Chronique]
Umbra Nihil
Umbra Nihil sont dans le vrai. Vraiment. En exploitant les rudiments du doom à dessein de pachydermiser sans vergogne un stoner-rock de grandes distances, la dernière trouvaille du besogneux label Firebox interpelle. Si le langage parlé ici est répertorié et en usage depuis une grosse trentaine d’année, le groupe s’illustre par des inflexions bien à lui et une articulation pas toujours orthodoxe. Ainsi, bien qu’on semble de prime abord se trouver en présence d’un doom classique et économe en effets, « Gnoia » ne tarde pas à afficher sa spécificité au niveau des mélodies. Le plus grand nombre de ces dernières n’est en effet pas constitué de messes crépitantes en cordes mineures, mais plutôt de gammes rock très arpégées conjuguées au mode fermentation en cave close. La nuance a son importance : « Gnoia » ne pèse pas sur les épaules comme un carcan d’angoisses, mais offre au contraire de nombreuses prises dynamiques à travers ses guitares nonchalantes imprégnant des circuits mélodiques déliés, aux traits de basse bien en pied, propres à se laisser glisser loin de toute tension urbaine.
Flanqués d’un soliste de métier (un certain MM), Umbra Nihil s’autorisent des dizaines de minutes entières de parenthèses instrumentales libérées du souci de symétrie, dont le feeling ne trompe pas : comme en atteste la superbe outro « Fade Out », le groupe a du passer une bonne partie de son « éductaion » musicale le nez dans les seventies, plus particulièrement tout ce qu’elles ont enfanté de mini-laboratoires psychédéliques.
Et si on relève quelques nappes sismiques sous la surface, quelques growls bien crasseux disséminés dans le décor, c’est par souci de maintenir un contrepoids auditif bienvenu – histoire de ne pas laisser la musique s’évaporer par surplus de légèreté. Après tout l’album est censément inspiré de l’imaginaire lovecraftien, et se devait en conséquence de suggérer une menace écrasante tapie sous la relative trivialité du confort mélodique. De ce point de vue l’équilibre est bon – des titres méandreux et bien potelés comme « Fear of the Void » ou surtout « The Dreams in the Witch-House » dégagent une atmosphère parfaitement suggestive.
En prenant un minimum de recul vis-à-vis de l’écoute, on devine aux musiciens une sorte de flegme distancié devant un édifice pourtant peu banal érigé à la rustique – de l’aveu du groupe « Gnoia » est sorti de terre brique après brique, selon un processus te totale spontanéité. Si ce côté « imperturbable » est partie intégrante de leur personnalité, il régit également une forme de dissociation de l’accompli, laquelle se répercute in fine sur l’auditeur. En termes concrets, on a du mal à faire corps avec la musique, dont le talent indiscutable se flétrit dans l’instant faute de structure décidée propre à le canaliser. Oui Umbra Nihil assurent, oui ils ont le groove dans le sang, l’expérimentation fertile et du Pink Floyd dans les doigts… Oui mais il manque encore l’étincelle.
Un groupe qui, s’il parvient à monter son flux d’idées séduisantes en un projet global, pourrait devenir le fer de lance d’une alternative.
Tracklisting :
01. Words Left Unspoken 
02. Fear of the Void
03. Gnoia
04. Nocturnal Occurences
05. Shields Down
06. The Dreams in the Witch-House
07. Fade Out
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