Chronique]
Killing Joke
Bon, d’accord, le son est énorme sur le premier titre de cet EP de Killing Joke. Un son dense, massif, à l’image du titre de ce single "In Excelsis". Ça tourne, c’est harmonique juste ce qu’il faut et le refrain en boucle reste bien en tête tandis que basse et batterie martellent comme des brutes. Que Killing Joke sache taper fort, on le sait depuis un bon moment. Que la bande de Coleman sache manier le refrain tueur, ce n’est pas non plus une révélation. Mais, le retour au très grand avec l’album "Hosannas From The Basement Of Hell" oblige le groupe à une plus haute tenue.
Les récentes tournées revival pendant lesquelles le groupe jouait en intégralité ses albums classiques ont marqué les esprits et je sens derrière un titre comme "Endgame" l’envie de revenir sur des bases tribales et des harmoniques plus casse-gueules, celles-là même qui avaient conduit le groupe au tournant new-wave de la fin des années 80. Avec "Endgame", le Killing Joke de 2010 retrouve cette juste balance entre énergie, transe mystique et tentations sucrées. Il y a là comme une erreur de casting pour le single… Le Killing Joke actuel tiendra plus de ce retour au passé.
Alors la joie est encore plus intense avec "Kali Yuga" : voix douce comme au bon vieux temps (si, si !), son plus rentré, avec cette sacrée formule magique inexorable. Le riff se répète et gagne en intensité continuellement, conduisant l’auditeur à sourire béatement. Une variation de la basse de Youth est bien audible et relance avec le plaisir des choses entendues la machine post-punk. Des paroles qu’on ne peut que souhaiter connaître déjà par cœur. La réussite, le morceau à jouer en boucle pour lequel on conseille l’achat direct du disque.
Jaz Coleman, Geordie Walker, Youth et Paul Ferguson se montrent ensuite plus taquins avec un "Ghost Of Ladbroke Grove" chaloupé aux rythmes du Dub, une descente sacralisée que je trouve un peu trop clinquante pour être honnête, un jeu dans lequel le groupe ne trouve pas les assises nécessaires. Expérimental et surprenant, certes, lancinant dans le bon sens du terme et ouvertement rétro (ah ces synthés typés "Guerre Des Etoiles" !), mais loin de la transcendance clamée à cris lents ("come together"). Désignant la partie nord du quartier de Notting Hill, cet appel au Dub renvoie immanquablement, pour les Frenchies que nous sommes, à Treponem Pal (pour lesquels Paul Raven enregistrait au moment de son décès) et force est de constater que Killing Joke s’égare un peu.
Alors, oui, puisque Killing Joke a survécu à cette épreuve qu’a été la mort de son bassiste, le futur album "Feast Of Fools" constituera sans aucun doute un hommage tout autant que le gain d’une nouvelle grâce.
Trente ans après ses débuts, Killing Joke touche encore juste !
Tracklisting :
01. In Excelsis
02. Endgame
03. Kali Yuga
04. Ghost Of Ladbroke Grove
05. Ghost Of Ladbroke Grove (Dub)
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