Chronique]
Merauder
Depuis 1995, Merauder livre peu ou prou le même album. Celui-ci ravira donc les fans de la première heure comme les néophytes. Largement inspiré des ses parrains qui avaient établi le crossover ultime entre métal et hard-core, Merauder sent la sueur des mosh parts à la Agnostic Front, Biohasard et Madball ou les frissons des solos heavy.
La musique des gars de Brooklyn est toujours bien bâtie sur du sang et les six ans d’absence du groupe leur ont permis d’écouter un peu plus de métal que d’habitude (belle intro de « Forgotten Children »). Le batteur Bobby Blood (ex-Crematorium) prend un jeu plus black, même s’il reste toujours aussi lourd et que les prouesses ne sont pas dans une vélocité ébouriffante mais dans la laminage progressif.
Jorge Rosado pousse sa voix avec une hargne non démentie (« Hell Captive »), encadré par sa nouvelle équipe. Les accélérations sont toujours aussi rares et c’est pour ça qu‘elles portent (« Built On Blood »). Le rythme marque au corps de ses saccades mordantes. On a le sens de la salve dévastatrice et l’esprit gang fonctionne à plein régime.
Pourtant, ça n’allait pas de soi : un album précédent en demi-teinte, la mort en 2006 de Sob, ex-guitariste ; des bons concerts un peu courts en festivals, l’âge qui avance (les 40 ans de Jorge ont été dignement fêtés récemment), les nouveaux venus qui lancent des attaques en règle. La peur que le style vieillisse…
Et puis, on écoute ça, titre après titre… et on retrouve la rage, la vraie.
Quelques variations pour distinguer les morceaux les uns des autres : un soupçon de mélancolie qui stagne sur la guitare lead de « Gangsta » (à la guitare, Darian Polach) avant le traditionnel sprint sur solo Slayerien. Une alternance de tempo bien ramassé pour brailler au coude à coude, torses nus… (« Ahora » en espagnol tout du long : un régal !). Le plus métal « Never Surrener » qui bastonne sur son refrain puissant…
Pas vraiment de grande révolution chez ces rois du coup de genou dans le pif, juste un plaisir réel à jouer et à montrer qu’ils ont des pochettes laides (ici, le masterkiller étranglant dans ses griffes Jesus et éventrant dans le même temps le diable !) pour un contenu qui hurle à la mort. Gageons que ça fera cependant des tatouages très prisés dans le milieu du NYHC…
L’utilisation des guitares avec un son proche de celui d’un synthé qui plane assombrit « God Is I », le mixage révèle quelques surprises comme l’intro de « Perdona Me », quasi captée à côté du groupe. Parfait pour une immersion dans de l’intime. Avec ces deux indices, on comprend ce qui motive un retour au plus haut niveau : Jorge et ses acolytes ne font pas semblant, ils se montrent et se dévoilent bien plus que ce qu’ils avaient pu faire avant leur split. Une question d ‘honneur sans doute ? Un doigt levé bien haut vers ceux qui les avaient remisé en bas de la pile, les plaquant dans une histoire trop tôt refermée…
Aucune raison pour les futurs acheteurs d’être déçus. Un petit tour vers le myspace suffira, en plus de cette chronique, pour foncer acheter un album parfait dans son registre.
Tracklisting :
01. Until
02. Ratcatcher
03. Built On Blood
04. Gangsta
05. Forgotten Children
06. God is I
07. Perdona Me
08. Hell Captive
09. Intro
10. Ahora
11. Never Surrender
connectez-vous


