Chronique]
Camp Z
Eclectisme et rigueur. Ce sont les deux impressions qui dominent aux écoutes de ce premier album de Camp Z. Pour qui sait fouiner, le projet n’émane pas d’un inconnu : le même Manu, autrefois dans Sleeping Children, dirige aujourd’hui en soliste Zorch Factor, groupe pourtant protéiforme œuvrant dans les sonorités batcave et death-rock. Camp Z lorgne vers plus d’électronique. On exagérant, on pourrait même établir une parenté avec Dolls Of Pain sur « Whats This World » ! Pour autant, ce disque ne s’affilie à aucun genre précis. C’est Birthday Party auquel on songe fortement du fait des voix de « W. Hell Come (To The Camp) », c’est Joy Division, tellement au goût du jour, sur la première moitié de « The Right To », ce sont les débuts de l’électro buitiste et folle sur « (Alice) In Trance », c’est un New Model Army assagi sur « The Ghost Boat »… Manu n’a pas besoin de fans supplémentaires, son cercle d’amis, de plus en plus large grâce à myspace, lui permet d’écouler ses productions. Du coup, il œuvre à l’abri du diktat des modes et des perturbations, libre : il fait ce qui lui plaît et qui rejoint largement ce qui nous intéresse. Les délires de SF s’affichent sans complexes : « L’Eveil » suivi de son « Chat Rat » pigallien. On aimerait un succès plus grand pour forcer Manu à développer ses projets afin de leur donner la force qui leur manque encore.
La France connaît dans les souterrains de l’underground un revival des plus attachants aux sources noires des années 80. Joy Disaster, Varsovie, Camp Z, Frustration puisent à des sources qu’ils maîtrisent depuis de nombreuses années et leur musique, pourtant très typée, sonne actuelle. Serait-ce à penser que la même lourdeur plombe la France de 2006 que celle qui écrasait nos cousins anglais en 1980 ?
Talent rare : du melting-pot de Camp Z sort une unité blafarde et violente, lancinante comme ces notes qu’on aime tenues jusqu’à l’extrême. Triste et ironique sans être grinçante. Evidemment, ce n’est qu’une démo et on regrette l’aspect mécanique qui déshumanise un peu plus un tube comme « Unforgiven », déjà bien sombre. On se plaît à imaginer les mêmes compositions jouées avec un groupe : l’accélération finale de « The Right To » y gagnerait tout. De là naîtrait une plus grande folie. « Une nouvelle espèce s’éveille, elle va chercher sa place dans le monde des vivants ». La saleté collective, ça a du bon. A suivre de près.
Tracklisting :
1. Credo FK
2. Whats This World
3. Unforgiven
4. W.Hell Come (To The Camp)
5. The Right To
6. (Alice) In Trance
7. L’Eveil
8. Chat Rat
9. The Ghost Boat
10. D.Hell.usion
(Alice) In Trance
connectez-vous



