Interview]
Alyz Tale
25/01/2007 - Par e-mail
Alyz Tale n’est pas que la rédactrice en chef du sombre magazine Elegy, non, Alyz, c’est aussi une charmante jeune femme à l’humeur rayonnante, dont la sensibilité s’illustre à travers de nombreuses photographies d’une qualité étonnante.
Elle revêt plusieurs peaux pour jouer le rôle du modèle, afin de mieux s’immerger dans les différentes visions de l’esthétisme underground. Ouverte et originale, son bon goût est notoire en matière de collaboration photographique. Alyz nous livre ici son ressenti par rapport aux mouvances actuelles dans le milieu de la photographie et de l’art numérique. Plus qu’un modèle, une actrice inspirante de la scène culturelle, qui ne manque pas d’attiser la curiosité des stylistes et autres photographes de mode...
- ObsküR[e] : Avant de se lancer dans les questions qui te lient au milieu Dark, comment es-tu devenue modèle ?
- Alyz tale : Assez simplement en fait. J’ai rencontré un photographe, Eric Keller, qui m’a proposé de poser. Je n’avais jamais posé auparavant, mais le travail d’Eric est vraiment superbe, alors j’ai tenté. Je n’ai pas été déçue, bien au contraire. Puis de fil en aiguille, tu rencontres d’autres photographes, d’autres modèles, ça s’enchaîne vite.
- C’est vrai. Tu sembles incarner plusieurs rôles dans tes photographies. Lequel (ou lesquels) préfères-tu ?
- Je n’ai pas vraiment de rôle préféré. J’aime poser justement parce que cela me permet d’entrer dans la peau de personnages différents les uns des autres, c’est ce que je recherche. Si je faisais toujours le même type d’images, je pense que je m’ennuierais et arrêterais de poser. Disons alors que mon « rôle préféré » est justement celui d’en jouer plusieurs.

- Quels sont les artistes avec qui tu as travaillé dont la collaboration s'est avérée une expérience inoubliable ? Et pourquoi ?
- C’est une question particulièrement difficile car aucun photographe n’a la même façon de travailler, c’est une expérience totalement différente à chaque fois.
Ceci dit, il y a des séances que l’on retient plus que d’autres car elles deviennent de véritables périples : la séance avec Aaron Hawks dans un hôpital abandonné (squatté par un groupe de SDF), avec Frédéric Champion dans un château abandonné aussi, avec Miss Red sur le toit d’un immeuble à midi en pleine canicule, à Stockholm avec Daniel Knutsen dans une gigantesque usine vide, à New York avec Brian Bothwell sur un vieux bateau qui ressemblait à un décor de la Cité des Enfants perdus, ... Bref, des endroits peu habituels, plus ou moins loufoques, impressionnants voire inquiétants. J’imagine que c’est ce genre de choses qui marquent et font que l’on se souvient. Après, pour ce qui est de la collaboration en elle-même, c’est impossible de répondre car chaque collaboration est unique. D’une manière générale, ça se passe toujours bien, tout le monde est là pour le plaisir, ça ne peut donc que bien se passer et être un bon souvenir.
- N'as-tu jamais eu envie de saisir un boîtier et de créer tes propres clichés ? Si oui, à quel style aurais-tu aimé t'adonner ?
- C’est déjà un peu le cas, j’expérimente quelques images quand j’ai du temps. Mes photos ressemblent davantage à de l’illustration qu’à de la photo pure je pense, dans un style un peu surréaliste et, je l’espère, poétique. Mon site de « photographiste », si l’on peut dire, est en reconstruction en ce moment, je n’ai pas le temps de m’en occuper, mais je peux t’envoyer quelques images récentes si tu veux.
- Avec plaisirâ€' Selon toi, qu'est-ce que l'univers artistique underground Dark peut apporter de plus que la photographie plus institutionnelle ? Crois-tu en une reconnaissance plus large, et pourquoi pas, voir ce médium devenir un art majeur ?
- Cela fait longtemps que l’univers photographique dark influence les autres domaines. On trouve des références au milieu goth ou fetish dans un grand nombre de photos de mode, que ce soit dans les looks, les maquillages ou les atmosphères. La plupart des grands noms de la photo se sont prêtés à ce jeu. En un sens, je conçois que cela puisse être agaçant, agaçant le « je déguise un mannequin en goth », mais d’un autre côté, cela sublime le genre. Les photographes de mode ont un savoir-faire, un matériel et une technique que l’on ne trouve pas (ou très rarement) dans le milieu amateur, mettre ces atouts au service d’un style alternatif, c’est le rêve ! Il suffit de regarder certaines photos de David Lachapelle, Erwin Olaf, Ellen Von Unwerth, Eugenio Recuenco ou encore les pubs Jean-Paul Gautier, Galliano et cie, ils ont tous beaucoup emprunté aux styles alternatifs, et c’est de l’alternatif ouvert au grand public, c’est du talent exceptionnel au service de looks décalés. Bref, ce qui se fait de mieux en somme, à mon avis. Aujourd’hui on retrouve Dita Von Teese dans les pages de Vogue, et des filles vêtues de noir, de résille et autre velours un peu partout dans les magazines de mode, dans la pub et sur les podiums. Cela fait un moment que les looks propres aux milieux underground dits « dark » se sont en quelque sorte « démocratisés ». Je ne sais pas si c’est bien ou pas mais pour ma part, j’apprécie de voir des photos alternatives de grande qualité.

