Chronique]
Devianz
(Nota Bene : le groupe communique sans majuscule, je suis le principe)
le premier album de Devianz n’est pas simple à appréhender. mélodique, joli chant en français, quelques titres aux allures de tubes immédiats, jeunesse et belle gueule de guyom. on pourrait trop vite croire à un groupe hype. on aurait presque honte de tout de suite chanter sur le refrain de « Innocente Petite Chose » (premier tube exemplaire).
et puis, on écoute plus attentivement et on se fera le défenseur bec et ongle de ce disque. non, leur musique n’est pas simple, ni juste « rock » grand public. elle a digéré – comme en leur temps, Sloy, Virago ou Kaolin – des années d’indépendance. si les morceaux commencent tranquillement, ils vont ensuite conquérir leurs atmosphères dans les détours de la noise, du post-rock, du son grunge, du hard-core tutélaire raclé et lourd ou dans la scène Portobello Bones, Drive Blind en réminiscences d’un rock américain que nous aimerons toujours (« Epistophane » et sa basse plus que bondissante, deuxième tube certain). toutes ces influences emmêlées dans des titres longs qui n’hésitent pas à s’étendre hors des formats conventionnels des radios (« El Silencio Es Muerto »). unemélodie piquée à Nirvana (« Odalisque 1 ») flirte avec le Noir désir de « Des Visages, Des Figures », calme et retranchée (doublée au piano, elle évoquera même Didier Squiban, excusez du peu !). c’est ensuite la fougue violente et dissonante (Ride en lointain ancêtre) qui se dévoile sur « Eleganz » (troisième tube immédiat) avec une voix juvénile qui rend automatiquement dépendant. et puis, pourquoi se refuser le plaisir de livrer un disque énorme avec ce « Bitter Landscape / Simple De Jade », titre dépassant les dix minutes et un deuxième titre de quatorze minutes sans arrogance, « Treize » (écrit en russe) : lente montée élégiaque vers un post-core maîtrisé bien que manquant un peu de volume lors de la relance à la batterie. malgré cette mise en garde, la production est d’une grande qualité et les pulsations de la batterie de max, de la basse de manu, de la guitare de benoît (des instruments réglés au millimètre pour être calés les uns aux autres, dépendants) forment un ensemble bien percutant (« Des Parallèles ») pour une autoproduction.
bien sûr, pour ce premier album, le sans faute n’est pas là : « Décembres Naïfs » tente l’alternance entre lenteur et explosions mais les riffs seventies et les aspirations metal perdent le propos ; « Solstice Du Premier Age » n’atteint pas la force d’évocation qu’il vise et ses acidités mal intégrées sonnent davantage comme des prétextes.
les Devianz ont donc choisi la difficulté : ils auraient pu œuvrer dans le registre post-core qu’ils affectionnent (Pelican, Isis…), privilégier la noise à l‘heure d’un retour de groupes emblématiques (Kill The Thrill, Unsane…) ou passer directement au rock estampillé Ouï FM ou Le Mouv’ (Luke , Kaolin…). ils ont opté pour un chemin à la fois délicat et bruyant, et c’est peut-être cette démarche qui est en fait la plus intègre, la plus intransigeante parce que la plus singulière. les adeptes des deux camps risquent de le leur faire payer. A vous, Obsküriens, d’ouvrir les oreilles : cette démarche est pour moi plus pertinente que celle de nombreux puristes ou autres vendus…
Tracklisting :
1. Quatre Longs Matins
2. El Silencio Es Muerto
3. Innocente Petite Chose
4. Odalisque 1
5. Eleganz
6. Décembres Naïfs
7. Des Parallèles
8. Solstice Du Premier Age
9. Odalisque 2
10. Treize (titre en russe)
11. Epistophane 
12. Bitter Landscape / Simple De Jade
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