Chronique]
Revolting Cocks
Plus de dix ans après le dernier opus studio de Revolting Cocks ("Linger Ficken Good", sorti en 1993) et un an après son premier essai pour Ministry sans Paul Barker après "Animositisomina", le sieur Al Jourgensen puise sans vergogne dans des ressources qu’on va finir franchement par croire inépuisables.
Le nouvel opus de son projet Revolting Cocks précède en effet d’à peine un mois la sortie du prochain album de Ministry, et Jourgensen ne semble pas prêt d’arrêter l’infernale mécanique qui le mène sur les sentiers de la redécouverte du rock.
En l’occurrence, notre homme ne s’est pas privé du recours aux "guests" multiples. Une technique habituelle chez Revolting Cocks, qui plus que jamais affirme son caractère de projet fantôme et itinérant. Jourgensen, tête pensante et chercheuse, puise ainsi dans sa réserve de camarades de jeu pour à chaque fois donner naissance à un Rock Industriel brutal, hybride et chargé d’autodérision. Ce dernier donne lieu aujourd’hui à l’implication d’un éventail impressionnant de personnalités issues de mouvements aussi divers que tous en rapport au Rock ou au Punk.
Au menu : Jello Biafra (Dead Kennedys / Lard, enfin de retour dans la création de Jourgensen), Gibby Haynes (Butthole Surfers), Rick Nielsen et Robin Zander (Cheap Trick), Billy Gibbons (ZZ Top), Stevie Banch (Spyder Baby), Mike Scaccia et Mark Baker (Ministry), ou Phildo Owen (Skatenigs). Au final, c’est quelque chose d’énorme et difforme nommé "Cocked And Loaded" qui fait crisser les enceintes. Un ensemble surpuissant, brutal et rêche qui germe d’une orgie organisée et furibarde de guitares et d’électronique tapageuses. Parvenant à forger autour de cette explosion participative une identité sonore rafraîchie mais très ferme, Revolting Cocks renaît littéralement de ses cendres. Si vous ne croyiez pas à la résurrection, vous allez pouvoir ranger vos manuels. L’enfantement de Jourgensen est hybride, fêtard et violent. Il ressemble à une partouze (osons le terme) dans laquelle tout ou presque est permis, jusqu’à l’ultra-violence. Ce disque contient ainsi sa dose de peurs ("Jack in the Crack", speed survitaminé et exterminateur). Les guitares de Billy Gibbons s’essaient à des leads tendus sur un assaut digne de Ministry et avec en cerise sur le gâteau les hurlements de Jourgensen lui-même. Gibbons viendra ainsi imprimer sa marque à un Metal blafard et urbain, tirant vers l’industriel ("Prune Tang", tueur), et trouvera en la compagnie des voix toujours aussi fascinantes et typées de Biafra ("Dead End Streets") des postures plus qu’enthousiasmantes.
Le retour de Biafra dans le giron du leader de Ministry était des plus attendus. Si on sait aujourd’hui qu’il annonce le retour de Lard (pour la fin 2006, au mieux), on y perçoit aussi une persévérance commune, non seulement artistique mais aussi humaine, à travers cette fibre de l’urgence que partagent Jourgensen avec l’ex-Dead Kennedys, et qui caractérise pleinement le projet Revolting Cocks. Ce dernier n’est qu’un prétexte à l’amusement, peut-être. Mais un amusement, sévère, rigoureux, qui veut échapper aux règles que souhaiteraient imposer une frange de cette Amérique perçue comme conservatrice et bien-pensante.
Alors, si Jourgensen recourt à une dégénérescence du Rock pour chercher un mode inédit de délivrance, il n’en oublie pas pour autant ses fondamentaux. Ce type a eu une vie, qui s’inscrit dans une histoire et une culture de la décadence via ses héritages post-punk (une reprise du classique de Bauhaus, renommé "Caliente (Dark Entries) "). La décadence est une forme d’alternative, elle permet à Jourgensen d’échafauder un art qui souhaite d’autres possibilités, d’autres alternatives à offrir à l’Histoire. Jourgensen est de cette Amérique qui n’accepte aucune fatalité, qui refuse le dictat de certains des puissants et qui, dans un réflexe quasiment libertaire, donne à goûter cette sueur de vie crasse et amère qui dégouline de chacune de ses mesures, de chaque vibration saturée.
Revolting Cocks est de retour, pourvu d’un disque absolument génial, et qui en dit long sur les réserves de l’homme. On vous l’a dit : ce type est un partouzard. Et avec ça, inépuisable et inspiré.
Au secours, les filles.
Tracklisting :
1. Fire Engine
2. 10 Million Ways to die
3. Caliente (Dark Entries)
4. Prune Tang
5. Dead End Streets
6. Pole Grinder
7. Jack in the Crack
8. Devil Cock
9. Viagra Culture
10. Revolting Cock au Lait
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