Chronique]
Punish Yourself
On le sait tous : avec cet album, le groupe Punish Yourself aborde un tournant. La sortie en 2004 de « Sexplosive Locomotive » a rencontré un succès plus que mérité et les concerts du groupe drainent désormais un public de fans assez important quel que soit le lieu de passage. Le rock dur est en pleine ascension en France et les jeunes ne peuvent que raffoler du groupe. Mais voilà, Punish appartient à un monde indépendant dont l’interconnexion avec le monde généraliste se réduit aux colonnes des magazines à gros tirage. La question qui se pose, au-delà du cas du groupe, est la suivante : le rock indépendant et dur peut-il cartonner en France ? Ce disque, sa réception et ses ventes permettront sans doute d’y répondre, rendez-vous dans six mois donc.
L’esprit assez peu dégagé quand il s’agit d’un groupe qu’on aime et d’un disque dont on mesure les enjeux, on va tenter d’analyser ce disque pour ce qu’il est.
Dans la discographie du groupe, il atteste d’une nouvelle étape. L’impression générale est double : moins de punk-indus bourrin, plus de chansons, cohérence et puissance convoquées. Le groupe gagne en maturité et ose sortir les tubes qu‘il sait écrire. Le son fouille plus loin dans l’organique avec des basses synthétiques hypnotisantes et des couches de sons multipliées. Cette richesse est un plus si on la compare aux sonorités plates des débuts, redécouvertes grâce à la compilation « Crypt 1996 – 2002 ». Aujourd’hui, oui, pas de doutes, Punish Yourself se frotte aux grands groupes sans honte.
La pochette, réalisée par le trio Taga, Isha, Cata quitte l’abstraction sombre des quatre premiers disques et offre un visuel qui n’est pas sans rappeler celui du récent DVD des Béruriers Noirs : davantage de fun cyber fluo, punk et sexy ; visuel jeune avec têtes de mort pour fans de BD acidulées. Le digipack marque là encore une progression. Nous reviendrons plus loin sur la dimension supplémentaire qu’apporte le DVD.
Enfin, dernière étape du marketing : la promotion via Active Entertainment bat son plein avec l’envie d’avoir un impact fort. On ne peut qu’être d’accord : les Punish Yourself sont La Valeur Sûre qu’il faut absolument mettre en avant.
Progression à tous les niveaux donc pour faire de ce disque un événement en soi dans la discographie du groupe.
Passons à l’analyse du disque en lui-même. Dès l’abord les tubes nouvelle formule abondent.
Le duo avec Candice d’Eths est de ceux-là avec des paroles presque Curesques (« And I just feel as cold as ice sharp as a blade, mute as a child ») avec son opposition entre des vocaux hurlés lentement et une mélodie au synthé mid tempo. Le magique « Worm », testé en concert, gagne encore avec le filtrage du studio : c’est un tube new wave et slow core imparable, touchant dans sa discrète mélopée orientale et son drapé romantique de synthé. « Come On Come On » (ancienne composition pourtant) détruit tout dans une ambiance qui monte en attendant le refrain explosif de riffs glissés. Punish Yourself explore de nouvelles voies, moins rentre dedans, plus modernes, un poil plus riches. La maturité, oui. L’envie d’avoir des morceaux véritables, qu’on pourra tester et approuver en guitare sèche !
D’autres titres novateurs sortent du lot en quelques écoutes. « Sister Apocalypse » nous joue le coup de Ministry à l’harmonica, sauf qu’ici c’est un sax qui vient perturber la ligne de basse. Un rien tendre sur les débuts, il faut attendre le déferlement du refrain pour sauter en tous sens. Succès garanti dès le premier concert. « Las Vegas 2060’s » explore une voix de bluesman possédé (référence à Birthday Party selon Vx) sur un rythme éreintant et là, encore le sax de Cyril Laurent ajoute sa couche de démence.
Seuls quelques morceaux assurent un lien avec le son Ministry / Alien Sex Fiend des débuts :
« Mothra Lady » déjà acclamé par les premiers fans avant même la sortie du disque, reprend le style classique, répétitif, en lui enjoignant une basse groovy, limite funky, qui bastonne. Les vocaux bénéficient de multiples changements de tonalité, passant du sexy à l’informatif, jouant du décalage. Le refrain hurlé par Miss Z de « Mothra Lady » est l’un des grands moments du disque. « Gun », malgré un son résolument emprunté à la techno version Spina, rappelle sur son refrain le « Fight Song » de Manson et c’est réussi. Le long « The Dexedrine Ritual » permet de beugler le couplet façon Hoogie-Boogie Man mais reste dans une lignée PY là encore traditionnelle pour son refrain. Ses ponts et breaks raviront les fans de « Never Enough » des Cure de leurs bruitages et phase de repos avant l’emballement pressenti.
Un bémol avec quelques pistes qui, pour l’instant, ne m’emballent pas plus que ça. « XX Judgement » l’intro d’une minute dix, « XVI (The Tower) » et « VIII (Strenght ») sont loin de l’oppression développée par le projet Cheerleader69 et ne collent pas vraiment avec le reste : et si ce n’étaient bien que des intros ou un projet annexe comme le suggère leur inscription en rouge sur le digipack ? Grande déception aussi avec « Voodoo Virus » dont Jean-Luc De Meyer de Front 242 assure le chant. J’adore Front 242 et Cobalt 60, mais ce titre de SF, derrière ses guitares tranchées, ne m’inspire toujours pas : lente montée vers le rien ? « Doctor Doom », malgré un cut-up de paroles jetées, reste une sortie d'album efficace dont la dimension expérimentale tranche avec l’optique générale de l’album. Est-ce même encore du Punish Yourself ?
Le DVD est copieux. Apéritif ou dessert, le live d’une heure démarre calmement pour finir dans un bordel apocalyptique typique des shows de Punish. Une heure pour prouver que ce groupe est actuellement le meilleur dans la catégorie des « Fais-moi mal, j’aime ça ». Featuring nombreux lors de ce live, dont Sylvicious de Tamtrum et des extraits de bandes vidéos qui régaleront les fans Punishers et les autres.
Le plat de résistance du DVD, c’est l’heure d’archives… Sans suivre la chronologie, sans classement (les interviews, les gags, les extraits de concert, les préparatifs…), ce film documentaire passe très rapidement et ne lasse jamais. Aucune voix off, aucun commentaire : le spectateur ravi découvre les dessous d’un groupe. Je connais suffisamment de vidéos de ce genre pour dire que les Punish ont frappé un grand coup. Sans esbroufe, sans jeux, en toute franchise, on voit les bons (jeux de scène incroyables, concours de air guitar) et les mauvais côtés (l’abus d’alcool frappe fort, les voyages en bus semblent longs), les plantages irrésistibles (ah, ces imitations devant les caméras du Wave Gothik Treffen !) et les réussites (salle comble, bonne humeur). La France est terre de rock, définitivement.
Tracklisting :
1. XX (Judgement)
2. Come On Come On
3. Dead White Skin 
4. Mothra Lady
5. The Dexedrine Ritual
6. XVI (The Tower)
7. Sister Apocalypse
8. Worms
9. VIII (Strenght)
10. Gun
11. Las Vegas 2060’s
12. Voodoo Virus
13. Doctor Doom
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