Interview]

Psycho Shop

Logo de Psycho Shop

27/04/2008 - Par e-mail

P5YCHO 5HOP était au départ un projet annexe, la récréation électronique d’un musicien de métal. Les rencontres et le passage de la vie ont fortifié ce projet et l’ont rendu nécessaire au point que le duo s’est lancé dans un premier album. Forts des expériences antérieures, les deux navigateurs que sont GX et Jessy ont choisi de changer de boussole et de s’orienter vers le grand Nord. Cap sur l’étoile :Wumpscut: avec trois remixes retenus par Ratzinger ! Froid synthétique, chaleur des voix : entre vie et mort, il s’agit d’amener le rock vers d’autres lattitudes. Balançant encore sous le drapeau d’influences plus ou moins visibles, la voile Psycho Shop se gonfle maintenant d’un son travaillé et capte des ambiances qui donnent envie de faire le grand voyage avec eux. D’ailleurs, un troisième marin est monté à bord : Vincent. Prêts pour le grand large, ses profondeurs abyssales et les crètes de ses vagues ?

Photo de Psycho Shop

- ObsküR[e] : Le projet existe depuis 1998, comment expliquez-vous que dix années aient été nécessaires pour sortir un premier album ?

- Gx : Psycho Shop était un side project perso qui s'apparentait plus à un divertissement créatif qu'à autre chose. En parallèle j'étais guitariste dans plusieurs groupes de Metal, Hardcore, Néo... et cela me faisait du bien de bricoler de l'électro sur mon PC afin de m'essayer à d'autre chose. Puis en 2003, j'ai changé ma manière de travailler, je me suis mis à expérimenter « Cubase » avec des VST Instruments. Le premier morceau qui en est sorti était « Black Water »... Là j'ai compris que j'avais du matériel beaucoup plus intéressant que celui que je produisais dans mes groupes. Et par la suite, j'ai cherché vraiment « la » partenaire qui pouvait me suivre sur ce projet, ce n'était pas une mince affaire. J'ai lancé une annonce sur Zikinf, et Jessy de son côté à fait la même en cherchant un groupe d'électro (en parallèle à son groupe de Metal atmosphérique, Tymeless), nos annonces se sont croisées, et très vite on s'est trouvé. Il s'avérait au final que nous nous connaissions car nous avions partagé l'affiche lors d'un concert au New morning. A la suite de quoi nous avons composé, enregistré, économisé (surtout), crée notre label, répété... Tout cela a pris bien du temps, mais les rails sont posés et tout va aller beaucoup plus vite maintenant.
Jessy : Je ne vois pas ce premier album comme un projet sur dix ans en réalité. Une première période fut simplement l'évolution musicale naturelle de GX loin de la scène musicale et loin d'une concrète ambition. Je pense qu'il cherchait simplement à composer la musique qui le touchait le plus.
Lorsque je me suis mêlée à ce projet, beaucoup de morceaux étaient déjà écrits mais je ne pense pas qu'on puisse parler « d'album » car s'ils représentaient des moments vécus ou sentiments éprouvés, il n'y avait pas la cohérence qu'on peut trouver maintenant. J'ai mêlé à l’expérience de Gx mon vécu et ma propre évolution musicale. Nous avons fait un beau mélange qui nous allait à ravir. Mon influence l'a aussi conduit à écrire des morceaux beaucoup plus récemment. Donc nous avons laissés quelques vieux morceaux pour d'autres qui étaient donc « moins mûrs ».

- Est-ce bien toujours le même projet aujourd'hui ? Pensez-vous que le trio que vous êtes désormais va entraîner le groupe vers de nouvelles pistes ?

- Gx : Oui assurément. Il est clair qu'au début Psycho Shop se voulait appartenir au milieu Electro Goth avec des affinités Trip hop très fortes, et ne demeurer qu'un projet studio. L'arrivée de Jessy a (heureusement) tout chamboulé. A tel point que le groupe a muté. Nous avons fait un 1er concert juste tous les deux. Nous avons attiré une certaine attention. Cependant, les gens déploraient un manque d'énergie sonore. Puisqu'il était hors de question d'intégrer une guitare, l'intégration d'un batteur s'est révélée idéal. Vincent (qui était mon ancien batteur dans le passé) est aujourd'hui membre permanent de Psycho, il enregistrera sa batterie et composera ses parties. Il est évident que nous allons garder notre style en mettant l'accent sur le côté métal (toujours sans guitares) sur l'énergie et la folie.
Jessy : Le projet évolue lui aussi. Le trio donne de nouvelles perspectives. Les prochains morceaux reflèteront mieux ce que le batteur et moi-même apportons à Psycho. La base des compositions appartient désormais à nous trois et ne vient plus seulement de Gx. Et cela permettra à Vince d'affirmer cette place de membre permanent ce qui est très important pour nous.

