Chronique]
Le label Infrastition poursuit ses fouilles dans la malle aux trésors pour le bonheur des nostalgiques mais aussi de ceux qui succombent sur le tard aux mélopées new wave et à leur décorum décalé. Les plus fanatiques seront ainsi ravis de découvrir les deux morceaux cold du tout premier 45 tours d’Excès Nocturne « Evacuation Immédiate » (1985 ! Voilà qui fait mentir le titre de la compilation), dont la présence, souhaitée par Alex d’Infrastition, ne sert qu’à prouver à quel point l’arrivée de Corine / Ariane en 1986 a apporté au groupe initialement créé par Rémy et Thierry toute sa valeur.
Pourtant, cette compilation du groupe Excès Nocturne, dépasse le cadre du bilan sur les années 80.
D’abord parce que les deux premiers titres proposés sont récents et annoncent un possible futur album pour 2007. Plus précisément, leurs musiques furent composées en 1987 pour un défilé de mode et le chant de Corine s’est posé dessus en 2006. Ambiance Creatures sur « Mots Dits », frissons à la Rose Et Noire sur « Et Du Bleu ». On s’éloigne donc des habituelles sonorités goths pour une partie de train fantôme aux harmonies troublées. « Thomas », autre inédit de 1989, est un instrumental de forme plus classique.
Ensuite, si cette compilation 18 titres est importante, c’est parce que, récupérant l’ensemble de la discographie du groupe, elle permet d’y voir plus clair. Le titre « Dahlia Noir », par exemple, perdait beaucoup à être isolé sur la compilation « L’Appel De La Muse » au côté de Clair Obscur, Mary Goes Round ou Little Nemo. Trop d’emphase, pouvions-nous alors penser, déçus par une lenteur marquée, une voix s’essayant à jouer les Walkyries. Placé désormais au cœur du projet Excès Nocturne, on perçoit ce que ce titre avait de réussi. Ampoulé, certes, mais en toute conscience ; pas du pédantisme, mais un jeu de références. Alors, on appréhende mieux le groupe. « Cauchemars Blafards » redécouvert grâce à son clip sur le nécessaire DVD RVB Transfert, capte une époque : balancement et basse de Richard en slap, guitare gémissante de Rémy, voix tourmentée de Corine, batterie en cavalcades de Thierry : profondeurs graves.
Les titres orientés rock noir abondent et charment : les voix en retrait de « L’Echo Des Lumières » (présent sur la compilation « Transmission 81-89 » du label), le rythme mélodique de « Le Soleil S’est Noyé »), le fabuleux « Trop Belle » aux impulsions ska-punk, à peine desservi par son mixage bas de gamme… On sourit en reconnaissant les références d’époque, ommages réfléchis ou similitude d’approche : la guitare de Rémy sur « La Passion Des Jours » (titre présent sur la compilation « 15 » du label) évoque les And Also The Trees, le moins bon « L’Or A » est un lien vers les Cocteau Twins, « Nikopol » salue la BD de Bilal qui n’était pas encore une trilogie… La figure de Siouxsie, dont Excès Nocturne a récemment repris « Cascade » en concert, plane là-dessus en mère tutélaire.
La mélancolie est là, portée par une voix atypique, comme mâchée, syncopée et forte à la fois, surprenante dans sa façon de morceler les mots et de placer les accents toniques (« Il disait ») : « An/goissé/ un jour par mégarde / d’tomber dans leur piè/ge /il /voulait/ se persuader ». Cette voix fait jaillir les images d’une langue française désossée, poursuivant les essais des Jad Wio de « Bugs » (1986) et précédant ceux des Tétines Noires (« Fauvisme Et Pense-Bête », 1990) ou des Dix Petits Indiens (auxquels « La Vie Peut Etre Cruelle » peut renvoyer). Comment faire sonner rock la langue française ? Comment s’inscrire dans un mouvement gothique sur le déclin après l’explosion The Cure ?
Le son plutôt garage et la batterie synthétique n’empêchent pas une réponse de se frayer son chemin. Ce qui ressort surtout, c’est la richesse de composition : tous ces titres peuvent être joués en acoustique sans y perdre, la volonté d’aller de l’avant sans regarder ce qui se dit, de s’amuser (« Chats Qui » et sa guitare griffée) sans soutien des grands médias. Au-delà de l’image désuette et fausse d’une coldwave jouée à deux doigts sur un clavier, ce groupe batterie, basse, guitare, chant maniait avec précision les éléments d’une belle émotion.
Tracklisting :
1. Mots Dits (inédit 2006)
2. Et Du Bleu (inédit 2006)
3. Dahlia Noir
4. L’Echo Des Lumières
5. Le Soleil S’est Noyé
6. La Passion Des Jours
7. L’Or A
8. Il Disait
9. Chats Qui
10. Nikopol
11. Chat-rades
12. Cauchemars Blafards
13. Mémoire
14. Trop Belle
15. La Vie Peut Etre Cruelle
16. Thomas (inédit 1989)
17. Evacuation Immédiate
18. L’Ennemi
L'Echo Des Lumières
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