Report de concert]
Fields Of The Nephilim
19/06/2010 Rock Hard Tent - Hellfest (Clisson, France)
Dans un contexte dans lequel est toujours attendu le DVD live "Ceromonies" (achevé en production mais devant encore être encadré contractuellement, de ce que nous savons au moment d’écrire ces lignes), le line-up live des Britanniques cultes Fields Of The Nephilim, stabilisé depuis quelques mois avec l’arrivée du bassiste Snake, a convaincu lors de ses récentes prestations live, notamment celle d’Athènes. Sur la période récente, le groupe a su faire preuve de conviction, y compris sur des titres qu’il persévère à ne vouloir jouer que trop rarement ("Endemoniada"). Alors que semble définitivement intégrée à la setlist la version revue et finalisée de "From the Fire" (qu’on n’a longtemps connue qu’en tant que démo, sur le vrai faux album "Fallen"), Fields Of The Nephilim persiste en 2010 à s’afficher live. Ce choix passe par une série de dates ponctuelles sous le titre de "Ceromonies Tour", dans le lot duquel s’inscrit cette date au Hellfest, première apparition en France du groupe (rénové) depuis les concerts donnés pour l’antédiluvienne tournée "Elizium" par le line-up des trois premiers albums studio.
Cette date donnée à Clisson a vu le groupe assurer un set relativement court (moins d’une heure) bien que tête d’affiche du festival pour la journée du samedi (des horaires imposés par l’organisation du festival). McCoy & co. (soit le batteur Lee Newell et le guitariste Gav King, membres permanents depuis le retour live de la formation en 2007, plus le guitariste "à arpèges cristal" Tom Edwards et donc, Snake à la basse, très présent au mix) firent le choix d’offrir au public du festival metal un set marqué par des morceaux longs (l’enchaînement "Shroud (Exordium) " / "Straight to the Light", "Mourning Sun") et marqué par les saturations de "Zoon" ("Zoon part 3", rare sur scène et remarquablement bien joué, plus loin dans le set "Penetration"). Quelques classiques issus du second album ("Chord of Souls" en rappel, l’immanquable "Moonchild" restant au set principal) et un "Elizium" une nouvelle fois zappé furent les ingrédients d’un concert que commentent sous la forme du dialogue, deux anciens fans dont le choix commun a été d’ "accepter" l’incarnation actuelle du groupe : Stéphan Cordary , qui a vu la plupart des shows donnés par le groupe depuis 2007, et Emmanuel Hennequin.

- Emmanuël : Ce concert de Fields Of The Nephilim était attendu assez fortement au Hellfest, pour plusieurs raisons. D'abord, il s'agit d'un line-up qu'on peut qualifier enfin d' "assis" pour Fields Of The Nephilim, après bien des changements survenus en interne depuis leur retour sur scène, à L'Astoria, à la mi-2007. Pour avoir eu la chance de rencontrer Carl McCoy et ses musiciens l'après-midi même en backstage, j'avais été frappé de constater la décontraction des troupes, le sourire aux lèvres de ces gens qui, le soir, ont confirmé ce que le manager Rob Ferguson me disait lorsque nous nous sommes quittés : "You'll see, they're in top form". As-tu, toi aussi, ressenti cette cohésion de groupe et, toi qui les as vu sur les dates antérieures, comment juges-tu leur performance de Clisson par rapport à ces dernières ?
- Stéphan: Ce line-up a en effet trouvé une stabilité indéniable. Deux éléments tangibles pourraient être à l'origine de cet état de fait.
Tout d'abord, une certaine "césure" semble avoir eu lieu avec l’arrivée de Snake à l'Amphi Fest 2009. Dans un premier temps tendu et prudent, le bassiste prenant la place de John Carter parait avoir apporté au groupe confiance et solidité. Que ce soit sur les dates de Varsovie, Porto ou Athènes, le groupe comprenant Snake ne s'est jamais départi de cette unicité qui fait désormais sa force.

