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Musique
31/12/2025

45 albums | Top 2025

Gothic, industrial, afterpunk, art rock, electro, experimental... Une sélection annuelle

Genre : dark musical fields | open your eyes, open your ears | we're in this together
Posté par : Mäx Lachaud

2025 a été une année incroyable sur le plan musical et a signé le retour de beaucoup d’artistes que nous avions un peu oubliés. La sélection a été très dure, et bien sûr – et comme d’habitude – nous n’avons pas pu accorder toute l’attention voulue à tous les disques parus cette année. Cette liste de 45 préférences égrène des choix subjectifs dans le domaine des musiques dark prises au sens large et qui vous permettront, nous l’espérons, de jeter une oreille sur des albums que vous n’auriez pas vu passer – j’ai mis de côté les formats courts même si certains étaient excellents – avec des liens d’écoute pour faire gagner du temps. Bonne rétrospective à toutes et tous

1. SWANS | Birthing (Young God)
Swans est un peu hors catégorie. Reprenant là où les choses se sont arrêtées avec The Beggar, le projet de Michael Gira poursuit ses explorations soniques apocalyptiques, orchestrales et incantatoires. De la transe extatique, parfois psychédélique, avec des morceaux qui avoisinent les vingt minutes. Il y a ici un peu tout ce qu’on a aimé dans Swans depuis les années 1980. Un triple vinyle/double CD en forme de bilan… ou de requiem. Intense.


2. NOVEMBER NÖVELET | Electrical (Galakthorrö)
Le duo Arafna aime toujours autant les sons analogiques, et le minimalisme et ce quatrième album de NN touche à la quintessence du son angst pop qu’ils développent depuis des années. C’est glacé, épuré, désabusé, et ça ferait passer tous les groupes darkwave actuels pour des musiques de fête de village. "Electrical", "All the Blame" ou "I look into Faces" sont des perles electro-cold blafardes. Comme une rencontre sur un lit de mort entre Chris & Cosey et Bakterielle Infektion, entourés par les murs blancs de l’hospice. Entraînant et désespéré.

3. DEN SORTE DØD Hemmeligheden Bag Den Sorte Slanges Konstellation (Crying Cosmos)
Après une fabuleuse trilogie chez Cyclic Law, le duo suédois inaugure un nouveau cycle avec cet album mystique et hautement cinématographique. Imaginez John Carpenter et Kraftwerk qui se rencontrent pour jouer de la dungeon synth sur les mellotrons de Popol Vuh ! Le style était déjà là, quelque part entre kosmische musik allemande des années 1970 et dark ambient spectrale 90’s, mais Anders et Daniel – que nous avions eu la chance de rencontrer lors d’un concert en 2022 – savent développer un univers astral et onirique tellement personnel que chaque sortie est un événement.


4. HEIMAT | Iti Eta No (Teenage Menopause)
Un troisième album remarquable par le duo formé par Armelle Oberlé (The Dreams, Badaboum, Le Renard) et Olivier Demeaux (Cheveu, Accident du travail). Lyrisme polyglotte, rythmique ethno alambiquée, electro-trap fantaisiste, post-punk surréaliste, Heimat affirme un style unique, à la fois précis et déglingué, imaginatif et cinématographique. Vus deux fois sur scène cette année, et les morceaux se révèlent très physiques, incroyablement accrocheurs et dansants ("Koko", "Nass", "Waldi"). Une sorte de folklore cold-futuriste enthousiasmant.

5. THOROFON | Guity (ant-zen)
Trente ans d’existence et le projet de Dan Courtman a su garder le grain et l’urgence des débuts de la scène industrielle. Dans la lignée de Throbbing Gristle, SPK, Whitehouse ou encore Nocturnal Emissions, le son analogique prime ici, comme si tout avait été enregistré en 1981. S’y ajoute aussi un aspect élégant et dansant absolument jouissif comme sur "Human’s Aim" (et son chant à la Fad Gadget), l’addictif "Dis/K.O.", le nerveux "Conter Treatment", le tribal "Be/at/zero" ou l’obsédant "Victim-Perpetrator".


6. BEYOND SENSORY EXPERIENCE | In This Our Life (Cyclic Law)
Le retour du duo suédois presque dix ans après The End Of It All est en soi une excellente nouvelle, mais cet album nous rappelle ô combien BSE est un projet essentiel de la scène dark ambient de ces vingt-cinq dernières années. L’ambiance est toujours là, les motifs mélancoliques, les voix qui résonnent dans le lointain, les percussions et notes de piano éparses et minimales, l’inquiétude fantomatique, les field recordings… avec peut-être un peu plus de guitare, ce qui donne des climats à la limite du néofolk.

