Chronique]
Lydia Lunch
On peut et on doit profiter de la réédition de "Queen Of Siam", initialement sorti en 1979 pour croiser ou re-croiser la route de cette personnalité emblématique du Post-Punk qu’est Lydia Lunch.
A seize ans, la gamine débarque à New York et s’impose dans la communauté No-Wave : films, performances, musique avec Teenage Jesus And The Jerks, écriture. La légende est moins thrash que le réel : en effet, le succès d’estime qu’elle rencontre vite n’a rien de glamour. A cette date, il y a beau avoir Basquiat, Warhol ou le CBGB, New York pue et les gamines de son acabit se droguent et sont des putes.
C’est comme ça : marche ou crève.
Lydia Lunch fait les deux en même temps et son aura ne cesse de croître, vampirisant peu à peu toute l’intelligentsia qui sortira de Big Apple. Mais pour elle, peu de répercussions : trop violente, trop étrange, trop vénéneuse sous ses airs de fille à la mode. Insaisissable.
Remercions la d’avoir sur se maintenir en vie pour proposer aujourd’hui encore des performances décapantes, intransigeantes, dérangeantes et voyageons dans le passé, le temps d’un album.
Et si c’est un plaisir d’entendre de nouveau ces bandes, c’est en revanche un crève-cœur pour le chroniqueur que je suis de n’avoir en mains qu’une photocopie noir et blanc au lieu du livret avec notes de la dame, tel qu’il est prévu par le label Cherry Red.
A cette époque, Lydia est encore "présentable". Elle va à contre-courant de son disque avec le défunt groupe de son copain James Chance. Les guitares sont le plus souvent discrètes. On remarque "Los Banditos", sexy en diable, charmant comme un serpent en Inde, brouillard du "Livre de la Jungle"… On frémit d’excitation à l’écoute de ce petit film noir made in Hollywood, avec soieries des cuivres et lumières tamisées sur la voix d’une gamine déjà revenue de tout. On succombe au spoken word suavement chantonné qu’est le remarquable "Lady Scarface", classique ou presque car on entend poindre des arrangements juste ce qu’il faut de bancal pour générer un malaise. Dialogue à deux sur fond de jazz syncopé, démantibulé ("Carnival Fat Man") : une partie de l’ambiance gothique dans laquelle Burton puisera pour pas mal de ses films provient de cette reine de l’underground. "Gloomy Sunday" pousse du coude le jeune Tom Waits pour un cool jazz acide. Trop de tout, déjà.
Et puis, il y a ces autres morceaux, déjà venimeux en diable : "Tied and Twist" par exemple. Très Sonic Youth des débuts ("Protect me you") avec ses guitares acides en dissonances, cette berceuse tribale étire ses mélopées et avive la fièvre qui contaminera pleinement le douloureux livre "Paradoxia". "Mechanical Flattery" avec son saxophone mauvais : quand on pense que la pop des années 80 nous servira son plan de pseudo sax mou dans la moitié de ses tubes, on rit jaune… "Atomic Bongos", enfin : exactement la recette que PIL utilisera sur son "This is not a Lovesong" : basse bondissante, voix narquoise, rythme lancinant. Le Funk dark avant Johnny Rotten, avant Peter Murphy !
Ingéniosité de l’enfance et de ses rêves de gloire, lucidité cynique de l’adulte, regard désabusé mais tragiquement moqueur sur les travers humains, pertinent musicalement car en décalage complet avec ce qu’on attendait d’elle, la fille du Punk-Rock et du Hard-Core balbutiant, ce "Queen Of Siam" est la première page d’une autobiographie tout aussi importante que celle de Jim Morrison, Rozz Williams ou Kurt Cobain.
Mais Lydia, elle, est en vie.
Tracklisting :
01. Mechanical Flattery
02. Gloomy Sunday
03. Tied and Twist
04. Spooky
05. Los Banditos
06. Atomic Bongos
07. Lady Scarface
08. Cruise to the Moon
09. Carnival fat Man
10. Knives in the Drain
11. Blood of Tin
connectez-vous



