Chronique]
Si les effets touchant la photographie de couverture vieillissent le visage d’Alela Diane, il reste qu’il retranscrivent davantage l’esprit de ce disque que la réalité d’âge de cette jeune californienne de presque vingt-quatre ans. "The Pirate’s Gospel", successeur de "Forest Parade", c’est le dénuement, l’intemporalité d’une musique folk dont les premiers germes datent de 2003 et qui, aujourd’hui encore, évolue dans le minimalisme complet. Cette musique est une bouée. L’héritage en a été transmis à la jeune femme lors de ces attablées matinales ou nocturnes où, depuis sa petite enfance, les parents d’Alela Diane chantaient des chansons à table. Ensemble, communiant heureux sous les fragmentations lumineuses des lampes.
Cette musique-là ne s’encombre de pas grand-chose, en réalité. Ses armes se résumant à une guitare, une voix charnelle et dont le spleen, gorgé d’un feeling bluesy, ensorcelle. Comme sur ce titre éponyme, sur laquelle la gravité des chœurs fait rejaillir l’essence des musiques noires américaines sur fond de banjo délicatement country.
Alela Diane n’officie pas du tout dans un registre qui tendrait à porter le genre Folk vers une théâtralisation rock, plus spectaculaire, à l’instar d’un Woven Hand, maître en la matière. Non. Alela est un songwriter du clair-obscur, caresse le flanc de ses douceurs ("Foreign Tongue"). Elle creuse aussi la question spirituelle, qui traverse un album empli de fragilités, ne se jouant que sur très peu de choses, cette guitare dont le père lui transmit les rudiments, mais à travers lesquelles toute la conviction d’Alela s’exprime. Il en jaillit un Folk expressif et des plus épurés, posé en somme mais pas dans le sens où il rechercherait un confort. Non. Il y a là-dessous le sang de l’écorchure, une fragilité née peut-être après le départ d’Alela de chez elle, de cette déstructuration familiale qui s’ensuivit, jusqu’à la séparation des parents. Perte des repères, quête d’identité. Alors, autant revenir aux fondamentales, "The Pirate’s Gospel" apparaissant alors en image comme le résultat d’une démarche traditionnelle en laquelle on peut aussi voir, pour partie, une question de survie. Renouer avec cette musique folk, c’est retrouver l’atmosphère de cette cuisine où l’on partagea l’essentiel : le son, les voix, les sourires.
Le duvet de l’acoustique renonce ici au rêche. Il nourrit une musique qui pose la question de notre place dans l’espace, l’environnement et le temps ("Can you blame the Sky ?"), qui cherche une lumière ("Sister Self"). La mélancolie, réellement, gouverne ("Clickity Clack"). Des voix enfantines, le souffle de la vie, jaillissent à l’arrière-plan ("Pieces of String"). Et "The Pirate’s Gospel", enregistré en compagnie du père à l’été 2004 à Nevada City, de poser les jalons d’une œuvre en devenir et qui se verra confortée par un troisième collection de chansons, à 90% prêtes, courant 2008. Son père ne quittera jamais Alela. Il est là, il est dans la musique.
D’ores et déjà, ces chansons sans époque, cette musique de l’âme offre au monde la présence d’une jeune femme qui, du haut de ses vingt-quatre printemps, chante avec la simplicité de ceux qui ont connu les souffrances. Sa lumière nous permettra de faire face aux nôtres.
Tracklisting :
1. Tired Feet
2. The Rifle
3. The Pirate’s Gospel
4. Foreign Tongue
5. Can you blame the Sky ?
6. Something’s gone away
7. Pieces of String
8. Clickity Clack
9. Sister Self
10. Pigeon Song
11. Oh ! My Mama
12. Heavy Walls
13. Gyspsy Eyes
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