7. RIEN VIRGULE | Berceuse Des Deux Mondes (La République Des Granges, Murailles Music, Permafrost, Zamzam Records)
Un quatrième album, sous forme de double vinyle, qui nous emporte dès les premières notes du fabuleux morceau introductif « Le Rythme du Sang ». Le son reste synthétique, martial et hallucinatoire, et Anne, Manuel et Mathias le maîtrisent à merveille. Plus que jamais, le disque est vraiment construit comme un trip, un rituel fait de poésie, de magie et de douleur (l’incroyable et déchirant "Lenteur des Montagnes").


8. JOHN MAUS | Later Than You Think (Young)
Des années sans nouvelles mais l’attente valait le coup. Les seize titres de cet album nous rappellent à quel point John Maus a été un artiste essentiel et influent. Le temps semble d’ailleurs ne pas s’être arrêté. Synthés baroques et vintage, batterie électronique minimale, basse cold, chant réverbéré à la limite du religieux ("Adorabo"), et des mélodies simples et imparables. "Because We built it", "Disappears", "I hate Antichrist" sont tous autant de tubes qui prouvent que la pop hypnagogique a encore de belles années devant elle. Mention spéciale au slow "Pick It up", comme sorti d’une autre dimension.

9. MIKA VAINIO / Ø | Sysivalo (Säkhö Recordings)
Le décès de Mika Vainio en 2017, un choc. Connu entre autres pour Pan Sonic, le musicien finlandais a laissé son empreinte sur la musique électronique expérimentale. Entre 2014 et 2017, il avait enregistré un album pour son projet solo Ø, presque finalisé au moment de sa mort. Rikke Lundgreen et Tommi Grönlund se sont basés sur ses notes pour pouvoir sortir ce projet captivant et subtil. Du dark ambient plus émotionnel qu’abstrait, empreint d’une beauté quasi mystique. Des pièces courtes, minimales, comme venues des limbes ("Loputon").


10. ZËRO | Never Ending Rodeo (Ici, d’Ailleurs…)
Un nouvel album sombre et particulièrement bien produit, où leur son post-rock caractéristique semble en revenir à ses racines dans le post-punk voire le krautrock. Un ensemble super énergique, et qui file à toute blinde. Une transe sonique en mode course-poursuite. Rapide et puissant. Essayez les instrumentaux "Troubles #2" ou "Custer" pour en goûter la puissance d’évocation obsédante.

11. LEBANON HANOVER | Asylum Lullabies (Fabrika Records)
Si l’univers de Lebanon Hanover reste très cold, les ambiances priment et se révèlent plus complexes et denses que par le passé. Ce septième album est à la fois séduisant et torturé. De la valse "Torture Rack" à la synthwave mystérieuse de "Waiting List", la voix de Larissa Iceglass fait des merveilles, alors que William Maybelline nous enchante sur le sexy et tubesque "My Love". Comme le titre l’indique, il est aussi question de folie ici, et le groupe part aussi dans des délires très éloignés des formats de chanson traditionnels… et on apprécie (le final) !

12. Te/DIS | Impending Divulgence (Galakthorrö)
L’Allemand Tempted Dissident revient avec un quatrième opus. La voix croone comme jamais sur une electro froide et minimale, un timbre quelque part entre Sixth Comm, Absolute Body Control et Sleep Museum, alors que la musique n’a jamais autant fait penser au cinéma horrifique et d’exploitation du début des années 1980 ("Under the Ban", "Suspicion"). Le titre qui démarre l’album "The Horror You Invite" annonce la couleur.

13. DAS KINN Ruinenkampf (Bureau B)
Découvert en concert dans la petite salle bondée du Dada à Toulouse, ce premier album du musicien de Francfort Toben Piel dépote grave, dans un pur esprit electropunk hérité de DAF ou Tommi Stumpff ("Die Ratten", "Oneironaut sei Wachsam") mais avec des variantes surprenantes (les orchestrations sur "Alle rüsten auf", le drone/ambient et le saxo de "Souterrain", les saccades de "Tempel des Todes"). Comme si l’esprit des génies dilettantes n’était pas tout à fait mort.


14. O SAALA SAKRAAL | Oastar (Cyclic Law)
O Saala Sakraal est de retour avec un troisième album toujours aussi cérémoniel et crépusculaire. Percussions tribales, paysages synthétiques postindustriels, superbes incantations de Peter Johan Nijland (Distel, Hadewych), cloches et résonances, chaque pièce sonore est un rituel en soi. Du dark ambient mystique d’ "Opana" aux possessions angoissantes et martiales d’"Antler Crown: The True Fate of Christ", nous sommes littéralement envoûtés !

