Chronique]
Moriarty
Le label Naïve a flairé le bon coup avec Moriarty. Un nom un poil lettré comme un clin d'oeil à la liberté (Dean Moriarty est le nom du héros de « Sur La Route » de Kerouac). Une voix féminine plus qu'agréable et dans l'air du temps qui aime les femmes à la fois fragile, givrée et à l'organe capable de vocaux puissants (« Animal's Can't Laugh »).
L'élément qui fait basculer Moriarty de l'anecdotique au très bon, c'est la propension du groupe à quitter la simple folk sudiste pour un univers plus personnel et plus fou (« Loveliness ») où l'humour est très présent. Pour les plus initiés, on dira que le groupe peut être rapprorché des Cerberus Shoal.
Le cadre posé, on peut détailler. L'album présente une série de portraits sensibles pour lesquels la distance ironique se réduit. On finit par aimer ces personnages un peu dépassés par la vie. (« Private Lily »). Les Sixteen Horsepower planent là-dessus et plus encore P. J. Harvey pour cette façon libérée d'aborder le chant. Fatalement, encore, on pense à un Tom Waits sage en ce qui concerne les arrangements. Tous les instruments les plus cul-terreux ont été sortis et plaquent leurs accords déglingués (mais pas trop : ce n'est pas Tom Waits) pour donner une image à la Tex Avery des mélodies (« Motel »). Un interlude un peu longuet, un titre qui cherche l'émotion facile (« Cottonflower »), un site internet – le vrai, pas le myspace – réservé aux membres inscrits et on craint le pire. Heureusement, les choeurs, discrets, et les structures complexes des morceaux enfoncent l'idée d'un groupe soudé. On voit donc s'éloigner le spectre de LA Chanteuse bien entourée. Le minimalisme et les lentes montées leur vont à ravir (« Fireday »); le petit son de synthé vintage à la Nick Cave ou Tinderstricks agrémente agréablement la fin de « Fireday ». On se dit sur une poignée de titres (dont « Jaywalker » et son piano-bar) que les Dresden Dolls peuvent se faire des nouveaux copains lors de leur future tournée française (les Moriarty vivent en partie à Boston et en partie à Paris)... Et du coup, qui c'est-ty qui se régale sans retenue pour au moins une saison (disque idéal pour les tombées de nuit hivernales) ? Bibi ! et peut-être vous si la folk bluesy décalée (mais peu sombre) vous tente et que les voix stridentes ne vous rebutent pas.
Tracklisting :
1. Jimmy
2. Loveliness
3. Private Lily 
4. Motel
5. Animals Can't Laugh
6. (...)
7. Cottonflower
8. Whiteman's Ballad
9. Tagono Ura
10. Oshkosh Bend
11. Fireday
12. Jaywalker (Song for Beryl)
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