Photo de Psycho Shop

- Quel a été ton apport, Jessy, sur ces premières compositions ?

- Jessy : Les compositions étaient déjà, pour la plupart, construites lorsque je suis arrivée. Mais ce projet devenant aussi mien, il était important que je m'implique aussi pour guider Gx dans la composition, et dans ma vision. On a pu remanier des morceaux qui ne me correspondaient pas à l'origine. Et j'ai pu ainsi, travailler sur les mélodies beaucoup plus facilement.
Le chant plutôt rock que je peux engager parfois donne une dimension humaine au monde électronique qu'il y a derrière. Et je crois que c'est ce qui touche un peu plus de gens, surtout un public qui n'est, à la base, pas adepte de la musique électro ou indus.
Gx : Une sacré touche féminine... Rien de tel pour toucher les gens, notamment quand on a des choses sensibles à faire passer. Demander à un chanteur de HXC Straight edge de poser ses voix n'aurait pas eu grand intérêt.

- Justement, en tant que duo homme-femme, avez-vous joué des parts féminines et masculines de votre musique ? P5ycho 5hop, est-ce un coït musical ?

- Jessy : Gx et moi, nous n'avons pas tout à fait la même approche pour s'exprimer et je prendrai l'exemple des textes. Je vais préférer une approche un peu plus poétique des mots, tandis que lui sera plus incisif. L'alliance donne plutôt un résultat équilibré. Et c'est peut être ce que ressentira le public relativement mixte.
Gx : Indéniablement (rire), un vrai petit couple. On est vraiment sur la même longueur d'onde, on a très vite été surpris de voir à quel point nous pouvions être en accord à ce niveau là. Si ce n'avait pas été le cas, nous n'en sérions pas là aujourd'hui.

- D'où vient l'option du tout électronique ? Un dégoût de la guitare et de la basse ?

- Gx : Il est vrai qu'il y a quelques années j'ai été écœuré de la saturation du monde du Rock et du Métal en France. J'en avais marre d'être noyé dans la masse, je ne voulais pas passé inaperçu. J'avais envie de m'étendre ailleurs, de proposer quelque chose de nouveau. Puis je me suis rappelé de mes 1ères expérimentations avec mon tout 1er batteur en 1996, sur un Amiga (rire), on composait déjà de l'Electro en utilisant des sons Rock, gorgée d'énergie et d'overdrive. Bon le résultat était limité, voir carrément « cheap » car c'était un Amiga, mais ça ne rendait pas trop mal dans la manière de composer. Puis aujourd'hui je me suis permis d'y repenser et d'exploiter l'idée jusqu'au bout.
Jessy : Je venais aussi d'une formation métal, et j'ai eu envie d'autre chose. Dans mes recherches de projets, je regardais aussi les groupes d'indus (donc avec basse et guitare) mais je voulais vraiment un monde électronique. On a eu quelques remarques concernant cette absence de guitare ou de basse, mais je trouve que l'ensemble se suffit ainsi... J'ai disserté il n'y a pas longtemps sur l'évolution du rock, les débouchés sur les différents style actuels. Et j'ai vu comme l'évolution du Rock était étroitement liée à celui de la guitareâ€' Et j'ai conclu en me demandant simplement si on pouvait atteindre le rock sans guitare... Peut être est-ce là l'actuelle évolution ? C'est un défi mais c'est très enrichissant.

- Comment composes-tu, Gx ? Directement sur logiciel devant l'ordinateur en avec une guitare à la base ? Les mélodies sont très travaillées et conservent un feeling live assez poussé paradoxalement.

- Gx : Bon tu veux la vérité? J'embauche des étudiants en musicologie qui composent pour moi, et bien entendu je ne les paye pas ! (rires) Non, plus sérieusement cela dépend. C'est peut-être pour ça que l'album est assez « varié » sur certains points. Il m'est arrivé de composer des parties à la guitare que j'ai retranscrites sur synthé, autrement directement sur l'ordinateur, avec des notes, pour la plupart du temps. Etrangement c'est une technique qui peut t'amener sur d'autres terrains. Mais sinon bien sûr, pour des parties de piano, j'étais obligé d'en utiliser un. Les mélodies représentent l'élément principal de ce groupe. Elles illustrent des émotions très fortes. A cela, effectivement, on leur insuffle de l'énergie.

