Chronique]
Antimatter
Les héritiers du Pink Floyd de Roger Waters font légion parmi les tenants des "musiques actuelles". Parmi eux, l’ex-bassiste d’Anathema, Duncan Patterson, n’est pas des moindres. Alors qu’on attend toujours la publication de son projet Deathcap, Patterson rechausse les crampons afin de livrer, en compagnie de son indéfectible compagnon de route Mick Moss, le nouvel opus de leur projet atmosphérique commun Antimatter.
Si les deux premiers opus s’étaient révélés plus que convaincants et s’orientaient vers l’épure d’un son Trip-Hop et mélancolique, Antimatter connaît aujourd’hui une nouvelle évolution en l’atteinte d’une dimension purement et entièrement acoustique. Plus question de quelque beat électronique que ce soit, Patterson et Moss abandonnent la modernité. Chassez le naturel, il reviendra au galop.
C’est bien là le point de ralliement des deux hommes : cette volonté d’en découdre avec l’inutilité, le bavardage. Il faut sabrer, sabrer encore, jusqu’à toucher le substrat ("Relapse", dont les claviers hypnotiques et squelettiques rappellent un Pink Floyd rénové façon Archive). Ce désir d’aller à l’économie des couches n’est pas un sacrifice, c’est le SEUL moyen. "Planetary Confinement" est un disque qui aborde la facette la plus mélancolique d’Antimatter, tout en renvoyant une impression de quiétude découlant principalement de percussions rares et introduites avec grande douceur. Cette donne percussive, sommaire, est comme un léger pli sur la couture : elle arrive comme par erreur, mais donne in fine une forme inattendue, accidentelle.
Sur l’album dans son entier, Patterson et Moss ont respectivement composé et enregistré à distance les morceaux relevant de leurs écritures respectives, en Irlande et en Angleterre. Au crédit de Duncan : "Line Of Fire", "Planetary Confinement", "Relapse", "Mr White" (reprise du groupe Trouble, avec qui Anathema avait donné des concerts il y a quelques années) et "Eternity Pt24". A Mick Moss le reste du labeur, pour un résultat lorgnant du côté d’un néoclassique retenu. Le duo dessine alors un propos peut-être plus romantique que par le passé, nimbé de cordes fragiles et de voix en perdition.
Et alors qu’Antimatter se retrouve dans son plus simple appareil, les fantômes de certaines années 70 remontent à la surface, et forment une aura spectrale qui donne un fond de défi à la nouvelle musique d’Antimatter : le groupe joue avec le temps, voudrait nous faire prendre nos distances vis-à-vis de sa condamnation, échapper à l’inéluctable.
Magnifique.
Tracklisting :
1. Planetary Confinement 01:33
2. The Weight of the World 04:45
3. Line of Fire 06:28
4. Epitaph 04:11
5. Mr. White 04:07
6. A Portrait of the young Man as an Artist 04:54
7. Relapse 05:03
8. Legions
07:24
9. Eternity Part 24 08:45
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