Chronique]
Rammstein
Il faut prendre les choses à la rigolade.
Sur la pochette ils font les bouchers, sur le clip de "Pussy", ils réalisent l’expérience "porn-star" (ton esprit est mort, tu n’es plus que corps, l’autre est ton jouet, cette époque est viandarde, trouve tes repères bordel)… alors c’est soit ils ont un profond sens de l’humour (et il faudra suivre, sinon vous ne pourrez pas aimer "Liebe ist für Alle Da") ; soit ils partent en vrille. Et vu la manière dont leur carrière est encadrée, vu le "carré" du management, peu probable qu’ils partent en couille pour de bon.
Sortant en divers formats (dont un coffret comprenant moult godemichés [salut les filles !], un double vinyle 33T et un double CD dont le second disque comprend cinq titres bonus [dont une version orchestrale de "Roter Sand"]), "Liebe Ist Für Alle Da" offre son lot de joyeusetés suite à une période où ça a remué pas mal en interne.
Après "Rosenrot" (l’album le plus inégal de Rammstein), ils ne pouvaient plus se voir en peinture. Et sous celles, très fin XIXème, du packaging du nouvel album (forme impressionnante, comme toujours), R+ semble retrouver une jeunesse.
Réalisé partiellement aux Etats-Unis (une première pour eux), coproduit par R+ et l’infatigable et fidèle Jacob Hellner, ce sixième essai studio est tout simplement réussi dans son genre. Il remonte sérieusement la pente après le dernier essai officiel. Le groupe y a opté pour un rendu plus technologique que ce qu’apprécieront les amateurs de ses aspects plus orchestraux, jamais renouvelés au point où l’album "Mutter" les avait portés.
Et si la technologie ne reste souvent qu’un vernis, un appoint esthétique sauf à de rares reprises où elle se fait plus voyante (les textures de "Mehr" ou de "Haifisch"), Rammstein opte de nouveau pour un Metal frontal, direct et décliné à l’envi : sournois et lent ("B********", formule magique à dire au réveil et au coucher ; vos rêves se réaliseront, paraît-il…), héroïque ("Rammlied, hymne à la joie de retrouver Rammstein en concert, le refrain parle pour lui tout seul). Le groupe y met du sien et l’ensemble, à défaut de surprendre, développe des astuces et a une efficacité que n’avait pas "Rosenrot". Très net.
On préfère certainement le groupe, a priori, sur ses formats (car c’en sont bien) les plus metal ("Waidmanns Heil", "Wiener Blut"), mais les bougres réservent quelques surprises (Edith Piaf risque de se retourner au Paradis, en entendant le bruissement lointain de "Frühling in Paris" [… qui commence comme une ballade, du français au programme]) et osent terminer sur une vraie ballade ("Roter sand"), pas plus dégueulasse que ça, deux rangs après le refrain proto-nymphomaniaque de "Pussy" (si vous n’avez pas encore vu le clip, cherchez. Et essayez d’avoir plus de dix-huit ans, c’est mieux).
Produit de manière magistrale (c’est d’ailleurs un des points les plus forts du disque, ce qui n’étonnera pas les fans, habitués aux prouesses des Allemands à ce sujet) et fruit d’une cohésion retrouvée (le groupe a travaillé collectivement plutôt que de se faire la gueule tout le temps) "Liebe Ist Für Alle Da" est un disque réellement taillé pour la scène. On ne va pas s’ennuyer, mais il va falloir prévoir la ceinture de chasteté si on veut s’en tirer sans dommages.
On vous laisse, on a une partouze.
Tracklisting :
01. Rammlied
02. Ich tu dir weh
03. Waidmanns Heil
04. Haifisch
05. B********
06. Frühling in Paris
07. Wiener Blut
08. Pussy
09. Liebe ist für Alle da
10. Mehr
11. Roter Sand
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