- Jessy, qui est le « je » de tes textes et à qui s'adresse-t-il ?

- Jessy : Bonne question. Parfois il est le moi sans pudeur. Parfois il est le porteur de valeurs que nous partageons avec Gx. Il s'adresse souvent à moi-même. En effet je ne cherche pas à faire la morale aux autres ou dire comment le monde devrait-être, je cherche simplement à me libérer de mes émotions. C'est une sorte de confession à intérêt général... (rires) Les gens peuvent simplement se sentir concernés par une chanson et se sentir guidés par son issu, une message d'espoir en généralâ€'

- Ecris-tu à côté des textes plus longs ? En quoi l'écriture de chansons change-t-il tes pratiques ?

- Jessy : J'ai toujours beaucoup écrit. Depuis très jeune, j'écris des textes pour chanter, donc je m'imposais déjà une certaine rythmique musicale alors que je ne jouais pas encore d'instruments. A côté de ça, j'adore écrire des poèmes avec de grosses contraintes métriquesâ€' A la Racine... Ainsi écrire des chansons... C'est presque de la rigolade à côté d' « Andromaque ».

- Après cette comparaison, en quoi est-ce important de placer les paroles dans le livret ?

- Jessy : Je déteste acheter un CD et me faire arnaquer par un livret sans paroles. En plus comme ça l'auditeur peut plus facilement entrer dans l'intimité des morceaux et c'est tout à fait indispensable.

- Quel rapport entretiens-tu avec les divers mouvements d'un morceau ? Est-ce un dialogue, une confrontation, des avancées parallèles ?

- Jessy : Nous avons composé le chant pour qu'il soit en osmose avec la musique. Lorsque je chante, la musique est avec moi, nous allons vraiment dans le même chemin : elle soutient mes propos et traduit au mieux mes ressentis. Ce que j'exprime est aussi ce que Gx voulait exprimer. Et si contraste il y a entre la musique et le chant, c'est simplement le résultat de l'ambiguïté de l'homme.

- Quelles influences vous reconnaissez-vous ? De quels groupes souhaiteriez-vous assurer la première partie ?

- Gx : Pour les influences, me concernant, au niveau des mélodies ce serait plutôt du côté de chez Moby, Dimmu Borgir, REM... Pour l'énergie, indéniablement The Prodigy qui a révolutionné ma vision de percevoir la fusion musicale. Autrement, bien évidemment, tous les groupes de Metal que j'écoute depuis plus de 15 ans (la liste est trop longue). Peut-importe avec qui on joue tant que c'est devant un public ouvert et sensible. Mais j'avoue que jouer en première partie de Birthday Massacre, Jakalope ou Johnny Hollow... ça nous plairait.
Jessy : Les premières partiesâ€' Si on doit être cohérent avec le groupe qui suitâ€' Moi, je pencherais pour Johnny Hollow. Si on peut ne pas être cohérentâ€' Je m'autoriserais bien un Static-Xâ€' Pour les influencesâ€' Je ne sais pas si j'ai le droit de répondre... (rires) Je crois que ce qu'on ressent surtout au niveau du chant serait du Tracy Bonham avec une touche d'Alanis Morissette, un peu de Madonna ou encore de Lacuna Coil. Musicalement, Prodigy témoigne vraiment de l'Energie que nous cherchons. J'aime aussi la froideur de Rammstein. J'écoute énormément de choses extrêmement variées qui m'influencent beaucoup : de la musique classique, indienneâ€'

- Je reviens au livret. Son artwork est très travaillé, en quoi les visuels complètent-ils votre musique ? Ne sont-ils pas trop cafardeux ? Je sens dans votre musique plus de vie que ce qu'on voit dans le livret.

