favorise. Non, pour faire de l’audience, il vaut mieux accentuer des clichés présentant l’amateur de Metal comme un crétin inculte, tout juste bon à boire de la bière en écoutant de la musique satanique qui lui donnera le courage de commettre un meurtre ou de retourner les croix d’un cimetière. Je ne peux pas nier que de tels comportements peuvent exister. Bien qu’ils soient totalement marginaux, les médias continuent de les exploiter à fond, sans la moindre nuance. En présentant les amateurs de Metal sous cet angle grossier, voire diffamant, on affaiblit la valeur sociale et culturelle de ce genre musical. On dévalorise la réalité des amateurs et des pratiquants de Metal à peu de frais. Effectivement, porter des jugements de valeur discriminants sur un groupe culturel permet de faire l’économie d’un examen approfondi à son sujet. La recherche scientifique que j’ai mené sur les amateurs de Metal va totalement à l’encontre de ces stéréotypes. J’ai par exemple pu dégager qu’ils étaient fortement diplômés, qu’ils sont plutôt bien insérés professionnellement et qu’ils font pour l’essentiel partie des classes moyennes. Cela modifie pas mal le regard que l’on peut porter sur ces individus. Dans l’ensemble, les amateurs de Metal ne représentent aucune menace pour la société. En tout cas, pas plus que d’autres groupes culturels. Cela a même été démontré par des criminologues québécois. Selon moi, on peut dire que les amateurs de Metal sont même plutôt conformistes sur le plan social. Ce sont d’excellents consommateurs qu’on a tort de mépriser. Ils constituent un poids économique réel. Ils achètent des disques, des instruments, paient souvent chers leurs places de concerts et leurs t-shirts et en outre, paient leurs impôts, s’impliquent dans la vie associative, etc. Ce sont des citoyens comme les autres à la différence qu’ils affectionnent un type de musique non légitime. Pour finir, je dirais que l’amateur de Metal a surtout bon dos. Parce qu’il est voyant et quelquefois outrancier, il cristallise tous les maux de la société qui évite ainsi de s’interroger sur la vraie nature des problèmes qui se posent à elle. Il est tout de même étrange de constater que lorsqu’un crime est commis par un amateur de Metal, on mentionne toujours cette caractéristique. Par contre, l’association avec la musique n’est jamais faite lorsque le criminel est fan de Mozart ou de Johnny. C’est très curieux, mais aussi très révélateur de la manière dont le Metal est perçu dans notre société.
- Existe-t-il une vraie culture Metal ou doit-on plutôt parler de "sous culture" ?
- Si l’on considère la culture comme un ensemble de codes partagés par un groupe particulier, alors oui, il existe une culture Metal. Mais attention à ne pas réduire les amateurs de Metal à cette seule culture. Comme les autres citoyens, l’amateur de Metal est un individu pluriel. Il vit des expériences socialisatrices hétérogènes. Il traverse constamment plusieurs mondes. Son identité n’est jamais exclusivement celle d’un amateur de Metal. Dire du Metal qu’il est une sous culture contribue encore une fois à le dévaloriser par rapport à d’autres formes culturelles qui seraient légitimes. Au nom de quoi ? Qui décide de la légitimité culturelle en France ? En gros, on peut répondre : les médias, l’université et les politiques. Ces institutions méconnaissent totalement les formes culturelles qu’elles n’ont pas élues et de ce fait, il arrive qu’elles les méprisent. On les désigne donc comme étant des sous cultures par ignorance. On préserve ainsi son pré carré de toute tentative d’intrusion d’un élément extérieur. C’est une vieille tradition française que de privilégier la haute culture, celle de la forme de Kant et celle, idéaliste, de Platon. Tout ce qui ne rentre pas dans le cadre est dénigré. Dans les pays anglo-saxons ou en Allemagne, on est plus pragmatique et on reconnaît la valeur des musiques qu’ils appellent populaires. Certaines universités proposent des cours sur l’histoire du Metal. En France, on est loin du compte. Cela étant dit, il me faut également nuancer le tableau. Certains organisateurs de concerts parviennent à obtenir des subventions de leur ville, département ou région pour organiser des festivals Metal, ce qui est loin d’être négligeable et marque une certaine forme de reconnaissance. Cela étant dit, la fragmentation du Metal est telle qu’il est probablement plus juste de parler en terme d’une multiplicité de cultures Metal (que certains magazines généralistes comme Rock Hard cherchent à fédérer) ayant leurs propres codes et qui, à l’occasion, peuvent éventuellement se mélanger au cours de festivals. Mais bon, le plus souvent elles s’ignorent, voire se méprisent. L’exemple le plus récent qui me vient à l’esprit est celui du t-shirt de la dernière tournée de Cathedral (avec Samael) qui mentionnait au dos « death to nu-metal ». J’ai trouvé cette mention parfaitement puérile et