Interview]

Christophe Lorentz - Carnets Noirs II

Logo de Christophe Lorentz - Carnets Noirs II

01/03/2006 - Mail

Après la parution d’un premier volume consacré à la scène internationale, l’expérience "livre" de "Carnets Noirs" remet ça et offre un très beau second volume, bellement illustré et dédié à la scène francophone. Dans le but de cerner les contours d’un environnement artistique resté plus confidentiel que les scènes dark internationales, l’équipe rénovée de Christophe Lorentz, co-auteur et co-responsable du projet avec Mario Glénadel, a tâché d’assembler les pièces d’un puzzle complexe et resté mystérieux pour un grand nombre. Face à la difficulté de l’inventaire, les écrits d’Alyz Tale, Stéphane Leguay, Yannick Blay, Max Lachaud, Olivier Camus, Rose Vignat, Olivier Badin, Cyril Adam et Olivier Steing visent à donner chair au passé et dans le même temps à éclairer les lanternes. Allumez les feux, et patience. Un tome III devrait voir le jour tôt ou tard.

Photo de Christophe Lorentz - Carnets Noirs II

-Obsküre : La sortie du deuxième tome de "Carnets Noirs" voit enfin le jour. Quelles sont les raisons de notre attente ?

- Christophe Lorentz : Elles sont multiples. Tout d’abord, ce volume II devait comprendre à l’origine, outre un long chapitre sur la scène française, des chapitres sur l’aspect "culture" et "attitudes", c'est-à-dire la littérature, le cinéma, les beaux-arts et le look. Mais après de nombreuses réunions de travail, et alors que de nouveaux auteurs avaient commencé à plancher sur ces parties, nous nous sommes rendus compte qu’il y avait en fait matière à faire un volume entier sur la scène française, et que les autres chapitres pouvaient être encore plus développés pour constituer un troisième volume. A partir de ce moment-là, nous avons également dû recruter de nouveaux auteurs pour traiter des artistes français qu’aucun membre de l’équipe initiale ne maîtrisait. Nous tenions aussi, autant que possible, à contacter les artistes directement, ce qui a ralenti considérablement le processus d’écriture : les artistes n’étaient pas toujours facile à retrouver, à joindre ou n’était pas disponibles au bon moment...
De plus, nous avons rencontré de nombreux problèmes financiers, la société d’édition d’origine ayant dû déposer le bilan suite à la faillite du diffuseur du Tome 1â€' Tout cela a entraîné une perte de motivation chez la plupart d’entre nous, au moins durant une certaine période. Et puis il y a eu des crashes de disque dur, des déménagements, des maladies, des pertes d’emploi, et autres tracas de la vie quotidienne qui sont venus empiéter sur la bonne marche du travail, car n’oublions pas que chacun d’entre nous a travaillé sur "Carnets Noirs" en marge de ses occupations quotidiennes, prenant sur son temps libre ou son temps de sommeil.

- Comment s’est découpé le travail entre les collaborateurs sur ce tome II consacré à "La scène francophone" ?

- Il a été clair, dès le départ, que certains souhaitaient s’investir moins dans l’écriture pour ce tome II que lors du tome I, principalement parce qu’ils connaissaient moins les artistes français. Le travail a été donc beaucoup plus morcelé : après avoir finalement procédé à un premier découpage par chapitres – et donc par grandes familles d’artistes – chaque auteur a choisis les artistes qu’il souhaitait traiter. Ce qui fait que chaque chapitre est composé de paragraphes écrits par différents auteurs. Et nous avons ensuite dû trouver de nouveaux auteurs, tels Olivier Camus, Max Lachaud, Olivier Badin, Cyril Adam ou Yannick Blay, afin de traiter des artistes que nous connaissions mal ou qui nous avaient échappés.

- Quelles sont les éventuelles difficultés auxquelles vous vous êtes heurtés dans la réalisation de ce Tome II ?