- Emmanuël : Je te rejoins sur l'apport de Snake. J'ai un peu craint personnellement que le groupe souffre du départ de Carter, qui avait accompagné sur le plan instrumental Carl McCoy dans la réalisation de "Mourning Sun" ; mais j’ai été pris en défaut. Snake fait plus que remplacer Carter. Ses lignes de basse sont solides, elles sont bellement mises en valeur au mix, ce qui donne une rondeur et une profondeur renouvelées au son du groupe. C'était vrai à Athènes, ça l'a été à Clisson. Qui plus est, l'attitude un brin robotique de Snake sur scène, qui au départ me gênait un peu sur les vidéos vues sur YouTube (peut-être était-ce le temps de prendre sa place pour lui) contribue maintenant, dans mon regard, à la tenue du groupe sur scène. Snake semble trouver sa place. J’ai trouvé les musiciens assez statiques à Clisson, Tom Edwards notamment. Ils bougent peu et donnent alors l'image d'un collectif concentré, ils sont dans un but à atteindre. Ça leur donne en fait une "crédibilité" supplémentaire, et Dieu sait s'ils sont toujours attendus au tournant après la reformation du groupe sans les membres originels. Cette attitude "d’immobilité" n'enlève rien au show, bien au contraire. McCoy est au centre, il bouge, ça correspond visuellement à l'histoire de Fields Of The Nephilim, durant laquelle il a toujours été vu comme le frontman et où les musiciens, par leur constance et leur assise, créaient les conditions d'une bonne performance.

- Stéphan : L'évolution de la place de Snake est sensible et visible au fil des shows. Fébrilité à l'Amphi Fest et au Hellfire, début d'aisance à Varsovie (avec une nette évolution du premier soir au second), une étape portugaise où le travail paye (malgré un mix moyen) et enfin Clisson où sa prestation n'a jamais été meilleure.
L'autre point qui me paraît essentiel dans la renaissance du groupe est le repositionnement de Tom Edwards. Si les rythmiques de Gav King avaient été placées au centre de l'architecture des morceaux, les retours aux arpèges originels ont assis une texture foncièrement plus conforme à l'idée que chacun se faisait des Fields. Alors oui, la prestation de Clisson est importante dans la mesure où elle abonde dans l’affirmation de ces éléments qui font désormais office de référence.
- Emmanuël : Tom Edwards reste assurément, pour moi, un artisan important de la refonte du son de Fields Of The Nephilim, et le concert de Clisson l’a aussi montré. Je te rejoins sur l'importance de son travail d'arpèges, sur l'espace climatique qu'il engendre par son jeu. Nous avons cependant une petite divergence concernant la personne de Gizz Butt, qui a accompagné le groupe lors de ses premiers concerts de reformation, à partir de 2007 et notamment à L’Astoria. Tu m'as déjà expliqué qu'il te renvoyait l'image d'un guitariste de studio, aguerri, mais que son jeu ne te touchait pas. Ce que j'ai pu voir de sa performance au sein de Fields Of The Nephilim en 2007 ne m'a pas renvoyé ça : il a été le premier musicien du line-up reformé à se plier en premier à "l'esthétique Nephilim", sur le plan vestimentaire déjà (et ça compte dans mon regard), et j'ai souvent trouvé ses guitares remarquables. Lyriques. Mais ce qu’on peut aussi reconnaître, c'est que la présence de Gizz dans le line-up n'a pas correspondu à une pleine maturation du groupe reformé.

- Stéphan : En effet, Gizz Butt ne m'est apparu que comme un mercenaire dans toute cette histoire, se donnant une publicité quant à sa présence lors du retour aussi inespéré qu'attendu des Fields en 2007. Qu'il revête l'uniforme requis ne m’apparaissait pas absolument primordial. C'est plus une forme d'arrogance sur scène que j'avais cru entrevoir, alors que ce n’était pas lui qu’on fêtait ce soir-là.
En outre, à l'époque, le retour des frères Wright avait été évoqué et la déception de voir ce blondinet à la place de Paul a empêché la pilule de passer.
Mais oui, sur le plan des guitares, notre homme connaissait son job. Cela dit, l’avenir semble avoir donné raison à l’erreur relative de casting, son apparition au sein des Fields ayant été plutôt éphémère.
- Emmanuël : La personne de Gav King est celle qui, sur le plan visuel et hormis Carl bien sûr, correspond aujourd’hui le plus à l'archétype visuel "Nephilim". C'est en décalage avec son jeu, assez metal, et son attitude, qui restent souvent celle d'un rocker. Pour moi, et le cocnert de Clisson me l’a aussi renvoyé, Gav incarne musicalement les penchants metal de Carl, son côté "Zoon" / Nefilim, tandis que Tom Edwards raccroche Fields Of The Nephilim à ses couleurs planantes, celles de l'époque I, notamment ces cristaux de guitares qui se firent jour sur "Elizium" ou sur les passages les plus mélodiques des premiers albums.

