Interview]

Frigo

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05/2006 - par email

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-ObsküR[e] :Le premier opus marque en général l’état initial de l’art dans l’esprit du publicâ€'Avez-vous ressenti dès lors une pression particulière lors de la réalisation de « Funambul » ?

-Bren : Même si de manière générale le premier album marque "l’état initial de l’art" comme tu le précises, notre discographie riche de plusieurs maxis nous a permis de nous trouver musicalement dans le passé. Nous n’avons pas ressenti de pression particulière du fait que nous savions où nous allions et que les morceaux étaient la suite logique de tout ce que nous avions construit avant. De ce fait il n’a pas été enregistré dans l’urgence et les différentes questions et interrogations qu’on peut avoir lors de l’enregistrement du premier disque étaient digérées depuis les précédents enregistrements.

-Que souhaitiez-vous atteindre sur ce premier album ? Aviez-vous a priori une idée de la globalité que vous vouliez toucher, ou avez-vous fonctionné de manière empirique, expérimentale ?

-Max B : Oui, nous savions où nous souhaitions aller avec chacun des titres au moment où nous avons commencé à les enregistrer. Déjà, lorsque nous composons, nous construisons une ossature bien précise, mais qui peut évoluer, celle-ci nous permettant de savoir dans quelle direction aller. On fonctionne ensuite par ajout de couches successives, de boucles. Cela permet de mieux travailler sur les ambiances, les contrastes, les ruptures. On utilise pas mal d’instruments différents, et chacun de nous trois évolue autour de guitares, basse, batterie, pads électroniques, claviers, sampler, etcâ€'l’ « expérimentation » se travaille donc avant l’enregistrement. Après, nous n’avons pas travaillé les morceaux en amont afin qu’ils soient liés les uns autres, comme une pièce en plusieurs actes.
Bren : Les deux modes de fonctionnement sont défendables. Le fait de travailler avec nos expériences personnelles est la manière la plus naturelle pour composer. Cet album est donc la suite logique de la construction de notre projet musical dans la durée. Mais pour être franc nous ne cherchons pas a être compris de tous ,sans pour autant vouloir nous sectariser. Nous essayons de donner le maximum de nous et d’exister sans faire trop de concessions artistiques.

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-Votre musique est plus ouverte que jamais, apparaissant à la fois glaciale, organique, noise et électronique sur "Funambul". On imagine le degré d’hybridation qui doit marquer vos cultures musicales respectives. D’où venez-vous musicalement ?

-Max B : J’écoute tout ce qui me touche. Ça peut aller du rock barré à la Jesus Lizard, du math-rock à la Oxes, du post-rock à la Arab Strap/Mogwaï, de l’électro souvent atmosphérique à la Boards of Canada / Manitoba/M83, du noise, des choses plus pop aussi. En général, il y a toujours une certaine dimension de mélancolie, de tristesse, voir de mal de vivre dans ce que j’écoute. Bizarrement, les morceaux mélancoliques me rendent heureux. Concernant Frigo, je pense que nous allons explorer plus encore la géométrie variable autour de nos instruments car c’est une manière excitante d’aborder les morceaux. Chanter un titre en Français (« Borderline ») est un exercice qui m’a aussi beaucoup plu et il est fort probable qu’on réitère l’expérience.
Bren : Ma culture musicale a pour fondement des titres aux mélodies plus ou moins froides,ou acidulées. J’ai été bercé par la pop et le rock avec des groupes comme The Smashing Pumpkins, The Cure, Pulp, Smiths .A cette même époque ma frangine était branché par toute la veine « hardos » des 90. Du coup, j’ai aussi plus ou moins écouté des groupes comme Iron Maiden, Metallica , AC/DC et autres Megadeth. Par la suite je me suis plus focalisé sur l’essence même de la musique à savoir le rythme. Du coup je me suis considérablement ouvert .Aujourd’hui mes écoutes vont de Magma a de la musique roms ou brésilienne, du jazz au black metal.

