Report de concert]

Suicide + Morthem Vlade Art + Client

25/01/2005 La Loco Paris

Ouverture des portes, 21h00, premier concert à 22h00. Les deux filles de Client et leur comparse aux manettes sont dévoilés sitôt le rideau de scène tiré. Mines impeccables d’hôtesses de l’air, une petite touche sexy avec les gants noirs de la blonde Natacha. Quelques très légers déhanchements du bassin…

Photo de Suicide + Morthem Vlade Art + Client 1

Son de sirène et basse funky. « Just give me love, just give me sex », puis le public hype se régale de l’arrivée du single « Radio ». Petits sourires à la foule, lightshow en vert et bleu, sonorités cold très bonnes du côté de la basse et de la caisse claire. Le spectacle se poursuit, « down down to the underground », très rythmé, fait bouger les têtes et les jambes. Un petit « Are you ready to rock ? » enthousiasme la foule et c’est l’un des singles du premier album qui propose ses sonorités salies. « Rock’n’roll is all I wanna do, is all I want for you ! ». Mais je trouve trop grand le contraste entre l’allure proprette, les petits mouvements polis et les mélodies. Avec Client, on s’éloigne de plus en plus de la dimension « clash » de l’electro-clash. Fini les rires et le foutoir des Chicks On Speed. Finie la folie des Robots In Disguise. On en revient à de la synth-pop qui réfrène ses envies de meurtre sonore. Sur « Client », les deux comparses jouent aux fausses jumelles, collées dos à dos, pendant que les manettes sont triturées afin de livrer des sons pitchés. Le pied de micro se glisse avec adresse contre la longue jupe droite. Deux morceaux plus loin, nous sommes plusieurs à penser très fort à un titre de No Doubt, « Hella Good » : même lourdeur de la ligne de basse et boucle stridente, perforante, en fond. On s’amuse un peu plus sur le nouveau single « Pornography » et sa lap-dance minimale. Enfin, un rappel qui sonne comme du OMD, les violons en fond. Mais dans le public, certains ivrognes hurlent déjà qu’ils veulent les voir nues. Haine de ce machisme débile et primaire. Des BPM surpuissants viennent les cueillir en fond de pantalon, mais ce titre reste trop simplement techno et ne prend pas. Ladytron et Celluloide font mieux...
Client, avec ce deuxième album, juste bon pour des pistes de danse ?

Set-List :
1) In It For The Money
2) Radio
3) Down to the underground
4) Rock’n’Roll Machine
5) Client
6) Come On
7) Overdrive
8) Pornography
9) One Day At A Time
10) Price Of Love

Photo de Suicide + Morthem Vlade Art + Client 2

Petite séance de DJ qui part de Depeche Mode remixé, passe par des standards (déjà !) electro-clash puis vire vers la hard-tech. Si le public s’attend à de la techno avec Morthem, il risque d’être déçu… Heureusement, « The Walk » des Cure vient jeter sa froideur pop et, rideaux fermés, les Morthem Vlade Art entament leur show !

