Chronique]
7 Weeks, formation française déjà responsable du court et autoproduit "B(l)ack Days", passe un autre cap - et sérieux - avec ce premier vrai format album.
Collection de titres enregistrés par les sachants Bastien Burget et Shanka aux studios Destruction Inc., "All Channels Off" condense un songwriting affûté. C’est l’offrande d’une saturation vivace, sanguine et maîtrisée. Ça n’a pas été réalisé en conditions "live" mais c’est tout comme, le son transpirant de cet engagement qui devrait couler de tout bon disque de Rock.
Ce Rock est gros, sacrément. Ses reliefs donnent autant dans un coulé médium et menaçant ("Submarine") qu’ils partent à la recherche de quelque chose de sauvage ("Loaded", charge épique).
Garder l’œil ouvert, ne pas baisser la garde.
Julien Bernard est un chanteur, un vrai. Ça ne gâche rien. Arrivé là parce qu’au départ, il fallait bien une voix, l’homme fait plus que tirer son épingle d’un jeu qui n’est jamais évident. La vibration a une chair, gorge et ventre, corps et esprit. Le reste est à l’image, 7 Weeks affichant une musique baignée de culture rock, au sens large du terme. Ces gens-là ne font pas "figure". Leur background n’est pas une histoire de pose, il sustente leur art. Les référents abonderont, à n’en pas douter, à la bouche des commentateurs. Alors autant affirmer, quitte à donner un peu dans le péremptoire, que ces référents servent ce son ; qu’ils ont la noblesse de nourrir, sans jamais la manger, la musique présente sur "All Channels Off". Ces garçons, simplement, n’oublient pas d’où ils viennent et si ça a un prix, ça donne aussi une vraie force à ce qu’ils font. Clairement, ce Rock-là relève d’une certaine tradition en musique, mais 7 Weeks n’ont pas grand chose des apôtres. Ils aiment trop bousculer.
Ici, au final, s’impose l’idée d’une culture : celle d’un binaire sale et aux relents américains ("Crash"). La percussion, rigoureuse, remplit de cymbales une rythmique céleste ("The Wait"), lui donnant un scintillement cuivré, persistant et beau. Pour l’essentiel et au-delà du simple "The Wait", la frappe de Cantin-Gaucher porte de sa vigueur des guitares qui, en allant au plus direct mais au prix d’un vrai travail de couches ("On the Run"), organisent une fronde ("Dust ad Rust").
Alors, pas de bavardage, jamais : une rythmique grosse et vivante, des leads mises en veilleuse, la beauté d’une gradation exotique signée Shanka (sitar en ornement sur "Whisper"), 7 Weeks remplit l’espace mais ne se perd pas en fioritures. Gros Rock, overdrive, point barre. Un barbarisme esthétisé, pas "flatté", par un mix ayant su comprendre. C’est brut, et les gesticulations du Heavy Metal, gardées amoureusement en un fond de mémoire par certains, restent temporairement aux oubliettes, hors de cette vie-là. Ils sont pas loin, juste derrière la porte du studio.
"All Channels Off", finalement, c’est cette recherche du principal : une urgence que le temps en studio, limité, a servie. Le groupe, recentré, accouche alors d’un premier essai physique et racé, et qui laisse en mémoire la trace d’un concentré de mélodies fortes, masculines. Saturations vindicatives, grosses basses ("600 Miles"). Force du poignet, injonction primale. Le feu d’un instant, secondes de vie gravées dans le marbre du numérique.
À suivre. Il nous tarde déjà.
Tracklisting :
01. All Channels off
02. Loaded (Burnt)
03. Submarine
04. Dust and Rust
05. Crash
06. Deadloss
07. The Wait
08. On the Run
09. Whisper (and dig the Ground)
10. 600 Miles
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