- Outre les soucis financiers et techniques que j’ai évoqué précédemment, il y a eu le problème de devoir retrouver la trace de groupes que nous voulions traiter mais sur lesquels nous n’avions que peu d’informations. Puis, les artistes consultés ont dû relire les paragraphes les concernant et apporter d’éventuelles corrections. Tous n’étant pas forcément réactifs, il a fallu parfois de longues semaines avant de pouvoir boucler un texte. De plus, notre photographe Stéphane Burlot possédait surtout des photos d’artistes français récents, et il a donc fallu récupérer des images directement de la part des artistes, surtout lorsque ceux-ci avaient cessé leurs activités depuis un moment. Et puis, gérer une équipe de plus de dix personnes, ce n’est pas toujours facileâ€'

- Avez-vous rencontré directement la plupart des acteurs figurant au sommaire à l’occasion de l’écriture du livre ?

- Beaucoup ont été contactés par mail, mais tous les artistes abordés n’ont pas été contactés. Il y en a dont nous n’avons pas retrouvé la trace, d’autres qui étaient tout simplement impossible à joindre, pour une raison ou une autre. Certains auteurs ont aussi choisi de faire leur texte sans passer forcément par un contact avec les artistes, mais dans la mesure du possible, nous avons tenu à ce que les artistes puissent corriger eux-mêmes les éventuelles erreurs ou oublis.

- De quelle manière apprécier cette scène francophone démultipliée en termes de genres et dans le contexte de chaque époque ? Est-ce une scène qui vit sous l’influence d’une domination anglo-saxonne ou allemande, ou a-t-elle à ton avis cultivé au contraire des particularités intrinsèques ?

- Nous avons volontairement choisi de ne pas indiquer de styles musicaux précis dans les titres de nos chapitres, à l’inverse de ce que nous avions fait sur le tome I. D’une part, car la France n’est à l’origine d’aucune création d’un style musical précis, à l’inverse de l’Angleterre ou des Etats-Unis. D’autre part, car les groupes français ne sont pas souvent faciles à catégoriser. Il est vrai que les artistes français se sont souvent inspirés, à leurs débuts, des pionniers de chaque genre, mais ils ont tous développé aussitôt une spécificité typiquement française, qui fait tout le charme et l’intérêt de notre scène. La scène hexagonale est généralement beaucoup plus distanciée, subtile, complexe et intellectualisée que la scène allemande, anglaise ou américaine, et ce quel que soit le style musical abordé.

- La scène francophone te parait-elle aujourd’hui en bonne santé, et comment cet underground là vit-il les récentes évolutions du marché du disque et sa révolution subséquente à l’explosion de l’Internet ?

- C’est une question qu’il faudrait poser aux artistes eux-mêmesâ€' Mais en tant qu’observateur extérieur, j’ai le sentiment que l’underground français est surtout très actif en matière de musique électro-industrielle, au sens large. C’est surtout ce domaine qui gère le mieux les évolutions du marché de la musique dont tu parles, notamment grâce à son goût pour les éditions limitées, les packaging originaux, la vente par correspondance via Internet, mais aussi via la création de labels et de structures de promo et de diffusion, et grâce à toutes les possibilités offertes par le Web : communautés, forums, extraits MP3, vidéos à télécharger, informations, web radios, goodies, blogs... Malheureusement, j’ai l’impression que les groupes beaucoup plus rock, perpétuant les traditions gothic ou cold-wave, sont de moins en moins nombreux et que les labels dédiés à ces musiques sont de plus en plus rares. D’où la difficulté pour eux de se faire entendre.

- Il se murmure qu’un complément au tome II pourrait sortir prochainement. Est-ce en projet et si oui, que contiendra-t-il ?

