Chronique]
Opeth
Volume IV.
"Still life", pré-séquelle de l’essentiel "Blackwater park" (premier disque produit par le leader de Porcupine Tree, Steven Wilson), est un des disques d’Opeth sur lesquels le combo tend le plus vers l’équilibre entre la mélodie et la puissance. Les ex-Eruption ont alors abandonné depuis longtemps les formats étriqués du Death Metal pour conquérir un son puissant et dont l’envoûtement exclut la mise en charpie gratuite. Les structures progressives favorisent davantage la construction de rythmiques tournoyantes que les explications à n’en plus finir de solistes qui, pourtant, possèdent de sérieux arguments techniques en la matière. Opeth préfère le contraste au bavardage, sans jamais laisser son degré d’exigence partir en déroute. Il se dessine sur "Still life" une ouverture concrète aux possibilités de l’acoustique, acoustique qui traverse les titres (la première partie de "Face of Melinda") ou les domine entièrement ("Benighted", entièrement clair). C’est cette idée d’une musique à la fois cotonneuse ou psychédélique, délicate et pointue qui donnera naissance, sur le tard, à l’exceptionnel album acoustique "Damnation", frère jumeau et ennemi de l’entièrement électrique "Deliverance".
Sur "Still life" et pour l’instant, Opeth donne une très grande aération à un Metal à la fois épique et sombre ("The moor", ou le très beau "Moonlapse vertigo"). Les guitares de Mikael Akerfeldt ne rivalisent pas avec celles de Peter Lindgren, elles forment le bloc et partent à l’assaut pour donner un fond mélodique au Death Metal : dans leurs attaques, elles n’évacuent jamais l’importance de la note ou de l’harmonie, préférant à un travail exclusivement brutal le lyrisme plus concret et direct qui fera la marque d’Opeth pour les années qui suivront. Akerfeldt échafaude aussi au travers de ses voix aussi claires que gutturales des plans aléatoires qui donnent à la musique d’Opeth une vie propre, un mouvement, une sanguinité fluctuante.
Exceptionnel dans ses tournures rythmiques (section rythmique d’excellence) comme dans ses arrangements, "Still life" est entièrement produit par le groupe et restera comme un des plus grands chefs-d’œuvre d’Opeth : un quatuor unique, parti alors pour échafauder une discographie des plus exemplaires.
Tracklisting :
1. The moor
2. Godhead lament
3. Benighted
4. Moonlapse vertigo
5. Face of Melinda
6. Serenity painted death
7. White cluster
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