- Stéphan : En effet, cette dichotomie dans le personnel et le jeu paraît être récurrente chez Mc Coy lui-même. Après avoir baigné dans les atmosphères purement metal voire death sur "Zoon", les prestations récentes assument ce qui, à une époque, aurait pu paraître comme une ambition confinant à la schizophrénie. Comment concilier "Elizium" et "Zoon" sur scène ? Comment enchaîner "Penetration" et "For her Light" ? Mc Coy a tranché dans le vif et ne s'embarrasse plus du "qu'en dira-t-on". Le choix des morceaux est plus ou moins orienté en fonction de l'évènement mais plus aucune limite théorique n'est fixée.
D’ailleurs le choix des dates traduit bien ce paradoxe assumé : tantôt des festivals dits "gothiques" (Mera Luna, Amphi Fest), tantôt d'autres purement "metal" (Hellfire, Tuska, Clisson). Et pour les dates uniquement "Fieldsiennes", un joyeux mélange !

- Emmanuël : De toute manière, le débat qui anime encore certains vieux fans sur la place que le groupe doit se faire ou pas dans des festivals metal, me paraît totalement dépassé. Sur mon étagère, The Nefilim et son "Zoon" se situe entre la compilation "Revelations" et l'album de démos "Fallen", et ça ne me choque pas un brin. Qu'on le veuille ou non, les faits obligent à considérer que la personne de Carl représente Fields Of The Nephilim désormais, et le fait que lui-même ait expressément renoncé au début du siècle à la dichotomie entre les projets Nefilim et Fields Of The Nephilim a préparé le terrain à une confusion des deux sets sur scène. Live, le line-up actuel accomplit finalement une synthèse de l'œuvre de Carl, comme le fit celui (éphémère) de 2000, qui intégrait Tony Pettitt et d'ex-musiciens de "Zoon", Simon Rippin et Paul Miles. Or, une partie de cette œuvre s'inscrit dans le metal. Dès lors, il serait difficilement compréhensible que, dans ce contexte, et sous prétexte que ce line-up porte le nom de Fields of The Nephilim, il évacue tout le son de "Zoon". Pour quoi faire ? Satisfaire je ne sais quel purisme ? Pourquoi limiter le jeu à la satisfaction d'un attachement à un "patronyme officiel" ? Ce serait stupide et sur le fond, je rejoins les choix de Carl concernant les mélanges opérés par les dernières setlists, même si je préfère le répertoire "originel". Que Fields Of The Nephilim doive ou non jouer une musique qualifiable de "gothique pur" me semble une question dénuée de sens, ce genre de réclamation ou d'attente me semble se circonscrire à la manifestation d'une humeur nostalgique. Or, le line-up actuel ne veut pas répondre qu'à cela. Il le fait mais joue aussi des titres de "Mourning Sun", qu'il n’a pas contribué à construire en studio, en tout cas pas officiellement. Ce quatrième album estampillé Fields Of The Nephilim reste pour moi comme la manifestation d'une ambition solo pour Carl, de manière plus forte encore que "Zoon". Le groupe actuel, ainsi, a "avalé" l'histoire de Fields Of the Nephilim et si ce n'est pas pour se projeter autre chose, ce sera un peu peine perdue. Or, ils disent vouloir revenir en studio ensemble. Ils vont de l'avant et la mise en œuvre de leur savoir-faire commun, qui se renforce depuis quelques mois, le prouve : ces types se réapproprient aussi bien le set metal de Nefilim que les fascinants aphorismes du premier line-up. Alors je sais que je préfère "Moonchild" à "Penetration", mais il m'est impossible de dire qu'en jouant "Penetration", ce line-up démérite ou "ternit" la représentation de Fields Of The Nephilim. Il porte l’héritage et prépare le futur, j’espère. Qu'as-tu, toi, retenu de ce concert en termes de "moments forts" ?

- Stéphan: pour être franc, ce concert ne devait pas être le temps fort de l'année sur mon "planning nephilimien". Après Varsovie, qui restera avec ses deux soirs comme les shows les plus énormes des Fields qu'il m'ait été donné de voir, de même qu'une soirée plus que réussie à Athènes, Clisson ne pouvait jouer dans la même catégorie. Nous sommes sur un festival avec simplement une petite heure allouée, la concurrence passée et à venir (Barcelone, Madrid en octobre et entre autres Cologne et Berlin en décembre) ne fera pas de cadeau.
Alors malgré tout, ce show m'a touché. Carl, nonobstant des petits problèmes de mix (voix peut-être un peu faible) qui ont pu être ressentis ci et là, était indéniablement présent. Il arpentait la scène offrant à chacun son lot d'incantations. Rien que pour cette volonté de ne pas jouer à l'économie et d'offrir au public français une image constructive et vivante des Nephilim, j'avoue ma satisfaction. Sur un plan plus personnel, "Zoon Part 3" m'a beaucoup plu, peut- être parce que joué assez peu en live et "Dawnrazor" a été très bien exécuté. "Chord of Souls" fait également partie des bons moments. Ce morceau envoie vraiment et la façon dont les musiciens se le sont appropriés est stupéfiante. En outre, la renaissance de ce titre cache une sorte de private joke. Depuis plusieurs années, les fans réclamaient la reprise de ce morceau emblématique. Depuis Athènes, c'est chose faite et manifestement, c'est également sur scène qu'on y trouve son compte. J'avoue que "Last Exit For The Lost" m'a manqué, mais pour une petite heure de set, le choix a du être "Crowleyen".