- En fait, afin de ne pas dépasser un prix de vente de 40 euros, nous avons supprimé deux gros chapitres qui étaient un peu controversés au sein même de l’équipe. Il s’agissait du premier chapitre sur "Les Grands Anciens", à savoir les groupes expérimentaux des années 70 ayant ouvert la voie au développement de la musique sombre dans l’hexagone (Magma, Art Zoyd, Heldon) ; et d’un chapitre sur "Les têtes d’affiches controversées", c’est-à-dire des gens comme Mylène Farmer ou Noir Désir qui ont popularisé certains canons esthétiques ou thématiques des musiques sombres et undergound auprès du grand public. Mais ces deux chapitres ont été illustrés et maquettés, et seront téléchargeables en intégralité sur le site de "Carnets Noirs", aussitôt que nous aurons réglé certains problèmes techniquesâ€'

- Espérez-vous rééditer prochainement le tome II et sera-t-il revu par rapport à sa version première ?

- Au vu des ventes, il semblerait effectivement que nous allons bientôt réimprimer des exemplaires du tome II, sans doute avant la fin 2006, puisqu’il sera prochainement épuisé. A ce moment-là, nous corrigerons certaines coquilles ou erreurs qui nous ont déjà été signaléesâ€'

- Avez-vous reçu des retours des (nombreuses) formations figurant sommaire de ce Tome II ?

- Oui. La plupart sont enthousiasmées par le résultat. D’autres ont relevé certaines erreurs, que nous tâcherons de corriger lors de cette prochaine réédition. Mais quoi qu’il en soit, que les retours soient négatifs ou positifs, le fait même que les artistes prennent la peine de nous écrire pour réagir témoigne d’un intérêt marqué pour notre travail, et de l’importance qu’il y a pour eux à figurer dans un ouvrage comme le nôtreâ€'

- Envisagez-vous de même de réactualiser périodiquement le tome I à l’avenir ?

- Nous avons toujours considéré Carnets Noirs comme un ouvrage évolutif. Le tome 1 a déjà connu trois réimpressions, chacune corrigeant les erreurs de la précédenteâ€' Mais réactualiser le tome I voudrait quand même dire rajouter des pages, et sans doute beaucoup de pages... Nous en avons souvent parlé, mais il n’y a pas de décision arrêtée pour le moment.

- Que prépare l’équipe pour le tome III ? A quoi sera-t-il consacré et vous êtes-vous déjà fixés un planning de travail ?

- Le tome III, qui sera le dernier "Carnets Noirs", sera consacré à la partie "Culture et attitudes". On y trouvera de longs chapitres sur le cinéma, la littérature, les arts et le look. Peut-être aussi une partie sur la BD, mais là, rien n’est sûrâ€' Nous n’avons pas encore arrêté de date, car nous avons d’abord à assurer la promotion de ce tome II et sa réédition éventuelle. Toutefois, une sortie en 2007 est envisageable, car certains chapitres sont déjà bien avancés au niveau de l’écriture.

- "Carnets Noirs" ne fait depuis le départ l’objet que d’une sommaire page Internet. Pensez-vous développer à l’avenir un site d’archive sur les mouvements et artistes dont vous parlez dans le format livre, ou le Net est-il un support dont vous excluez pour l’instant le développement ?

- Le site a été fait spontanément, et rapidement, par Stéphane Burlot lors de la sortie du premier tome, plus comme un moyen de promotion. Mario Glénadel s’occupe de répondre au courrier, et Stéphane met le site à jour lorsqu’il a un peu de tempsâ€' Nous étudions la possibilité d’avoir un nouveau nom de domaine, et peut-être de développer un peu plus le site. Mais nous sommes déjà tellement occupés avec l’ouvrage lui-même, que c’est effectivement quelque chose que nous n’avons pas le temps de développer plus avant. Mais il faut néanmoins surveiller le site de "Carnets Noirs", car les chapitres à télécharger y seront bientôt disponibles pour les heureux possesseurs de l’ouvrage.


Carnets Noirs
Acte II – La scène francophone
Collection : e-dite k-ïnite
Format 21 x 29,7 – Relié – Couverture illustrée
256 pages
Prix : 39€
ISBN : 2-84608-177-8- EAN : 9782846081771
Sortie février 2006-03-24

Contact : carnetsnoirs.free.fr
e-dite : 79 rue amelot – 75 011 Paris
Tél : 01 43 14 23 33 / Fax : 01 43 14 62 52


Emmanuël

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