Chronique]
Ça fait un bon moment qu’on se dit que Sepultura ne ressemble plus à grand chose, et la déliquescence progressive de son line-up n’a rien fait pour arranger l’a priori. L’histoire ne s’est pas arrangée lorsque a été annoncé le départ du co-fondateur restant Igor Cavalera, parti rejoindre son frère Max dans une aventure studio diversement appréciée nommée Cavalera Conspiracy.
Avec le remplacement d’Igor par le batteur Jean Dollabella, Sepultura ressemble désormais à une belle peau de chagrin au sein de laquelle le guitariste Andreas Kisser, qui a redit fin décembre 2008 qu’il ne se vendrait pas pour une reformation du line-up de "Roots", porte un drapeau dont il n’est pas le fondateur et que l’histoire a reconnu sous une autre configuration humaine que celle que présente aujourd’hui Sepultura : Derrick Greene (chant, une place maintenue depuis plusieurs albums) et Paulo Jr. à la basse, compagnons de fortune ou d’infortune selon les avis d’un musicien qui, lui, garde les droits sur le nom.
Le problème de ce nom devenu culte dans le Metal extrême des années 1980 et 1990, se pose tout autant dans le cas d’un Sepultura que d’un Axl N’Roses. Pour le reste, une fois ce problème dépassé (car il faut bien), reste à voir la teneur du propos musical. Sur "A-Lex" (essai inspiré par le Orange Clockwork" de Stanley Kubrick), Kisser & Friends… pardon, Sepultura version "Cavalera exit", ne démérite pas plus… voire même se débrouille plutôt mieux que sur la plupart des enregistrements, plutôt médiocres vu d’ici, qui ont vu le jour postérieurement à la désertion du premier chanteur-guitariste. Enregistrements qui, aujourd’hui, composent presque la moitié de toute la discographie de l’entité Sepultura.
"A-Lex", composé de dix-huit titres de durée courte (moyenne : deux minutes trente) est dans une recherche de contrastes certaine. Si le groupe garde en réserve l’attaque et la lourdeur qui font la valeur de son fonds de commerce ("Moloko Mesto", "What I do"), le crû "Sepultura 2009" parvient à des suites mélodiques assez intéressantes voire surprenantes. Parfois, le groupe ose le pur clin d’œil au passé (les percussions ethniques introduisant "Filthy Rot") mais pour l’essentiel, reste dans un propos assez "actuel" voire mélodique ("Strike"). Même si l’ensemble souffre toujours de la linéarité de ton du chant de Derrick Green, cette faiblesse se voit compensée par une volonté qu’a le nouveau line-up de présenter une musique nuancée, voire expérimentale (le travail sur la dissonance du speed "Enough said"). Cette musique prend par exemple un poids doom qui lui va plutôt bien, ainsi que le démontre l’assise de "We’ve lost you !" (malheureusement massacré par le chant de Green) ou l’instrumental "A-Lex II", prenant. Cet instrumental, à l’instar des quelques autres qui parsèment l’album, instaurent pour Sepultura une aventure de l’ambiance ("A-Lex I" ou "A-Lex III", excellent), fraction du travail qui rejaillit sur l’ensemble. Elle contribue à rafraîchir un propos qui, parfois, se répète … quand il ne donne pas dans un riffing néo-metal abscons ("Confirm", péniblissime). Certains titres bénéficient de cette recherche dédoublée d’atmosphère et de ralentissement du tempo, sans que Sepultura y perde jamais de sa lourdeur ("Metamorphosis"). Quelques parties de chant clair offrent aussi une vraie respiration (le plutôt intéressant "Sadistic Values"), Sepultura découvrant au fur et à mesure de l’écoute un modelé complexe et plus maîtrisé.
En définitive, ce groupe, dans sa configuration actuelle, n’a pas regagné la flamme naturelle qui embrasait ses premiers opus. On est moins sûr que jamais que ce soit vraiment ce que cette version du groupe veuille, puisque aucun membre originel n’alimente sa verve. Cela étant, l’écoulement du temps n’a pas fait s’étendre l’inventivité d’Andreas Kisser, inventivité qui ressort plus de ce nouvel album que du reste de l’après-1996. En soi, c’est déjà une bonne nouvelle même si, malheureusement, on reste très peu sûr du fait que cela suffise, au regard de l’histoire.
Tracklisting :
01. A-Lex I
02. Moloko Mesto
03. Filthy Rot
04. We’ve Lost You
05. What I do !
06. A-Lex II
07. The Treatment
08. Metamorphosis
09. Sadistic Values
10. Forceful Behavior
11. Conform
12. A-Lex III
13. The Experiment
14. Strike
15. Enough Said
16. Ludwig Van
17. A-Lex IV
18. Paradox
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