Interview]
Muckrackers
05/2002 - par e-mail
Avec une production exemplaire, digne des plus grands labels du genre, Muckrackers vient de nous prouver qu'il n'y a vraiment aucune raison de rougir des groupes d'Outre-Atlantique. Muckrackers est un duo, qui sait ce qu'il veut et l'obtient grâce à ce CD 5 titres (#1) : un album qui allie à la fois une douceur (avec un sample de femme, voix cristalline), et une violence inouïe à la Bile (album SuckPump), subtilement mélangé avec des rythmiques électroniques à la Project Pitchwork. Des titres midtempo, violents avec des rythmiques crossover, saupoudré d'une guitare incisive et fracassante, et une voix proche d'un "parlé" sous mixé et en Allemand bien plus que correct (étant moi même allemand, je m'attendais à une catastrophe due à la mode). Ce subtil mélange détonnant fait de cet opus une preuve flagrante qu'en France, il y ait encore trop de groupes méconnus, et auxquels les labels ne s'intéressent pas. Une bombe atomique dans votre chaine hi-fi, une vision post nucléaire, et vous ne comprendrez pas trop ce qui vous arrive, car ce miroir d'un réel trop morose, fait que vous stopperez brutalement votre rêve en cours, et vous redescendrez rapidement sur terre, afin d'explorer votre quotidien d'une façon violente, cruelle et abjecte. Malheureusement, le monde est ainsi fait ...
-ObsküR[e]:Certains définissent votre style musical comme de l'industriel, d'autres comme du Crossover, d'autres encore comme de la musique sauvage. Comment vous définissez vous objectivement ?
-Muckrackers :Franchement, les termes de crossover ou d'indus nous dépassent un peu de la musique de sauvages, c'est une évidence absolue ! Sauvage au sens primitif, brut, sans maquillage
ni concession, nous faisons en quelque sorte de la musique ethnique, dans le sens où notre environnement quotidien, ce sont les mines, les aciéries, les hauts-fourneaux, les ruines de la sidérurgie, les centrales nucléairesâ€' pas étonnant que ça se retrouve dans notre style de musique. On se définirait plutôt comme des punks électroniques !
- Après avoir écouté votre nouvel opus "#1" en avant première, on sent aux travers de cet album comme une légère connotation de Bile. Violence rythmique MID TEMPO, sons proche d'un pitchfork, le tout saupoudré d'une construction habile et maitrisée. Quel sont vos jugements par rapport à cet album, ou, comment le ressentez vous ?
-On attend vivement le prochain ! Forcément, notre écoute est acérée et on retient surtout les défauts et tout ce qui ne nous plait plusâ€' Bile est une influence non négligeable, ce
groupe new-yorkais est la référence dans le tekno-trash et sa démarche hybride à fortes doses de guitares nous régale. Mais on ne cherche pas à leur ressembler, seulement à trouver notre voie dans un sillon parallèle. #1 est seulement notre seconde production, plutôt mid-tempo en effet et un peu trop lourde parfois, on joue plus vite depuis ! Le point d'honneur que l'on se donne, c'est de ne pas tomber dans la facilité, quitte à se planter parfois dans des arrangements trop tordus, ce qui est un peu le cas de #1. son successeur, #2, sera plus brut et plus direct, plus rapide et bruyant aussi.

- "#1", est-il un album à part entière, ou n'est-ce qu'une démo en quête d'un label ?
-Ni l'un ni l'autre ! Nous avons décidé de faire 5 mini CDs avec de 4 à 6 titres chaque fois, chaque disque étant d'une couleur différente, le premier était rouge, le second orange, le prochain sera violetâ€' Nous ferons ensuite le bilan de ces sorties au niveau
accueil du public, des médias, pour savoir si nous sortons un " vrai " album.
- Pourquoi jouez vous avec cette image Post-Nucléaire ? Image d'Industrie en perdition, en fonctionnement ? Ne trouvez-vous pas que cette image est un quelque peu stéréotype de cette musique ?
-Nous ne jouons avec cette image, elle fait partie de nos racines. Nous venons d'une région, la Lorraine, ravagée par les guerres au point que plusieurs villes et villages ont disparu à jamais du paysage pendant le XXè siècle, où l'industrie sidérurgique est en ruine et on
ne compte plus les destructions de haut-fourneauxâ€' Les cimetières militaires, les champs de batailles et les friches couvrent une bonne partie des terres de notre région, comment veux-tu que ça ne se ressente pas sur notre musique et a priori sur notre image ? Je n'y peux rien si les groupes electro-indus ont le même backgroundâ€' Tu as raison, c'est un stéréotype de ces musiques électroniques et froides, mais on fait attention à ne pas y tomber des deux pieds, on cherche quand même à ne conserver que ce qui nous concerne le plus.
- A l'écoute de ces titres particulièrement travaillés, pouvez vous nous dire comment vous
travaillez, avec quels matériels et quels logiciels ?
-On travaille de la manière la plus cheap qui soit : un 8 pistes numériques, des effets Behringer pas chers (compresseurs et reverb), une table 24 pistes, un sampleur Akai, une
guitare et une basse avec des simulateurs d'amplisâ€' on n'attache pas beaucoup d'importance au matériel que l'on utilise, ce ne sont que des outils, pas trop perfectionnés, mais dont on se sert entièrement, jusque dans leurs défauts. Le plus important, c'est de bien savoir ce que tu veux faire et ensuite seulement comment tu vas y arriver avec les machines que tu as. Une accumulation de machines ne sert à rien pour nous car on s'y perdrait. les bases de notre musique sont très brutes, très simples, impossible de noyer l'énergie sous des
tonnes d'effets ou de synthés, on est des punks électroniques en fait, il est assez rare qu'un morceau prenne forme à partir d'autre chose qu'un riff de guitare !
- Certains titres sont en allemand. Pourquoi avoir fait ce choix ? Ne craignez vous pas des critiques qui feront références à une tendance de la mode importée par ce groupe de Berlin ?
-C'est vrai que c'est la référence qui nous était immédiatement accolée lors de la sortie du premier MCDâ€' pour être franc, on apprécie Rammstein même si on préfère dans le registre Oomph ! ou Megaherz, et puis il ne faut pas le nier, le succès de ce groupe a ouvert des portes dont on profite aujourd'hui, la langue est mieux acceptée un peu partout. Tous les
titres, à l'exception de la reprise concassée des Buggles, sont hurlés en allemand. C'est la langue de mes ancêtre, avec laquelle je suis à l'aise pour raconter mes tourments. J'ai toujours trouvé débile de chanter en anglais alors que je ne maîtrise pas du tout cette langue, tout sonnait faux, une horreurâ€' le vrai défi pour nous, c'est de nous faire accepter avec cette langue en Allemagne, car inutile de te préciser que si on est un peu tous seuls dans l'hexagone, de l'autre côté du Rhin, les groupes indus qui utilisent la langue de Goethe sont légion ! On y joue de plus en plus, mais il faut convaincre, on est un groupe parmi d'autres, et passé la curiosité, le public allemand est très dur, très exigeant. Mais ça nous renforce encore, on apprend beaucoup à se frotter à un public difficile.

