Chronique]

Total Self Hatred Total Self Hatred Ordo Decimus Peccatum / Osmose Productio

Total Self Hatred

Total Self Hatred

.:: 2008 :: Ordo Decimus Peccatum / Osmose Productio ::.

>> Style >> Atmospheric Dark Black Metal



Originaire de Helsinki (Finlande), le quintet formé par les anonymes A. (guitares, claviers, voix), C. (guitares et voix), J. (guitares, chœurs), N. (basse, chœurs) et T. (percussion, remplaçant de la boîte à rythmes originellement utilisée par le collectif) signe un dantesque premier album au bout de deux ans de fluctuations internes. Le line-up a évolué depuis 2007, J. ayant alors remplacé un certain S., originellement chargé de certaines guitares. Pour autant, l’unité du collectif impressionne très fortement à l’écoute de ce premier essai. Voici venir un Black metal tortueux, mélodique et lourdement chargé en atmosphères.

Enregistré aux studios Dauntless en compagnie de Santeri Salmi (et avec quelques mois de retard, le groupe ayant reporté les séances prévues au printemps 2007 à la fin de l’année, afin de gérer les changements touchant sa structure interne), ce premier opus éponyme est un condensé d’énergies négatives. Son positionnement part de l’incapacité à penser les choses et voit un possible refuge en la folie. Sur le plan du rendu, Total Self Hatred opte pour un rendu oppressant, au son très plein. Les guitares se fondent les unes aux autres, leur typologie BM se coulant dans une forme qui dépasse ses schémas via des exposés très planants et colorés. Total Self Hatred échafaude un noir psychédélisme à travers lequel on verrait bien quelque filiation possible vers le genre gothique. Cette filiation apparaît dès des colorations confondantes gouvernant l’essai dès l’introduction du premier "Enlightment".

Mais sur le plan des colorations de guitares, en dehors de ces leads créant ces effets de vapeur ou de hauteur, le fond reste extrêmement chargé. Lourd, saturé et ancré dans un modus operandi typiquement métallique. Le style, assez balisé, n’en provoque pas moins un flot émotionnel continu. Le chant lui-même, intégré à la masse sonore comme un simple instrument, opte pour une décharge BM âpre et dont on finit par oublier l’aspect univoque (quoique le style s’ouvre sensiblement le temps des fascinants "Spirituelles Equilibrium" et "Mighty black Dimensions ", sur lesquels apparaissent des vibrations plus medium voire graves).
C’est bien la musicalité de Total Self Hatred, renvoyant une impression possédée, qui capte l’attention ; les structures musicales, à la fois méandreuses et directes, déploient un effet de masse constant. Leurs enchevêtrements rejoignent davantage une optique d’amas que de réelle mise en valeur d’éléments particuliers, mais jouent néanmoins très bellement sur les volumes, en phases crescendos comme descentes. La basse soutient avec rondeur et dans l’économie de moyens (dans les aigus comme les graves) de très épiques superpositions de guitares ("Sledge-hammered Heart"). Cette basse, qu’on remarque assez nettement au mix, est l’élément sur lequel repose principalement cet effet de plein. La basse, c’est la note : tenue, répétée, plus que ne visant la démonstration lyrique, en cohérence totale avec l’épaississement ou le désépaississement des parties de batterie. C’est cette logique d’interaction et de volumes permanents qui donne à ce son-là, certes une uniformité dans la charge mais aussi et surtout un éclat. Ce dernier passe par la simplicité et la beauté des mélodies, accompagnées d’un sens quasi-progressif et d’une spatialité relativement rares dans le genre, sans que le son soit pour autant énorme ou, disons, artificiel. Chaque note compte, chaque harmonie se justifie, ce qui est honnêtement loin d’être le cas de tous les disques sortant dans le genre. Le tout renvoie une cohérence tout à fait singulière, une maturité qui frappe pour une formation créée depuis seulement trois ans et dont le premier album vient si tôt. Il y a bien une chimie, là-dedans, c’est sûr. Une force vive.

Et c’est là que réside finalement la plus grande force de cet essai, au-delà des thématiques sous-tendant le propos musical (la haine de soi, le refus de l’auto-apitoiement - "I am my worst enemy", disent-ils -, le questionnement face aux choses et l’humain) : cette intensité qui ne faiblit jamais, cette volonté de ne jamais lâcher prise mais qui, pour autant, ne se résume pas à un cri.
Certes, cette musique-là se fonde sur une forme de violence, mais elle transpire aussi de mélancolie pure. La souffrance personnelle fonde ainsi de nouvelles formes de barbarie, là où la typologie BM se contente trop souvent d’un exposé primairement belliqueux, haineux, proto-athée ou satanique. En ces lieux, l’enjeu est spirituel. Ce disque ne découle pas que des tripes, il engage les âmes, et c’est ce qui nous le fera aimer longtemps.
On le sait déjà.

Tracklisting :
01. Enlightment
02. Ruoska
03. Sledge-hammered Heart
04. Spirituelles Equilibrium
05. Mighty black Dimensions
06. Carving
07. Total self-hatred


Emmanuël

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