Chronique]
Notre groupe culte d’indus-punk-noise sous influence Bilal renaît en 2007 pour un tour de chauffe ! ceux qui avaient senti le déchaînement du clip de « Straight Forward » (images live montées par Sébastien Kriloff) ou les nouveaux adorateurs émus par le don des morceaux de « La Nuit » vont se raccrocher à l’actualité.
Que dire du Proton nouveau ? Qu’il a diablement mûri ! Ce disque est en effet la bande-son d’une pièce de théâtre dansée, « La Casa de Bernarda Alba » de Federico Garcia Lorca, interprétée par la compagnie Thalia.
Après une intro neurasthénique, on retrouve ces guitares plombées, cette basse marteau dans un esprit La Muerte qui fait bien mal. Sauf que les arrangements ont progressé, break mid-tempo et danse percussive. Il ne s’agit plus de faire mal par des directs mais de toucher durablement. Avec « Danse ! », le groupe prend ses marques avec un indus-metal triomphant.
On pourrait alors se demander comment les gaillards allaient faire le lien entre ce qui prend la voix d’un album supplémentaire et ce travail de B.O. qui leur est commandé. La réponse fuse dès la fin du titre suivant : la voix très mâle de R. a cédé son aura aux répliques de la pièce. Des femmes vitupèrent, s’énervent, se répondent. La musique se fait électronique, résolument moderne et la Casa se transforme en hospice. Peur de l’homme, harem recroquevillé dans lequel se font jour les douleurs et les souvenirs obsédants. Mouroir de voix qui se recouvrent : « N’avoir Personne » est un miroir de souffrance, la base réelle du disque. Là où tout prend source.
La jalousie et les ragots hantent « Mère, Laissez-Moi Sortir », la basse rampe comme sur un disque de Basement. Les Proton Burst prouvent leur ouverture musicale et offrent au rock un écrin intellectuel qui ne peut que faire du bien aux adeptes de l’électricité (pareillement, on conseillera .syn et son « Manolo On Juilet »). Ils évitent la surenchère, répondant aux cris par des nappes synthétiques qui servent de refrain (« La Déclaration » « Je Devrais Etre Heureuse… »), privilégiant les climats et le texte, accompagnant, soulignant et transformant en un spoken word qui se tient de bout en bout la pièce. Relances de temps à autres par de l’électro-industrielle (« La Teindre En Noir », « Une Fille Qui Désobéit… », le martial et plus classique du son de Proton Burst « Entre Mes Cuisses », magistral et libérateur), par la voix de Mitsou Doudo (Adela) qui surgit, par des ambiances gothiques à la Eva O (« Plutôt Te Voir Morte ») ou du bruitage de fréquences radios (« Bal Musette » cocasse)…
Ce projet trouve son aboutissement sur scène, évidemment, cependant, sur le site des Proton, la présence de très belles photos et du scénario ou script des extraits choisis permet de suivre l’œuvre donnée (car tout le disque est disponible en streaming !). Le mixage laisse les différents ingrédients emplir l’espace et habiter les pièces où on écoute l’album. Le simple auditeur pourra, lui, se satisfaire d’une écoute parcellaire dans laquelle des phrases répétées entonnent des slogans envoûtants (« J’ai Peur » a même les caractéristique d’un single de slow-noise apocalyptique. En un concept-album au service d’une pièce de théâtre – la démarche était risquée – les Proton Burst se magnifient et se relancent du même coup dans le paysage sonore français. La surprise de l’année ?
Tracklisting :
1. L’Attente
2. Pagaille
3. Danse !
4. Respecte Le Deuil De Ton Père
5. N’avoir Personne
6. Mère, Laissez-moi Sortir
7. La Teindre En Noir
8. Je Veux Sortir
9. Où Est Mon Voile
10. La Déclaration
11. Quel Dommage Ce Visage
12. Plutôt Te Voir Morte
13. Une Fille Qui Désobéit Est Une Ennemie
14. Bal Musette
15. Je Devrais Etre Heureuse Mais Je Ne Le Suis Pas
16. J’ai Peur
17. Agnelet
18. Tu M’ouvriras La Porte
19. Dans La Bouche, Entre Mes Cuisses
20. C’est Moi Qu’il Aime
21. Je Serais Sa Chose
J'ai Peur
connectez-vous



