Chronique]
Black Strobe
Davantage connu pour ses antécédents typiquement dancefloor (remixes à tire-larigot, pour Depeche Mode, Bloc Party, Rammstein, DK7 et autre grosses pointures – autant dire, ça commence à voler au-dessus du lot), Black Strobe s’offre enfin un premier album studio.
Surprise totale.
Le son qui forge ce premier essai officiel mute, après les formats maxis engrangés au compteur, vers une formule intégrant clairement la donne rock, et ce avec un brio aussi inattendu qu’inspiré. Renversant, ce disque produit et mixé en partie par un tandem de choc (la célèbre paire Alan Moulder / Paul Epworth) captive du début à la fin. Black Strobe choisit de faire apprivoiser sa mue en douceur : sur le premier titre instrumental, "Brenn Di Ega Kjerte", le combo installe une hypnose dansante et planante, histoire de ne pas (trop) traumatiser les aficionados (il y avait pourtant bien cette double grosse caisse, là, ce poncif metal qui annonçait vers la fin les épanchements plus rock à venir, mais…).
Par la suite, les choses se corsent, et sérieusement. Le Parisien Arnaud Rebotini en a sous la caboche, le salopard. Il ne s’agit évidemment pas de redire ce que les antécédents bricolages, ces fameux remixes, ont déjà dit : Black Strobe est un GROUPE, qui JOUE. C’est du ROCK, p*t**n. Un Rock sacrément moderne, direct comme rarement et hétérogène, servi par des guitares expressives et vivantes (David "Siskid" Shaw pour l’impulsion organique des six-cordes). Black Strobe, en sus d’une vraie cohérence de style, montre ainsi un vrai courage sur ce premier opus. Il brise les habitudes de son propre public avant même que le groupe, en tant que tel, se soit installé dans le paysage pour autre chose que de simples travaux au service des tiers. Osé, vraiment. Risqué. Sur "Burn Your Own Church" (titre clairement prémonitoire de la démarche ici appliquée), le quatuor évacue tout référent trop insistant à la culture des clubs même si certains éléments restent référents (l’approche hypnotique, qui marque les progressions telles que celles de "Blood shot Eyes" ou de l’instrumental d’ouverture). Et Black Strobe d’approcher d’inattendues tentations, tel ce crooning ambiancé et balladeur (le lunaire "Girl next Door", laissant apprécier le grain grave et charnel de Rebotini). Ainsi se fixe, progressivement, une optique hybride : le recours aux armes de la Techno aura lieu, mais sans jamais leur donner le monopole attendu. La batterie est acoustique. Courageux, pour le moins, et bigrement efficace car voici en définitive une collection de véritables chansons. Certes, elles pourront incliner à la danse mais leur groove lancinant gardera pour principal souci de provoquer l’émotion plus que le déhanchement. Le référent "rock" est plus qu’assumé, et transpire tout le long de ces voix volontaires et habitées, contenant en germe la déclamation ("Not what you need"). Le Blues-Rock aussi fait une apparition remarquée, via des progressions qui pourraient rappeler un ZZ Top sous acides (le sulfureux "I’m a Man", reprise de Bo Diddley), tandis que le ton se fait plus sévère et dramatique sur la fin de l’album (le long et hallucinatoire "Last Club on Earth", titres des plus fascinants parmi tous ceux qui composent cette première collection officielle). L’Electro-Rock dans toute sa splendeur se fait aussi jour (l’archétypal et bondissant "You should be"), tandis que Black Strobe impose tout du long une propos harmonieux, au fil d’une inventivité et d’une efficacité absolument renversantes.
Tracklisting :
1. Brenn Di Egta Kjerte
2. Shining bright Star
3. Girl next Door
4. Blood shot Eyes
5. Not what you need
6. I’m a Man
7. Lady 13
8. You should be
9. Buzz Buzz Buzz
10 Last Club on Earth
11. Crave for Speed
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