stérile. Grotesque pour tout dire, si on lui ôte l’effet comique qui nous renvoie à Manowar qui utilisait le même type de procédé simpliste dans les années 80. Mais c’est un bon exemple pour illustrer que les genres Metal reproduisent quelquefois le même type de schéma que les institutionnels qui portent des jugements de valeur en toute mé-connaissance de cause. En agissant de la sorte, certains individus cherchent à imposer leur vision de ce qui doit être considéré comme du Metal authentique. En utilisant la méthode du dénigrement, ils se ridiculisent eux-mêmes en pensant pouvoir jouer à la police du Metal tout en affichant leur ignorance. De quel droit peut-on affirmer que le Hard FM vaut mieux que le Metal progressif, ou que le black Metal vaut mieux que du Neo Metal ? On ne peut pas préjuger des émotions que chacun de ces genres apporte à ses amateurs. Par conséquent, rien ne nous permet de dévaloriser certains genres Metal sous prétexte que nous n’avons aucun goût pour eux. Attention, en disant cela, je ne cherche pas à ériger artificiellement une famille idéale du metal, à construire une unité illusoire sur le modèle keupon. La critique reste possible et même souhaitable. Mais le dénigrement radical est inutile. Je veux simplement dire qu’il vaut mieux réfléchir avant de proférer des conneries. Aucune émotion esthétique n’est a priori plus ou moins valable qu’une autre. A ce titre, les artistes, par leur capacité à nous procurer des émotions, au même titre que leurs médiateurs (organisateurs de concerts, labels, webzines, amateurs, etcâ€') ne sont jamais méprisables. Il faut au contraire les louer pour le bonheur qu’ils font partager à ceux qui ont le privilège de pouvoir les entendre.
- Quelles ont été tes motivations pour écrire ce bouquin ?
- Je suis amateur de Metal depuis de très longues années. Par ailleurs, je suis également sociologue. J’ai trouvé enthousiasmant de combiner les deux domaines, d’autant plus qu’on ne dispose pas d’ouvrages de ce type en langue française.
- Que penses-tu de l’approche adoptée par Frédérick Martin dans son essai consacré au black metal, Eunolie ?
- Son approche vise avant tout à proposer un tour d’horizon de la production black Metal à travers le monde. Le projet est intéressant, mais si l’on tient compte du sous-titre de son ouvrage « Conditions d’émergence du Black Metal », on ne peut être qu’un peu déçu à sa lecture, dans la mesure où ces fameuses conditions d’émergence sont très peu traitées en définitive. L’auteur nous présente le Black Metal comme quasiment déjà là . Alors que si l’on s’en tient au Black Metal norvégien par exemple, il aurait peut être été intéressant de voir comment l’esprit tourmenté et tragique du Black Metal est traversé par l’œuvre d’artistes norvégiens célèbres tels que le peintre Edvard Munch, le dramaturge Henrik Ibsen ou encore l’écrivain Knut Hamsun. Il me semble que c’est plutôt là qu’il aurait fallu chercher les véritables conditions d’émergence d’un genre musical comme le Black Metal.
- Tes cinq albums Metal incontournables ?
- Exercice impossible pour moi. Je m’en tiendrai donc aux albums que je considère comme particulièrement séminaux. Evidemment, les premiers albums de Led Zeppelin et de Black Sabbath. Ensuite, « No sleep ‘til Hammersmith » de Motörhead. « Highway to hell » d’AC/DC. Puis « Kill ‘em all » de Metallica. On arrive à peine au début des années 80 !!! Pour citer un groupe des 90’s, je finirais par « Sky Valley » de Kyuss. Mais je suis très loin du compte.
- Sans vouloir te transformer en devin, quelle évolution vois-tu pour le Metal dans les années à venir ?
- Oula ! De plus en plus perverses tes questions ! Si l’on observe l’histoire du Metal depuis ses origines, on observe trois grandes phases : surenchère, radicalisation et hybridation. Le monde du Metal va probablement continuer d’évoluer au sein de ces registres. Par ailleurs, la fragmentation des genres va également se poursuivre. Il va en apparaître de nouveaux, on va en réactualiser d’autres plus anciens, etc., etc. Ces mouvements sont une constante de l’histoire du Metal. Ils lui permettent de se régénérer. Cela déplait souvent aux puristes, mais cela présente l’avantage énorme d’apporter un nouveau souffle au Metal. C’est précisément ce qui fait la force et la vitalité de cette famille musicale. Cette souplesse génétique et ce rejet de la consanguinité nous promet encore de très belles œuvres à venir selon moi. Lorsqu’on entend les travaux les plus récents de groupes tels que Tool, Opeth, Solefald, Khanate, Burst, Meshuggah, Mastodon, High On Fire, Bethlehem, Nasum, Krux, Genocide Superstar, Spiritual Beggars, Sparzanza, Eyehategod, Esoteric, Neurosis et j’en passe et des meilleurs, on se dit que le champ des possibles est infini. La seule limite étant la créativité de l’homme. En cela, le Metal constitue une famille musicale exemplaire.
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