- Emmanuël : La voix de Carl a pu être mixée de manière un peu faible par moments mais ceux qui auront la chance de tomber sur des bootlegs saisiront tout de même le bon équilibre global, sur l’ensemble du concert. Je n'ai pas été outrancièrement choqué par le problème du volume de la voix, ça n’a constitué qu'un défaut ponctuel et ça ne m’a jamais fait "sortir" du concert. Qui plus est, j'ai trouvé aussi que Carl était très présent scéniquement. Les mêmes impressions que toi concernant les morceaux évoqués. Je porterai une mention spéciale aussi à "Dawnrazor", qu'ils jouent de mieux en mieux, à l'instar des autres titres longs de Fields Of The Nephilim, tel ce "Last Exit..." que tu évoques avec regret. Le morceau qui m'a le plus manqué, personnellement, est la version remaniée de "For her Light", mais ça a été aussi l'occasion pour moi de découvrir dans le réel, l'impact supplémentaire qu'a gagné un titre comme "From the Fire" dans sa version 2010. Il ne reste plus qu'à espérer que le groupe redonne un jour une place plus conséquente à ce qui s'est passé après l'album "The Nephilim", avec le classique "Psychonaut", qu'ils ne jouent plus beaucoup, mais aussi avec les titres de l'album "Elizium", qui m'ont sérieusement manqué à Clisson… sans que leur absence me surprenne trop.
- Stéphan : C'est vrai que le besoin de nouveauté s'est fait ressentir lors des derniers shows, et semble-t-il majoritairement, du côté du public. Le répertoire est vaste et bien des morceaux semblent avoir une raison d'exister live toujours actuelle.

- Emmanuël : Maintenant, et avec la répétition de l'exercice live depuis 2007, il devient impératif que le groupe propose de nouvelles choses sur scène, et donc qu'il travaille sur de nouveaux enregistrements. Ils semblent décidés à le faire mais, à ce sujet, je préfère ne rien attendre en dépit des déclarations de bonnes intentions en provenance de Carl, qui hésitait récemment entre la parution de plusieurs EPs successifs ou celle d'un nouvel album. Quelle option préfèrerais-tu de ton côté et pourquoi ?
- Stéphan : Pour les nouveaux titres studio, il me semble qu'il est très difficile de s'appuyer sur les dires de Mc Coy. Que le groupe travaille, enregistre, c'est sûrement un fait. Mais de là à en être au stade de la sortie, j'ai des doutes. Quand tu vois le délai déjà écoulé depuis l'annonce du EP "Sleepers" ou celle de la sortie du DVD du Shepherd Bush Empire (ndlr : le futur "Ceromonies"), le temps de Mc Coy ne semble pas être celui… des autres mortels.
Pour répondre plus précisément à ta question, je suppose que la sortie de divers EP’s pourrait participer à l'accélération du processus. On y place trois ou quatre nouveaux titres, des lives et pourquoi pas des anciens titres non validés en tant que tels ("Deeper", "Hollow Doll") ou jamais enregistrés ("Red 777").
Cependant, ce qui a toujours fait la force des Nephilim y compris jusqu'à "Mourning Sun" et bien entendu sur "Zoon", c'est la force du concept, l'intensité de l'album dans sa globalité. Pour illustrer ce propos, je pense n'avoir jamais écouté un album de ce groupe en zappant une plage. Alors à choisir, je penche pour une attente substantielle mais avec un aboutissement spectaculaire. Un bel album en 2525 (ou légèrement avant), avec des musiciens qui ne soient pas que des "ghosts", ça m'irait.
Setlist :
01. Shroud
02. Straight to the Light
03. Zoon III
04. From the Fire
05. Dawnrazor
06. Moonchild
07. Penetration
08. Mourning Sun
Rappel :
09. Chord of Souls
Photos : Clément Marchal [Twice]
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