Chronique]
Les années 90 avaient signé la régénération d'une dimension populaire du Punk à travers des formes Punk Rock et immédiates. Les années 2000 semblent redécouvrir le POST-Punk, ses affres et sa beauté, et les réinvestir dans une vision empreinte d'immédiateté toute pop. Si de nombreux groupes, Interpol en tête, raffermissent le souvenir d'un certain Joy Division et le réactualisent via une écriture plus posée et accessible, ils n'ont fait que creuser une brèche dans laquelle se sont depuis engouffrées quelques formations dignes d'intérêt.
Dans le genre, les derniers rejetons de valeur se nomment Editors. Il y a fort à parier que PIAS mise gros avec une formation de ce poids là. Car outre la réelle réussite émotionnelle de l'ensemble de ce premier album, Editors a quand même – avouons le - tout pour plaire : un chanteur plutôt excellent (Tom Smith) dont les graves arpentages associent le timbre de Ian Curtis à la fraîcheur 90's des vibrations de Michael Carrodus ("Blood", "Someone says") ; des guitares incisives et rappelant fortement Interpol dans ses meilleurs jours ; une basse ronde, moins groovy que celle des derniers nommées mais suffisamment puissante pour instiller le souffle vital ("Munich", candeur et tension mêlées) ; et enfin, une batterie syncopée et économe dont les bondissements mesurés font rejaillir le désir plus que l'exergue de la puissance ("All Sparks", assise totale et plus beau refrain de l'album).
Editors viennent de faire ce qu'on appelle un "coup", un peu le même que celui qu'Interpol avaient "programmé" avec leur chapitre inaugural. Les dents grinceront de ceux qui ne jurent encore que par le Post-Punk originel, mais qu'elles arrêtent de s'automutiler. Il ne s'agit pas ici de reproduire un esprit. Il s'agit de donner une actualité à un propos qui ne peut se résoudre à mourir, et si les jeunes générations redécouvrent par ce biais Echo & The Bunnymen ou Wire, ce n'est sûrement pas ici qu'on criera à l'usurpation. "The Back Room" est une nouvelle déclinaison, à l'anglaise cette fois ci, des règles originelles du Post-Punk. Ces gamins là n'étaient peut-être pas nés en 1980, mais ils tiennent à maintenir la flamme du malaise dans le rock actuel. Alors certes, leurs compositions sont sans commune mesure avec le génie des prédécesseurs, elles s'avèrent aussi plus calibrées et accessibles que ne le sera jamais "Love will tear us apart". OK. Mais il y a là une vérité, une envie dans ces guitares et cette voix empreinte d'accents dramatiques qui nous font croire, en l'espace de trois quarts d'heure, à un très aimable revival. Car si les choses se décomplexifient par rapports aux exposés tribaux de Joy Division, ils ne perdent jamais de vue cette difficulté à être soi qui transpirait du son de 1980.
Certes plus héroïques et enrobées, ces litanies de la jeunesse ne sont jamais "fières". Alors, dans un monde ou la bravade et la crânerie valent monnaie courante, Editors ramènent sur le tapis leurs petites gueules de sauveurs.
A ce compte là, ne comptez pas sur nous pour leur jeter la pierre.
Tracklisting :
1. Lights
2. Munich
3. Blood
4. Fall
5. All Sparks
6. Camera
7. Fingers in the Factories
8. Bullets
9. Someone says
10. Open your Arms
11. Distance
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