Chronique]
Candlemass
Jan Alfredo Marcolin, alias Messiah, est le chanteur qui aura marqué au plus fort l’histoire de la formation doom suédoise Candlemass. Tout simplement parce qu’il aura, en premier lieu et de manière très basique, posé le chant sur un album aussi important que le second du groupe : "Nightfall".
"Nightfall" constituait en 1987 un vrai défi, après une première pierre aussi solide que celle posée par l’album "Epicus Doomicus Metallicus". Un défi parce qu’avec son tout premier opus, Candlemass avait fixé les bases d’un style solide et unique, digne héritier d’un genre créé dès la fin des années soixante par d’autres qu’eux. Et déjà très remarqué.
En 1987, c’est donc le premier album de Candlemass sur lequel apparaît le chant possédé et habité d’un Messiah quasiment irréprochable du début à la fin d’un enregistrement. "Nightfall" débute par une introduction devenue fameuse : "Gothic Stone". Un titre qui, initialement, devait donner son titre à l’album avant que le groupe décide d’utiliser la peinture de Thomas Cole en couverture et de nommer le disque "Nightfall".
"Gothic Stone" n’est qu’une mise en bouche, l’album déballant par la suite d’époustouflantes armatures saturées se concluant par une outro absolument dantesque, "Black Candles". Sur ce titre interviennent d’ailleurs, et pour la petite histoire, les guitares de Mike Wead. Un titre dont le contenu était secrètement dédié à un de ses amis décédés, selon les notes personnelles en date de 2001 du bassiste fondateur Leif Edling figurant en ouverture du livret.
Dès "Well of Souls", titre donnant suite à l’introductif "Gothic Stone", Candlemass expose une nouvelle peau. Il a gagné en lourdeur, en tranchant. Ses saturations héroïques, signées Mats Björkman (guitares rythmiques) et Lars Johansson (guitares lead), gagnent des territoires dont le pouvoir d’évocation confine à l’obsessionnel. Clairement, un pas est franchi dans la définition d’un style qui délaisse les accents psychédéliques que le Sabbath a pu poser sur "Paranoid", pour gagner une dimension exclusivement noire, épique. On avait senti le vent venir sur le premier album mais là, il se passe quelque chose de plus important encore. Une sorte d’alchimie. Chez Candlemass, même les tempos lents suintent de venin, et plombent carrément l’atmosphère… ainsi que le prouve, aisément, l’oppressant "At the Gallows End". Lequel dessine ça ou là, lors de ses développements éruptifs, quelque accointances heavy. Tiens, tiens…
La formation parvient alors à concrétiser une vision quasi-absolutiste du Doom sur des titres tels que "Samarithan", composition qui parmi d’autres, fixe aussi une vision n’ayant pas spécialement vieilli. Elle fait d’ailleurs, avec le recul, plus que bonne figure face aux tenants actuels du Doom "roots" (les lourdeurs de "The Well of Souls", "Bewitched" et "Mourners Lament", ou l’instrumental et court interlude "Codex Gigas", un classique en tant que tel). Candlemass parvient en effet à un condensé émotionnel d’une teneur rare, faisant de "Nightfall" un pur chef-d’œuvre, un travail ne connaissant aucun temps mort. Recourant à des textures de claviers religieuses ayant fatalement un peu vieilli (point faible très relatif de l’album), la formation maintient une vraie pression de A à Z, au fil d’un album typé mais qui s’autorise la pluralité des desseins. Candlemass sait en effet sortir des canons du Doom pour gagner ponctuellement une rude acrimonie, tirant clairement, comme on l’as esquissé, vers le Heavy ("Dark are the Veils of Death", titre figurant parmi les favoris de Leif Edling). Ainsi le groupe parvient-il à un essai tout en volumes, dominé par le pourpre et le noir en fond de toile.
La réédition en double album entreprise par le label anglais Peaceville reprend stricto sensu le contenu des dernières versions parues pour "Nightfall". Un CD bonus incluse en effet une longue interview ainsi qu’une série de prises inédites et/ou alternatives (les démos de "Bewitched", "At the Gallows End" et du titre "Battlecry", tout premier enregistrement de Messiah avec Candlemass) et de versions live (enregistrées au Elm Street Club de Stockholm), moins intéressantes globalement que le contenu de l’album lui-même. Mais cette série de compléments garde valeur documentaire et, si elle s’adresse aux fans les plus durs, donnent aussi un éclairage particulier sur la vivacité de ce Candlemass-là ; un groupe qui connut d’autres incarnation plus tard, pas forcément pour le meilleur mais, à l’instar du Sabbath, dans l’idée de s’assurer une vraie survivance et à travers la sienne, celle d’une idée musicale.
Une survivance qui a abouti à un retour du groupe des plus impressionnants depuis l’album blanc et éponyme de 2005 et qui, en 1987, signait un second classique en seulement deux albums. Ca commençait vraiment très fort.
Tracklisting :
CD 1 :
1. Gothic Stone
2. Well of Souls
3. Codex Gigas
4. At the Gallows End
5. Samarithan
6. Marche Funebre
7. Dark are the Veils of Death
8. Mourners Lament
9. Bewitched
10. Black Candles
CD 2 [Bonus Disc] :
1. Bewitched
2. Battlecry
3. Well of Souls [Live]
4. Dark Are the Veils of Death [Live]
5. At the Gallows End [Outtake]
6. Mourners Lament [Outtake]
7. Interview
8. Bewitched [Multimedia Track]
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