Chronique]
Sixteen Horsepower
Nombreux sont ceux à avoir été déçus par le dvd précédent de Sixteen Horsepower, en premier lieu à cause de son manque d’images live ; par chance feu le groupe (et surtout Glitterhouse sa maison de disque) à entendu l’appel désespéré des fans du « meilleur groupe du monde » (je ne sais plus qui a dit ça, mais il y a du vrai, surtout sur scène) et sort ces jours-ci un double dvd présentant un concert complet de 16 HP aux Nuits Botaniques de Bruxelles en 2002, et un dvd bonus avec un concert du groupe encore tout jeune au Rockpalast, quelques titres du dernier live du groupe, plus un mini-documentaire sur la dernière tournée et enfin la vidéo d’un répétition.
C’est donc avec donc avec excitation que j’ai sorti le premier disque de sa la très esthétique pochette façon « Seventeen seconds » (la silhouette d’arbres décharnés se découpant dans un épais brouillard laiteux) et que je l’ai inséré dans mon lecteur, attendant d’être soufflé. Et c’est là que tout ça a pris une tournure un peu moins idyllique.
En effet, pour résumer, disons que ce concert aux Nuits Botaniques n’a pas dépassé mes espérances, et s’est même arrêté un peu en dessous.
Dés le morceau d’ouverture, « Hutterite Mile », une impression qui restera tenace s’installe : on assiste à la prestation d’un groupe fatigué, tout simplement. La section rythmique en particulier semble un peu absente, Jean-Yves Tola frappe sans énergie tandis que Pascal Humbert joue de manière imprécise, desservi en outre par un son anémique. La slide déraille, des problèmes techniques réduisent la guitare au silence (jouée à l’archet) pendant quelques mesures, et David Eugene Edwards, visiblement agacé, en oublie de chanter au bon moment, bref ça sent la débâcle. Sur le très beau « Outlaw Song, », même le jeu de banjo d’Edwards donne l’impression d’être un peu bâclé. Le morceau de bravoure habituel des concerts, « For Heaven’s Sake » ne rattrape pas cette entrée en matière bancale, notamment la guitare de DEE qui manque cruellement de précision, fait assez rare pour être souligné. Je vous rassure, Ô, mes frères, après « Black Bush » (un des titres phares du premier album) les choses vont en s’arrangeant, et l’ambiance retrouve la densité des grands moments de 16 Horsepower ; il faut dire qu’avec un titre aussi ténébreux que « Beyond the Pale » et DEE totalement possédé le décor est vite planté. Enfin un frisson.
A partir de ce moment la machine semble lancé, et même si l’énergie n’est pas à son zénith (au Botanique vous ai-je dit !).
Et toujours Humbert qui semble s’ennuyer ferme. Qu’importe, les titres (essentiellement tirés de l’album testament de 16 HP, « Folklore ») sont bons, David est impliqué (cf. Blessed Persistence ») comme seul lui peut-être… mais là, encore un mais, c’est le son général qui vient nous gâcher la fête, un son disons peu « crunch », comme passé dans un ampli de guitare fatigué. Dommage, d’autant que « Splinters » fait toujours son petit effet, et que le groupe entier y met du sien cette fois. On retrouve une musique dense, habitée, enfin tout ce qui a fait de 16 Horsepower un groupe dont peu de spectateurs se sont remis.
Et le concert se referme sur une version à donner la chair de poule de « Horse Head Fiddle », entre rite chamanique, post-rock et americana gothique.
Pour faire court, avec un son un peu moins ingrat, plus d’énergie et sans les tâtonnements, ce dvd aurait été essentiel.
Qui aime bien châtie bien, et ça reste tout de même un live intéressant et de bonne qualité, juste un peu en dessous de ce dont étaient capables ces enfants de Joy Division et du Gun Club.
Mais le plus déprimant, c’est probablement le deuxième dvd… Pourquoi ? Parce qu’il est très bon, un cran au dessus de ce que je viens de vous décrire.
On y trouve un concert sympathique du groupe en 1996 en pleine période « Sackloth and Ashes », soit une musique vive, dégraissée, nerveuse bien que pas aussi profonde que par la suite.
On a également le droit d’assister à une répétition plutôt chaleureuse (ou l’image de prêcheur dépressif de DEE en prend un coup, et c’est tant mieux).
Un petit documentaire sur la dernière tournée est également proposé, mais c’est le concert d’Antwerp (le dernier…jusqu’à la reformation ?) qui m’a fait réellement regretter que ce ne soit pas ce concert là qui ait été proposé en intégralité (et pour cause, tout n’a pas été filmé, et n’a d’ailleurs failli jamais être immortalisé…).
Seulement 5 morceaux, mais quels morceaux. L’ambiance est plus mystique et tendue que jamais, tout est joué avec ferveur, quand à DEE il est littéralement possédé, et chante superbement bien. Quant à « Splinters » et l’excellente reprise de Joy Division « Heart and Soul » (supérieure à l’originale de mon point de vue), c’est Sixteen Horsepower au sommet de son art, sans parler de ce son de guitare… mais là je deviens sentimental.
En somme, malgré un premier dvd en demi-teinte, l’achat est justifié pour les amateurs du groupe de Denver, et également pour les curieux qui voudraient se rendre compte de l’aura de leur leader sur scène. En attendant de le voir sur scène avec son nouveau projet, Woven Hand.
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