Interview]

Fabrice Lavollay

01/03/2007 - Par mail

Les ténèbres font leurs fortes têtes quand il s'agit de contaminer les méandres des artistes. Grand bien leur fasse car nous ne pouvons pas dire que nous restons insignifiants devant leurs réactions plastiques. Fabrice Lavollay veut faire réagir les spectateurs, quitte à déstabiliser les regards. Des thèmes tels que l'enfance, l'ésotérisme ou la science se combinent afin de proposer des oeuvres aussi surréalistes que dérangeantes... On en redemande...

Photo de Fabrice Lavollay

– ObsküR[e] : Bonjour Fabrice, comment vas-tu ? Est-ce que l’inspiration est en forme en ce début d’année 2007 ?

- Fabrice Lavollay : Ça va bien ! Beaucoup de projets en préparation, c'est donc très motivant !

– Certains trouvent tes œuvres dérangeantes, à ton avis, à quoi font-ils référence ?

- A mon avis, ce qui dérange le plus dans mon travail est l'association de sujets qui semblent à priori incongrus. Par exemple, je sais qu'en abordant le thème de l'enfance et en le confrontant avec celui de la mort ou de la psychiatrie, je risque de provoquer certaines réactions. Mais c'est aussi ce que je recherche.

Photo de Fabrice Lavollay

– Question classique mais cependant très intéressante, essayes-tu d’exprimer quelque chose de particulier dans tes œuvres ou est-ce assez inconscient pour laisser place à un esthétisme suffisant ?

- Dans mon travail personnel, il y a bien sûr une part d'inconscient mais le plus souvent je pars d'une idée bien précise que je fais évoluer. Au fur et à mesure que j'avance sur une image j'essaye d'accentuer cette idée de départ jusque à ce que l'équilibre entre la forme et le fond me semble juste.

– Durant tes études, avais-tu déjà une petite idée de ce que tu pourrais accomplir en tant qu’illustrateur peintre ?

- En partie oui ! La majorité des thèmes que j'aborde aujourd'hui étaient déjà présents dans mon travail à l'époque. J'espère juste avoir un peu évolué artistiquement depuis lors (rire) !

– Tu as fais la pochette de Bawdy Festival. Comment les as-tu rencontré ?

- Ils m'ont contacté suite à l'expo que j'avais faite à la Cantada à Paris. Ils voulaient que je fasse leur visuel et étaient tellement motivés que je n'ai pas pu refuser (rire). C'est vraiment un groupe très original qui sait imposer sa différence. Sur scène ils sont très impressionnants à voir. Je suis certain que notre collaboration ne s'arrêtera pas là !

Photo de Fabrice Lavollay

– Certains travaux se rapprochent de la sensibilité de Dali, mais revisités dans une version sombre et underground, es-tu d’accord avec ce ressenti ou penses-tu justement que tes influences sont tout autre ?

- Bien que j'apprécie énormément l’œuvre de Dali, je ne me sens pas vraiment proche du courant surréaliste en général, du moins quant à la forme. Il est certain que mes images font souvent appel à l'inconscient et aux rêves (un des thèmes majeur de Dali). Au départ j'ai surtout été marqué par deux courants relativement éloignés : le symbolisme (Von Stuk, Wiertz, Delville...) et la nouvelle Objectivité (Otto Dix, Christian Schadâ€').

- L’occulte est illustrée de manière très claire dans tes œuvres, essayes-tu d’exprimer des convictions spirituelles ou bien leur place n’est-elle autre que de servir d’ornements à ton contenu ?

- L'occulte est principalement représenté dans mon travail par l'utilisation de signes "ésotériques". Bien qu'ils participent à une forme d'esthétisme, ces signes sont loin de n'être que des ornements. Je suis très attentif au sens qu'ils ont au départ, que je détourne ensuite en les intégrant dans mon image. Leur signification est différente selon le type d'image dans lequel je les place. Ils représentent donc bien plus une source de réflexion que des convictions spirituelles à proprement parler.

- Tu exploites le regard de tes personnages ainsi que la déformation afin d’interpeller le spectateur, peux-tu justifier ce choix et nous éclairer sur le sujet ?

- Je cherche à capter le regard du spectateur. Pour cela j'utilise, entre autres, plusieurs moyens comme le regard des personnages ou la déformation de leur corps. J'espère dès lors que celui qui regarde mon travail est intrigué par ce qu'il voit.

Photo de Fabrice Lavollay

– L’angoisse, la mort, la destruction sont des thèmes récurrents dans ton travailâ€' L’enfance également. Que cherches-tu à traduire en combinant ces notions ?

- Comme je te le disais plus tôt je cherche à provoquer une réaction ! Ces thèmes vraiment "sombres" ont un impact très fort mais ne sont intéressants à mes yeux que si ils sont confrontés à d'autres . C'est amusant d'entendre plusieurs commentaires sur une même image. Ils sont souvent différents, voir même opposés. Chacun participe à lui donner un sens en fonction de sa propre expérience.

– Quels sont tes projets ?

- Je viens de finir la mise en couleur d'un album de BD et je compte maintenant me consacrer un peu plus à mon travail personnel en vue de futures expos. J'exposerai quelques travaux cette année encore au Festival du Film Fantastique de Bruxelles en avril prochain. J'ai aussi quelques pochettes de CD et parutions prévues pour les mois à venir.

www.fabricelavollay.com


GX

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