Chronique]
Thom Yorke
Essai technoïdal supplémentaire, mais hors du giron de Radiohead. Nouvelle expérience donc pour ce Thom Yorke si aérien qui, depuis les premiers soubresauts de son groupe, continue de générer cette étrangeté pop dont les effluves expérimentales – sans doute par le miracle d’une promotion organisée de main de maître – trouvent grâce aux yeux d’un grand public. Celui là, on le connut pour des goûts bien pires, alors acceptons la fatalité : Radiohead n’a jamais pu être notre petit secret, ne le sera sans doute jamais. En sera-t-il de même pour ces mondes parallèles qui, aujourd’hui, émergent d’un cerveau compris dans Radiohead ? Pas certain mais pour l’heure, c’est à "The Eraser" de redessiner Yorke, au fil d’un essai réalisé aux heures perdues en compagnie du brillant producteur de Radiohead, Nigel Godrich.
Un conseil : ne vous risquez pas à engager la conversation avec l’auteur par le biais de la thématique "premier album solo", vous risquez de vous faire tuer. Yorke ne veut pas entendre parler de cela et semble considérer davantage cette première collection de titres signés de son seul patronyme comme une prolongation naturelle de son travail dans Radiohead. On le suit pleinement sur ce terrain, car les agencements hypnotiques et électroniques de "The Eraser" ne sont pas sans rappeler la verve perturbée et autiste du groupe deYorke. Impossible de ne pas se remémorer les derniers essais de la formation, ces "Kid A", "Amnesiac" ou "Hail to the Thief" sur lesquels, avec des degrés de réussite divers, Radiohead affûtait un style reconnaissable entre mille, un minimalisme expressif et martien qui réinventait (et réinventera) les contours de ce que devrait être une bonne chanson pop (pop ?) dans les années 2000 (3000 ?). La Pop, puisque c’est d’elle dont il semble s’agir, devient un espace de rêves et de cauchemars en compagnie de Yorke, qui tient en "The Eraser" un espace menu et personnalisé, dont les soubresauts se fondent sur des rythmiques technoïdes mais qui se refusent à toute turbulence ("And it rained all Night"), sur des ambiances obsessionnelles ( le somptueux "The Clock", instant crucial), ou sur un groove pointu de basse, à mi-chemin entre accents funky et économie post-punk ("Harrowdown Hill").
Par-dessus le couvert froid et les agencements des machines, Yorke fait son martien, mais ne surjoue pas. Il ressort de "The Eraser" les traces de cette empreinte vocale unique, plus belle et vibrante que jamais. Il en jaillit aussi ces couleurs qu’on croyait n’appartenir qu’à ce collectif qui, pour l’heure, la met en veilleuse (mais pas pour longtemps) au profit d’un chapitre parallèle. Assurément, ce dernier comptera. Et bien davantage, parions le, que les deux premiers enregistrements officiels de ce groupe qui se nomme Radiohead. Car il parvient à décharner un peu plus ce que Radiohead à aiguisé, et à porter sur sa progression l’empreinte d’une dérivation nécessaire, extrêmement jouissive et assurément spontanée. Ce disque est magique et Thom Yorke sort, une fois encore, le lapin du chapeau. Ce mec doit avoir un élevage quelque part.
Tracklisting :
01. The Eraser
02. Analyse
03. The Clock
04. Black Swan
05. Skip divided
06. Atoms for Peace
07. And it rained all Night
08. Harrowdown Hill
09. Cymbal Rush
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