- Gx : Bah quoi, elle est mignonne la petite plante sur la pochette, non ? (rires) Pour les photos on voulait quelque chose de sombre et de mystique. La session s'est effectuée dans un hôpital abandonné. Hormis l'amiante, il y avait une ambiance particulièrement glauque à l'intérieur et ça se ressent sur les clichés. C'est intéressant que tu trouves de la vie dans notre musique, car figure-toi que personne n'arrive à se mettre d'accord sur ce point. Certains le trouvent très sombre, d'autre plutôt « positif »... Je crois que l'album représente ces deux aspects, tout simplement comme la vie, avec ses bons et mauvais côtés. C'est une vie dans le noir (rire).
Jessy : Je te rejoinsâ€' C’est au choix une pochette trop mignonne pour un album sombre ou une pochette trop sombre pour un album trop plein d'espoirâ€' La nature est ambivalente.

- La prise électrique de la pochette se mue en plante et le sol de la pièce dévastée est devenu du gazon. Je pensais à des thématiques de destruction et de renaissance, pour ma part. En quoi ces termes peuvent-ils rejoindre votre propos ?

- Gx : Ho c'est très simple... L'holocauste symbolise la destruction... Mais plus comme un changement d'état avant tout, la nature illustre parfaitement ça entre l'hiver et le printemps. Quand il y a de la mort, la vie n'est jamais trop loin. Nos textes exploitent la notion de temps à travers différents états, on jongle avec l'éphémère et avec la fatalité, qui est remise en question justement... L'amour meurt un jour, et un autre naît par exemple.
Jessy : Le lien entre la nature et la civilisation, celle-ci venant se connecter comme un serpent. Cet animal est lui-même le symbole de la mue, du cycle et des saisons. « My Sweet Holocaust » peut évoquer une sainte destruction, la nature qui reprendrait ses droits. C'est un oxymore comme le fait que nous soyons si civilisés et pourtant tellement animal. Nos émotions nous guident et appartiennent à ce monde « naturel »â€'

- Ce nom, P5ycho 5hop, que signifie-t-il ? Pourquoi des 5 à la place des S dans le logo ?

- Gx : Les 5 à la place des « S » c'est purement graphique. Les gens s'en rappellent en tout cas, donc c'est que ça marche à priori. Autrement Psycho Shop, c'est une boutique qui est logé dans nos têtes. C'est là où sont stockés toutes nos émotions, nos souvenirs, nos faiblesses, nos rêves... Jessy et moi on y va pour faire notre petit marché, pour après produire des morceaux « psychotiques ».
Jessy : Comme une boîte à idées !

- Des idées, il vous fallu en avoir pour remixer :Wumpscut :. C’était un challenge assez délicat à relever. Selon vous, pourquoi avez-vous été retenus par trois fois ?

- Gx : Pas un challenge, bien au contraire, j'ai été très à l'aise à les faire car ma sensibilité n'est pas aussi éloignée de celle de Rudy Ratzinger. Et puis c'est le meilleur moyen que j'ai trouvé pour ne pas payer ses albums puisqu'il me les envoyait (rire). Je me suis dis que ça pouvait être un bon test pour Psycho Shop, et effectivement, ça a beaucoup plu. La 1ère fois, j'ai gagné un concours, je suis arrivé numéro 1, c'était assez incroyable. Il trouvait que ma musique avait une âme, quelque chose de différent, c'est plutôt encourageant. Peut-être à cause de mon passé « Metal », ça doit se ressentir dans ma façon de composer. En tout cas je lui en suis très reconnaissant.

- Quelle utilisation le groupe fera-t-il d'un support comme internet ? Vous avez un site et une page myspaceâ€'

- Gx : Oui on a tous cela... Si quelqu’un tape dans Google le nom du groupe, il n’aura aucun problème pour nous trouver. Cependant, tous les groupes sont sur Internet, ont un myspace et même de quoi télécharger leurs albums. Pour le moment nous pensons qu'il est important de proposer notre album en téléchargement, car c'est le moyen le plus simple, le moins long, et surtout le moins cher pour profiter de nous. Mais nous avons de quoi satisfaire les autres bien sûr, nous ne les oublions pas, notre album sera dans les bacs d'ici peu de temps et disponible sur notre site ou sur www.les-independants.com.

- Quelles sont vos prochaines actualités ?

- Gx : Obtenir un disque d'or et jouer au frisbee avec... Mais au fait, comment on fera quand il n'y aura que les MP3 comme support ? On appellera ça Clef USB d'or (rire) ? Non, plus sérieusement nous allons tourner à droite à gauche pour présenter à nos futurs fans l'album et commencer à composer pour le prochain.
Jessy : exactement : j’ai surtout envie de rencontrer le public. Et jouer !

Crédit photos : Vincent Blouin et GX


Sylvaïn

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