Chronique]
Pretty Girls Make Graves
Pretty Girls Make Graves tranchent dans le lard. Pas sous le signe de l’abrutissement, au contraire. Leurs coups de scalpel offrent une nouvelle chirurgie de l’âme : en mêlant guitares noise, rythmiques punk et légèrement progressives, basse linéaire (on croirait par moment entendre Steve Severin, comme sur « Something bigger, something brighter ») et voix frondeuse (Andrea Zollo, souvent hors d’elle), Pretty Girls Make Graves réinjectent dans leur pop rock bruyante une vie qui avait déserté les paysages désertiques et déprimés des brumeux My Bloody Valentine. Guitares économes (Sonic Youth est beaucoup plus disert en la matière que PGMG), instrumentation minimale mais subtile (les ambiances de « Gransmother Wolf » sont à tomber), appel au sampling pour combler les textures rythmiques, Pretty Girls Make Graves sont à la fois organiques et mécaniques : ses chansons tournent comme des machines (« Mr Club » l’annonce, et l’interlude « 7 » confirme cette donne troublante), mais sont pilotées par des humains, qui ont droit à l’erreur : le très bon grain de voix de Andrea n’empêche pas celle-ci d’être à de rares moments un peu juste en placement. Très inventif sur l’alternance de phrasés rythmiques plus ou moins incisifs, le quintet développe un son brut, empli de la force du punk : une force qui se laisse aller au groove (« The teeth collector », « The new romance »), qui joue aussi sur la torture et l’attaque, mais se révèle instrumentalement plus pensée que l’expression du simple exutoire. PGMG canalise son énergie : « Blue light » impose ses atmosphères et enrobe de ténèbres une basse énorme et une instrumentation retenant la tension. La première moitié du morceau met cette basse en valeur et laisse libre cours à un crescendo des guitares, poussées à l’avant vers cette voix qui aimerait les voir plus intrépides. Intrépidité qui ne les tentera qu’à peine avant le terrible « Chemical, chemical » : ici aussi, la basse de Derek Fudesco prend toute son importance et hisse PGMK à un niveau de tension qu’en d’autres temps Siouxsie atteint aussi, sans doute de manière moins exquise, moins « complice ». PGMG vous embarque, ne vous déclare pas la guerre. Cette dernière technique était valable en 1978, sur « The scream ». Ici, on cajole. Mais une fois la séduction opérée, il vous faut suivre. Prenez une bonne respiration, car ces nouveaux apôtres du bruit, s’ils paraissent sympathiques, vous feront vite dérailler de l’intérieur. Leur manière de vous aimer, c’est de vous faire vous confronter à vos contradictions, au travers de la mise en scène des leurs. Une autre conception de la romance, en bref.
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