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Bruitisme à tout va, ça démarre énergique et sans concession par un bon titre no-wave à la basse minimale et aux cris dignes d’une perf des Virgin Prunes. Maquillé de noir, Gregg est un joli corbeau proche de Peter Murphy. Le format guitare plus synthé plus deux chants plus ordinateur déconcerte et énerve d’entrée de jeu les quelques personnes qui pensent que le rock est mort. Gregg se rapproche ensuite du bord du plateau, vient narguer les premiers rangs, dévoués à sa cause. Allure froide, le synthé est éclairé d’un néon tout Kraftwerkien. Une partie du public a maintenant compris que ce sera étrange et décalé. Le chant se fait atone, assurément sombre.
Le premier extrait d’Absente Terebenthine vient soulever les cœurs : le spectre de Dalis Car hante la basse presque funky. C’est ensuite « Antechamber » qui révèle la voix d’Emmanuell. sur un son surpuissant, hargneux et métallique. Le son est réglé sur les basses et Gregg se place de temps à autres face aux synthés pour des parties cliniquement mortes. Le passage à la scène donne une nouvelle dimension, plus rock, plus brute, plus agressive à ces titres. Là où les morceaux de leur dernier album sonnaient comme un Bowie revisité par l’electronica, c’est le passé plus goth qui reprend du poil de la bête sur scène. Mais attention, un aspect goth qui a plus à voir avec PIL qu’avec les Sisters !
Emmanuell., très sobre, se balance, c’est assez paradoxal, lentement et convulsivement, se retenant à un pied de micro fragile. Elle est de cette même féminité que Patti Smith. Sa voix surprend une nouvelle fois par des intonations sourdes et chaudes à la Annie Lennox tandis que Gregg s’énerve de plus en plus sur son instrument, tapant les cordes de coups redoublés. On s’achemine ensuite vers une darkwave bien froide pour « Splendor In The Grass ». Emmanuell. sort de scène et Gregg, seul en piste avec l’homme aux claviers, se laisse tomber à terre et chante avec une voix de plus en plus grave. C’est le moment choisi dans le public pour s’apostropher et il s’en faut de peu pour que ça ne dégénère en petite bataille rangée entre les pour et les contre… Chacun ayant payé sa place, c’est à coups de gueule que l’on obtient le droit de suivre la fin du concert des Morthem. Gregg réclame un son poussé au maximum à la guitare et nous assène un « Endless Dream » anthologique.
Les groupes virés de scène ou insultés, voilà bien longtemps que je n’avais vu ça… Il faut dire que je n’ai pas assisté aux shows de Peaches !

Set-List :
1) Subonic (inédit)
2) Paranoïa (version remix)
3) Traces
4) Someone with transparent eyes
5) Antechamber
6) Transcontinental
7) E-clipse
8) Rooms for tourists
9) Splendor in the grass
10) The Slope
11) Closer To Me (version remix)
12) Endless dream

Photo de Suicide + Morthem Vlade Art + Client 4

Vient maintenant le long moment d’attente de la montée sur scène de Suicide. Matériel prêt, ils nous feront patienter et nous énerver une bonne demi-heure, annihilant l’espoir de voir la moitié du concert et de profiter du dernier métro. Quelques blasés semblent avoir lu le Télérama de la semaine ou le Libé de la journée vantant nos pappy rock. J’attends avec impatience qu’ils se prennent en pleine face la démarche sans concession du duo !

Photo de Suicide + Morthem Vlade Art + Client 5

Las, pour ma part, je ne verrai que trois titres. Mais ces trois titres confirment tout ce que je pensais d’eux, en bien comme en mal. Nul doute : ils sont les précurseurs du son des Revolting Cocks ou des premiers Killing Joke, boucles ultra-répétitives de guitares pour former un bon mur où se fracasser la tête, hurlements du synthé pulvérisé de claques de doigts, la fosse se mue en une masse-pogo vaporeuse... dès le deuxième titre, une femme - fan de la première heure - monte sur scène, de cuir vêtue et, n’osant slammer, reste à se déhancher sur le plateau. Suicide à trois maintenant font dans le show pour Hillbillies ? On se régale, on se marre, on se regarde. On est en joie. Encore un titre, toujours aussi similaire avec ses nappes bruitistes et in-évolutives, sur lesquelles Alan Vega psalmodie ses spoken words de taré. 1978, le rock’n’roll (la musique tout court ?) s’est pris une claque irrévérencieuse en pleine période punk. Sortie de l’album à la couverture blanche, noire et rouge. « Du blues de New York » en diront Alan Vega et Martin Rev. Musicalement, la rage est intacte. Alors concert idéal ? Pas tout à fait : visuellement, les deux comparses ont vieilli et ne font plus peur. On s’est habitué. A quand un nouvel album de Lard au fait ? Pas déconfits, mais presque, nous repartons...
Dans le métro, le bruit des travaux sonne encore comme une invitation au Suicide !

Photo de Suicide + Morthem Vlade Art + Client 6

Sylvaïn


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