Interview]

L Y C O S I A

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03/08/2006 - Studio Report / Paris XX°

Photo de L Y C O S I A

C’est à la faveur de la Nuit des Etoiles que nous passons au studio de Vince pour écouter neuf des dix titres du prochain album de L Y C O S I A. Celui-ci, le quatrième après « No Love Lost » (1998), « Unisex » (2001) et « Lycosia » (2004), sortira chez Equilibre le 31 octobre 2006. Pour Halloween, comme le veut la tradition du groupe.



En compagnie de Christi Scythe (chant, guitare), Don Ragno (batterie) et Vince (programmation), nous découvrons ces nouvelles pistes, sachant que certaines ne sont pas encore mixées.

Le titre de l’album, « Apokalipstick », marque une nouveauté par le jeu de mots qu’il ose : un mot-valise qui témoigne d’un esprit plus cynique que par le passé. « Tant qu’à crever, autant se maquiller » hasarde Vince. C’est en tout cas bien ce que suggère le visuel concocté par Manning Krull, un ami américain du groupe, exilé à Paris pour incompatibilité d’humeur avec ses compatriotes. Cette idée de survie en temps d’apocalypse imminente est emblématique de la situation dans laquelle vivent les trois membres du groupe, « et si d’autres s’y retrouvent, tant mieux ! ».

En effet, certains titres dégagent une chaleurâ€' toute nucléaire ! « Say Fuck Yeah ! » marque par son vrombissement de guitares dans un retour au NIN de « The Downward Spiral », le chant s’envole par-dessus, très mélodique. L’énorme travail de couches rend le son très organique. Ministry est en lien direct pour les basses et la puissance que dégage « Ou Mnaé Draka » qu’on peut traduire par « La Violence Juste », morceau d’ « indus tatare » pour Vince. Christi Scythe explique :
« Nous voulions reprendre l’idée du chant de guerre qu’était « Scythia » sur l’album précédent. Là, nous avons samplé le bruit de mes claquements de dents pour symboliser les pas cadencés d’une armée en marche. Ça va, selon nous, avec l’aspect tribal qu’a développé le groupe au fil du temps. ».
Le refrain en russe et le retour d’instruments ethniques font toute la différence avec le groupe de Jourgensen. Un morceau rejoint encore cette idée de mosaïque du plaisir qu’on ressent dès la première écoute : « Kiss Me Hard » rappelle à la fois le refrain baston de « Scythia » et le son de Voivod, mâtiné d’un chant à la Johnny Rotten. Un petit break bien punk à la batterie en fin de morceau démontre aussi que l’idée d’impact s’aborde de multiples façons chez L Y C O S I A. Aucune envie de stagner. Quelque part, on se dit que les multiples changements de line-up du groupe leur ont aussi donné cette liberté totale lorsqu’il s’agissait d’aborder un nouvel album. Bien sûr, à trois, les discussions sont facilitées :
« Il nous apparaissait aussi évident que l’arrivée de Vince et son implication allaient faire évoluer le groupe ». Tout concorde et les jeunes gens ont mûri. « Finalement, plus les années passent et plus le cercle se restreint : j’aimais les Tétines Noires quand j’étais jeune, confie Don Ragno, et je me retrouve à bosser avec eux dans Dead Sexy, idem avec Vince qui vient de Sinâ€' Les braves restent et se retrouvent, malgré les déboires ! ».

L’influence de Vince est évidente, naturelle dans l’évolution du groupe. Le son est globalement très dense, organique, rejoignant le travail de production du dernier Depeche Mode ou celui d’un titre comme « Only » de Nine Inch Nails.
« Left Over » et les progrès du chant de Laurent, doublé sur le refrain, son riff heavy créent une chanson très dans l’air du temps marqué par un renouveau du rock à guitare, décomplexé par rapport aux rythmiques groovy qu’il incorpore. L’accélération finale densifie le propos pour en faire un tube potentiel. « Don’t Say A Word » prolonge cette piste avec une voix plus légère, planante même. C’est Antonie (Les Tétines Noires, Lt-No, Elephant Sound Systemâ€') qui assure la basse de ce morceau calibré pour les clubs, un morceau « plus groove qui sera en fin d’album ou de concert pour le plaisir de la danse ». De la même façon, « Last Splash », déjà jouée en concert sur les dernières dates de la tournée, mixe hard-rock 80 et sons modernes sur un fond funky, avant un virage techno-transe étonnant. « On aimerait bien le pousser dans une version de dix minutes pour figurer sur un single, on a encore trois quatre autres titres comme « Tender Lips » ou « Pixie » mis de côté, faute de tempsâ€' ».
Leur arrive-t-il de vouloir surprendre le public ? « Non, il y a longtemps qu’on se fout de savoir à quoi s’attendent les gens qui vont acheter nos disques. » Le but est de ne pas se répéter et d’avancer, envers et contre tout. « Tant mieux si on nous suit là-dessus, mais il est vrai aussi que sous ses aspects festif, ce titre a une dureté sous-jacente. »
Les structures des morceaux sont toujours aussi peu linéaires, réservant des breaks :
« C’est le goût de Christi pour la composition, c’est difficile de trouver sept accords qui vont bien ensemble et qui n’ont pas encore été joués. Il y réussit. Par le passé, il accumulait les breaks, mais comme le dit l’adage : trop de breaks tue l’intensité d’un morceau. Sur cet album, on est arrivé à un bon équilibre, je crois. » Vince a raison, les morceaux conservent leur force sans se vautrer dans la simplicité de certains gimmicks du metal-indus.

On retrouve aussi l’ambiance plus new-wave que le groupe affectionne depuis « Unisex ». Ainsi les guitares de « All These Words », très Cure, construisent un morceau plus rock qui progresse vers la dureté. La batterie a un son implacable en même temps que dansant. La voix bien grave de « Follow Me » ( à la Type O’) s’achève sans ridicule dans les aiguës et on retrouve, là encore, un son très Cure. « C’est notre chanson pour les filles, déclare avec un sourire Christi Scythe, c’est notre petite gogoth celle-là, elle dégage une sensualité dark et en même temps elle est bien rock, mid-tempo, l’interaction avec les grattes me fait monter ! ». Assez long, le morceau est un lien évident avec l’album précédent.
« Light Years » est « la plus légère, la plus innocente » pour Don Ragno : sens aiguë du break, refrain accrocheur, un titre bien plus doux, certes, mais dont la guitare bien grasse empêche d’oublier que c’est avant tout du rock. Un rappel réussi à l’univers d’ « Unisex » ?
« En fait les paroles toute en énergie, en enthousiasme, sont plutôt un hommage à notre situation à Christi et à moi dix ans plus tôt, confie Don, quand on traînait dans la voiture et qu’on souhaitait faire de nos vies des vies rock'n'roll. Il me parle, ce morceau, et je suis content de le sortir maintenant, de dire qu'en quelque sorte, ça y est, on a réussi et moi je suis un musicien pour de vrai... C’est ma vie et on emmerde ceux qui avaient tablé sur la mort du groupe. »

En sortant début novembre, l’album pourra sans discussion figurer dans le top dix annuel de nombreux chroniqueursâ€' Le site sera mis à jour à cette date avec un visuel reflétant les avancées, tant psychologiques que musicales, du trio.

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Sylvaïn

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