Chronique]
Grosse année que 2008 pour les Suédois Candlemass. Outre la réédition de tout son back catalogue entreprise par Peaceville, voici que sort le nouvel EP (EP ? On en reparlera…) du groupe doom/heavy suédois le "mieux survivant" de tout l’univers.
Survivant notamment grâce à l’intervention salvatrice, depuis 2007 et le très bien tenu "King Of The Grey Islands", du chanteur Robert Lowe (Solitude Aeturnus), remplaçant au pied levé de Messiah Marcolin, en situation de différend avec le reste du line-up après un album blanc et éponyme qui, en 2005, s’est attiré à juste titre les faveurs du public et de la critique. Un peu dommage tout de même, mais il faut faire table rase.
Du coup, "Lucifer Rising" garde une importance historique : il est le tout premier enregistrement de Candlemass sur lequel la logique collaborative avec Rob a été poussée à son paroxysme. Tandis que sur le dernier opus studio, le chanteur palliait à l’absence d’un Messiah pour lequel avait été composé l’album entier, les structures musicales de "Lucifer Rising" ont été pensées pour Lowe lui-même, et lui seulement. Ce qui aurait tendance, visiblement, à le conforter dans ses responsabilités de chanteur permanent ; un rôle dans lequel il s’installe avec bien du naturel et, semble-t-il, une implication forte. Le frisson est clairement au rendez-vous sur ce nouvel EP… et sur la forme, le reste aussi : comme les guitares par exemple, celles de la paire Mats Mappe Björkman / Lars Johansson.
Toujours mené par le bassiste Leif Edling (Krux), Candlemass poursuit un petit bonhomme de chemin qualitatif qui fait plaisir à voir. Le groupe ne faiblit nullement et ce nouvel EP, s’il constitue plus une pièce de collection qu’autre chose, en est une belle preuve. Candlemass y présente trois nouvelles prises studio (dont seulement deux véritables inédits), à commencer par un "Lucifer Rising" à l’attaque heavy proche d’un (bon et vieux) Judas Priest. Les attaques aiguës de Lowe n’y sont certainement pas pour rien. Sur ce titre, Candlemass déploie une vraie énergie donnant une crédibilité à cette structure plus speed que la moyenne de ses compositions. Le groupe, définitivement, est toujours à l’aise sur les tempos soutenus. Reste à voir ce que tout cela donnera sur scène.
Le Doom est de retour via "White God", titre au fil duquel le groupe renoue avec ses modes opératoires favoris : rythmiques mastodontes à la Black Sabbath, guitares ubuesquement noires et régénérant un rituel connu, Candlemass est ici à son aise et maintient ses positions de formation repère du genre. Classique certes, mais bigrement réussi.
Le troisième titre studio du EP est en fait une relecture de "Demons Gate", au fil de laquelle Rob prend possession d’une histoire à laquelle il a assisté en tant que fan mais n’a pas participé dans le réel. Sa voix injecte un venin véritable au titre, tandis que s’affine le constat de son apport à Candlemass. Ce dernier peut être comparé à celui d’un Ronnie James Dio à Black Sabbath. En comparaison de Messiah Marcolin, le timbre de Lowe a quelque chose de plus classique, c’est vrai, mais il apporte en même temps une fraîcheur et une mélodicité. Elles donnent du sang frais à un ensemble dont on croyait connaître par cœur les atours. Candlemass, grâce à Lowe, se régénère. Cette nouvelle version de "Demons Gate", si elle risque certes de ne pas surprendre grand monde, fait dire aussi que Candlemass est redevenu un vrai groupe. Son histoire le porte autant qu’il porte son histoire, et les vieux titres y gagnent une superbe.
Superbe qui gagne aussi l’ensemble des titres live enregistrés à Athènes en 2007, ensemble qui succède aux trois prises studio inaugurales. Pas moins de neuf titres complètent cet ensemble présenté initialement comme un format EP et qui, du fait de la présence des bandes enregistrées en concert, atteint presque l’heure et quart. Généreuse offrande, et qui surclasse définitivement le format court annoncé officiellement.
Sur le fond, Candlemass ne se fiche donc pas de la gueule du monde. Il en donne pour votre argent. Les prises live, assez réussies ( en dépit de petites faiblesses ponctuelles au chant) et bénéficiant d’un mix propre et puissant, mettent en scène un groupe sûr de son affaire. Il égrène ses classiques avec grand naturel ("At the Gallows End", "Solitude", "Mirror Mirror", "Samarithan" ou les plus récents "Black Dwarf" et "Devil Seed") à une époque à laquelle restait très fraîche l’intégration de Rob. Outre le fait que son nouveau chanteur a la carrure, ce dernier a clairement la culture qui allait avec le rôle qui lui est désormais attribué. On prend acte.
Il y a des retours sur lesquels on peut rester circonspect mais là, la carte qui s’abat est la bonne. Il est bien de la vigueur là-dedans, ce dont devrait bénéficier un tout nouvel album studio à paraître en 2009.
On les attend au virage, certes, mais la confiance est là. 2009 sera l’année d’une confirmation obligatoire.
Tracklisting :
01. Lucifer Rising
02. White God
03. Demons Gate (Re-Recorded)
Live In Athens 2007 :
04. At The Gallows End
05. Solitude
06. Emperor Of The Void
07. Devil Seed
08. Mirror Mirror
09. Under The Oak
10. Of Stars And Smoke
11. Black Dwarf
12. Samarithan
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