- Que donne Muckrackers sur scène ? Quels sont vos meilleurs souvenirs en tournée ? Avec qui avez vous joué ?
-Muckrackers existe d'abord sur scène, ce n'est pas un groupe de home-studio. La fureur
prend toute sa dimension sur les planches, avec un décor d'apocalypse, des bidons métalliques, des filets de camouflage, des stroboscopesâ€' On tient à proposer une mise en scène de nos décibels, et pas seulement des gifles soniques ! Notre principale préoccupation, c'est bien sûr de composer des hymnes efficaces, mais le graphisme, la vidéo (un clip est en cours de montage) comptent beaucoup pour essayer de toucher le public. Notre meilleur souvenir, c'est le festival Bosment l'année dernière où nous avons joué avec nos amis de Kill The Thrill, sans eux, on n'en serait pas là , ils nous ont aidé, soutenu et guidé du temps de mon passage à Marseille, Muckrackers a beaucoup appris à leur côté. Mais il y en aura d'autresâ€' on joue au Bunker44 de Wiesbaden (Allemagne) en juin prochain, c'est un club elektro-indus mythique, on a vraiment hâte
d'y être !
- Muckrackers apparaît sur quelques compilations industrialo-Electro Français, US, ...Comment vous êtes vous fait connaître ?
-Je me sers pas mal d'internet pour trouver les acteurs de la scène indus mondiale, grâce à ce média on peut tisser des liens et échanger nos disques, et puis ça permet une interactivité avec le public qui est très intéressante. On commence aussi, grâce au web, à être sollicité pour des remix, des concertsâ€' les contacts sont plus faciles mais aussi souvent plus froids, plus distants, je préfère quand même rencontrer les gens en vrai.
- Quels sont vos projets dans l'immédiat, et dans le futur pour Muckrackers ?
-Dans l'immédiat, on finit un remix pour
édition limitée de luxe devrait regrouper ces nouveaux titres et 6 remixes d'anciens titres + le clip d'un nouveau morceau dans un packaging spécial. Des titres inédits devraient se trouver d'ici là sur quelques compilations, mais on n'a pas encore de confirmations officielles.
- Participez vous également à d'autres projets, tels que des bandes sons pour des films,des sons pour des sites, des remix, autres ?
-Hormis pour le titre d'

- Quels sont ceux avec qui et pour qui vous travaillez ? Quels sont vos partenaires (si ce n'est pas confidentiel) ?
-On bosse en quasi autarcie-autonomieâ€' à part Metrosapiens, l'asso de notre coin de la Lorraine qui regroupe 15 formations du jazz-core à l'indus en passant par le rock hardcore et qui nous aide pour la logistique, on se débrouille tout seul. Bzeed, un graphiste de nos connaissances, s'occupe de tout ce qui touche aux visuels, et DJ Vivian B. nous aide de temps en temps sur les parties électroniques de nos morceaux.
- Comment voyez vous l'avenir de Muckrackers ?
-Franchement, on n'en sait rien ! Pour l'heure, on veut simplement continuer à jouer et à faire des disques. Bien sûr, on aimerait élargir la diffusion du groupe, et ça passe par des collaborations avec d'autres assos, groupes, labelsâ€' qu'on a hâte de découvrir.
- Quel serait votre plus grand rêve ?
-" se fixer des buts dans la vie, c'est s'entortiller dans des chaînes ". On prend déjÃ
pas mal de plaisir à partager notre musique, les meilleurs moments sont à venir, mais je n'attends rien de particulier ; bien sûr, une signature sur un label prestigieux dans le genre ou une date avec l'un de nos groupes cultes nous remplirait de joie, mais on ne fait rien pour précipiter les choses, on savoure l'instant présent.
Contact : Muckrackers
13 route d'Anderny
54 640 Tucquegnieux, France
tel 003 (0)6-14-74-81-44
http:
muckrackers.multimania.com - muckrackers@yahoo.fr
connectez-vous