- Il y a de plus en plus de jeunes modèles "gothiques" qui se prêtent au jeu de la photo. Selon toi, qu'est-ce qui pousse ces jeunes filles à se vêtir (ou se dévêtir) de vinyle, de splendides robes noires ou de maquillage sanguinolent, plutôt que de poser de manière plus classique ?
- Je pense qu’il est difficile de généraliser car chacun(e) a ses raisons de poser, mais je pense que le Web a été un « déclic », il a permis de faire sauter bien des barrières dans le milieu de la photo, qui n’est plus du tout réservé à un cercle d’initiés. Mais pour en revenir à ta question, si c’est vrai qu’il y a une recrudescence de jeunes modèles (et pas seulement dans le milieu goth d’ailleurs), je pense simplement que ces jeunes filles voient des photos circuler sur le Net et qu’elles se disent « Pourquoi pas moi ? », tout simplement.
Ceci dit, il est vrai qu’on assiste à certains débordements dans ce domaine, notamment avec la grande mode de la « pin-up moderne » ou des « Suicide Girls », on voit quantité d’adolescentes se faire tatouer sur tout le corps et poser nues sans vraiment réfléchir, simplement parce qu’elles veulent imiter les filles des photos qu’elles voient sur le Net. Nombre de ces filles sont très jeunes, et il y a de fortes chances qu’elles regrettent leurs tatouages d’ici quelques années. C’est dommage, mais il y a des débordements dans tous les domaines, il ne faut pas pour autant juger de manière négative le milieu de la photo amateur.
- L'image de la femme est très forte dans ce milieu, tu es bien placé pour le savoir, que recherchaient la plupart des photographes qui ont travaillé avec toi lors de vos collaborations ?
- Je pense que tous recherchent la même chose : faire de belles images. Quel que soit le modèle, homme ou femme, quel que soit le style, le but reste de créer quelque chose d’esthétique et de fort. Il existe bien entendu des photographes qui ne sont pas là pour les bonnes raisons, les pervers et autres dragueurs du dimanche. J’ai eu de la chance, je ne suis jamais tombée sur ce type de « faux-tographes », mais je sais qu’il en existe un certain nombre et qu’il faut se méfier, surtout pour les modèles débutantes. Mais ces gars-là ne font généralement pas de vieux os, les « nouvelles vont vite » dans le milieu de la photo et si quelqu’un se comporte mal, l’info va circuler et il se fera vite remettre à sa place.
- Y a-t-il un style, un genre ou une attitude particulière que tu désapprouves dans ce domaine ?
- Un style non, il en faut pour tous les goûts. Il y a des styles qui ne m’intéressent pas, mais je ne les juge pas, et ne juge pas les photographes et modèles qui y évoluent, ce n’est pas parce que certains styles ne me plaisent pas que je me permettrais de les désapprouver. Quant aux attitudes, ce que je disais il y a un instant à propos des « faux-tographes » est aussi vrai pour les modèles, les personnes qui ont une mauvaise attitude sont vite écartées aussi, car personne ne souhaite travailler dans une mauvaise ambiance.

- As-tu des projets autres que la photographie ? Musicaux peut-être ?
- L’écriture. C’est une autre passion, que j’ai mise un peu de côté par manque de temps, et aussi parce que j’écris déjà beaucoup dans le cadre de mon travail, mais j’ai envie de m’y remettre sérieusement. J’ai pas mal d’idées en tête, il faut que je m’y remette !
- Et... Pour finir, comme de coutume dans mes entrevues, as-tu un petit mot à dire à nos fidèles et précieux lecteurs ?
- Merci d’avoir pris le temps de me lire (je suis parfois un peu trop bavarde, je sais !), et surtout merci à toi pour cette interview !
Le site d'Alyz Tale : www.visualyz.com
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