Chronique]
Torso
Une démo, deux albums, plusieurs concerts, des remises en cause musicales, des expérimentations, les fenêtres grandes ouvertes sur le monde et les radios… En cette fin 2009, le groupe Torso livre avec "Rien De Nouveau (En Quelque Sorte)" son troisième et meilleur album.
On y retrouve ce qui a fait la force du groupe : des paroles d’un cynisme triste et désabusé où le slogan se dispute avec la mise en place d’ambiances ("En été, la Terre se déguise en désert pour voir la gueule qu’elle aura dans trente ans"). Désormais, plusieurs textes sont adressés à un destinataire et ouvrent un dialogue à l’autre. Le plus souvent l’idée de couple est là et taraude, mine. La solution au mal-être peut se trouver hors de la solitude. Ou alors n’est-ce qu’un ennui supplémentaire, le couple ?
L’autre point de force du groupe est sa capacité à jouer avec des références, citant, parodiant, exploitant avec finesse un imaginaire du Rock sombre qui fait que jamais Torso ne sonnera comme Benjamin Biolay. Clin d’œil à "First We Take Manhattan" sur "Le Vent se lève", réminiscence de Diabologum dans la diction ; citation directe de "Boys Don’t Cry" des Cure sur "Je Suce des Piles au Lithium" : c’est donc encore une fois le groupe phare d’une certaine New Wave qui marque de son empreinte le son de Torso. Avec "La Nostalgie des Balles perdues", le groupe manie les effets de la chanson française la plus tarte, passage acoustique, chant féminin, discret clappements de mains : et ça passe ! Accolé aux paroles les plus noires, le message souriant se mue en grimace, en crachat à destination des radios. Bravo !
En parallèle à ces citations, le groupe affirme sa personnalité. Les expérimentations sonores avec l’irruption de morceaux teintés de phrasés hip-hop ont laissés place à l’affirmation de lignes mélodiques fortes. On a maintenant la certitude de posséder un album complet, qui fait sens. Les introductions placent des climats, les variations harmoniques se font délicatesse ("Mona"). La mélancolie ralentit le tempo sur "Ghorepani", tandis que "Dresseur d’Animaux" harcèle de sa monotonie contrebalancée par l’alternance des deux voix.
La basse ronde des années cold-wave sert à merveille la voix de VinZ, les guitares cristallines d’AlexXx peinent à dissiper le malaise persistant. En acoustique ou en électrique, c’est l’enchaînement et la répétition, l’alternance entre chant et spoken word qui fait mouche. L’humour du désastre façonne les éclaircies. "Rien de Nouveau", titre phare du disque, marqué par une guitare couinante est le récit de la journée la plus triste de l’été, illusions et désillusions s’enchaînent sans que le pathos ne domine, plutôt la jouissance, l’attrait du vide…
Danse mortuaire, soubresauts de la Saint-Guy, aphorismes de fin du monde : Torso
Tracklisting :
01. A quelques Nanosecondes près
02. Mona
03. Je suce des Piles au Lithium
04. Ghorepani
05. Dresseur d’Animaux
06. Rien de Nouveau
07. La Nostalgie des Balles perdues
08. Le Vent se lève
09. Autopsie 70 0 203 bis
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