-Le nouvel opus bénéficie de nombreuses collaborations, ce qui confirme (si besoin est) l’ouverture de Frigo. ( Scott McCloud, Tepr et Troy Von Balthazar). Qu’attendiez-vous de chacun de ces artistes par rapport aux titres sur lesquels ils interviennent respectivement ?

-Max B : Au départ, c’est surtout pour se faire plaisir que nous avons fait appel à eux, car nous aimons beaucoup leur travail. Nous souhaitions juste qu’ils apportent leur « touch », leur personnalité à nos morceaux.
Bren : Nous étions impatient de voir dans quel mesure le talent de chacun allait être mis a contribution dans l’environnement musical de Frigo. Pour le titre avec Troy, nous avons travaillé à partir d’une petite démo et tout le monde était assez curieux du résultat final. Pour « Comportment Notice », nous avions tenté plusieurs options sans succès. Scott nous a amené quelque chose d’incisif, de très personnel et mystérieux.
Concernant Tepr c’est un ami et le fait de travailler ensemble est venu tout naturellement, la proximité géographique aidant.

-Tepr semble un de vos familiersâ€' Pensez-vous que votre rapprochement lui fasse in fine dépasser le titre de musicien invité dans Frigo ? Avez-vous pour option envisageable le fait de le faire intervenir davantage sur les programmations, ou de l’inviter sur scène pour la prochaine tournée ?

-Max B : Si nous sommes amenés à partager l'affiche ensemble, pourquoi pas. Nous jouons « Westcoast voices » en live, mais d’une façon beaucoup + rock que sur l’album. Je crois que Tepr est déjà pas mal occupé sur son projet perso et sur le prochain Abstrakt Keal Agram. Nous aimons beaucoup le principe des collaborations, les échanges sont toujours super constructifs et ce sont des expériences souvent uniques. Il y a tellement de personnes dont nous apprécions le travail et que nous souhaiterions inviter. Mais d’un autre côté, on souhaite continuer à fonctionner en trio, car c’est une formule dans laquelle chacun s’accomplit à 100%.

-Comment s’est opéré le travail sur les cordes ? Celles posées par Gérard Tempia et Frédéric Deville ont-elles fait l’objet d’une co-écriture avec Frigo ou ont-il livré leurs propres idées à partir des trames que vous aviez fixées ?

-Max B : Ils ont enregistré les cordes pour Brigitte Fontaine, Sonic Youth, Higelin, ... on aime beaucoup leur approche de la musique car ils utilisent des intruments peu conventionnels munis de capteurs electromagnétiques. Les cordes permettent de mettre + en avant encore la mélancolie d'un morceau. Nous avons envoyé nos premières démos, expliqué ce que nous recherchions sans être trop directifs. Sur certains titres comme Draft ou Deadly Summer Trip, nous avions ecrits les parties cordes alors que sur d’autres, comme Mentronic, Sweetheart, ou encore Pictures of Melancholy, ils avaient carte blanche.

-Frigo vient de sortir un DVD live uniquement disponible sur le site web du groupe. Envisagez-vous de filmer les futurs shows afin de ressortir ce type de format ?

-Max B : Sincèrement, je ne souhaite pas non plus sortir un DVD à chaque fois qu’on sort un album. Ou peut-être en bonus sur des albums. Trop d’images tuent l’image. « Voices from the sea », c’est aussi l’histoire d’un groupe qui existe depuis 5 ans, nous avions pas mal de matière à montrer et MJPEG nous a donné l’occasion de compiler tout cela. Le DVD retrace l’histoire de Frigo depuis ses débuts, à travers notamment des images d’archives. « Wait and see » comme on dit, on verra bienâ€'
Bren : C’est une expérience intéressante qu’on a fait. Maintenant il vient tout juste de sortir, Je pense qu’il faut lui laisser le temps de vivre et de s’épanouir tout seul comme un grand avant d’entrevoir une suite.


Emmanuël

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