15. ZOMBIE ZOMBIE | Funk Kraut (Born Bad Records)
Quelque part tout est déjà dans le titre pour ce dernier album du trio Zombie Zombie ! En effet, le projet retourne à une musique instrumentale après les chants en latin de Vae Vobis et surtout à ses influences et racines dans les années 1970 chez les précurseurs du kraut électronique, dans la lignée de Dieter Moebius et Conny Plank, ou même de la space disco. Un disque sensuel, rêveur, imaginatif où les synthés analo nous éblouissent alors que les rythmes pulsent sans relâche.


16. DÉÉFAIT | Dééfait (Ici, d’Ailleurs…)
C’est un premier disque, et clairement un groupe à suivre. Le quintet parisien s’inscrit dans la lignée d’un noise rock lignée Sonic Youth, Bästard et consorts, mais y ajoute des chants rituels et hypnotiques et des traces de krautrock halluciné. C’est dense, ambitieux, explosif et on aime aussi leur côté délirant ("Wow ! Ferreri cooked for us").

17. LAURENT PERNICE | Presque Nature (Musiques Immobiles 26-30) (Taâlem)
Laurent Pernice reprend le concept des musiques immobiles, qu’il avait développé à la fin des années 1980, et nous propose un voyage basé sur des prises de son directes faites aussi bien à Vanuatu dans l’océan Pacifique que dans les marécages de Camargue. À cela s’ajoute toute une orchestration à base de synthés, de piano, de gongs, de cithare… Les bruits naturels et les compositions minimalistes forment un tout cohérent, délicat, immersif, à la fois apaisant et mélancolique. Une sorte d’ambient paysagiste et émotive qui peut rappeler The Wind Is Strong... de Cindytalk.


18. ARNAUD FOURNIER | 100% Black Puzzle (Ici, d’Ailleurs…)
L’ex (?) Hint nous offre après plus de trente ans son premier album solo et c’est une merveille. Quelque part, il referme une boucle, étant donné que le premier disque de Hint se nommait 100 % White Puzzle. Un premier titre intime et mélancolique ("100 % Black Puzzle"), des collaborations avec des compagnons de route (Herman Düne, Frédéric D. Oberland d’Oiseaux-Tempête, Hervé Thomas de Hint), des cuivres et guitares dans tous les coins, une touche d’orientalisme ("Miroirs") et un final apocalyptique ("Shiny Rebirth") au programme.

19. NURSE WITH WOUND | Backside (Rotorelief) + Lung Oysters (w/ Diarmuid MacDiarmada) (United Dairies)
En parallèle à la sortie du livre The Formless Irregular chez Timeless (560 pages et 12 ans de travail), qui regroupe tous les visuels faits par Steven Stapleton sur cinq décennies, deux albums très recommandables de Nurse With Wound sont parus cette année : Backside, comprenant des fragments exhumés de Bladder Flask datant du début des années 1980, dans un esprit très dadaïste/bizarroïde, et Lung Oysters dans une veine plus krautrock, exotica barrée et psychédélisme. Dans les deux cas, l’exercice est réussi et fait le pont entre les débuts et le son actuel.


20. GOLEM MÉCANIQUE | Siamo Tutti in Pericolo (Ideologic Organ)
Inspirée par les derniers mots de Pier Paolo Pasolini, Karen Jebane nous livre un album de toute beauté avec pour base sa drone box et sa voix. Les incantations enchantent sur cette ambiance fantomatique et sacrée. Ce pourrait être des airs médiévaux qu’on ne serait pas surpris. Hors du temps, hors du monde.

21. NERO KANE | For The Love, The Death And The Poetry (Subsound Records)
Le quatrième album officiel du projet italien continue l’exploration d’un dark folk liturgique et psychédélique, évoquant de vastes étendues de désert et tout un imaginaire gothique américain. Chaque morceau s’apparente à une prière ou une longue complainte. Les titres parlent d’eux-mêmes et on pourra retenir "The World Heedless of our Pain", "As an Angel’s Voice" ou encore "Land of Nothing" pour comprendre aisément pourquoi le duo préfère performer dans des cathédrales plutôt que dans des salles de concert rock.


22. ONEOHTRIX POINT NEVER | Tranquilizer (Warp Records)
On est parfois perdu dans la masse de disques sortis par Daniel Lopatin mais il s’est fait plus rare ces derniers temps et son IDM reste très singulière, toujours aux limites de l’ambient et de la musique de film… avec une touche rétrofuturiste très présente sur celui-ci, basé sur des bibliothèques de samples des années 1990. Ça fourmille de partout, ça glitche, ça passe du coq à l’âne et ça rend hommage en même temps à la préhistoire d’Internet. (Découvrez "Cherry Blue".)

23. THE EX | If Your Mirror Breaks (Ex Records)
Bien sûr, la voix de G.W. Sok nous manque et nous n’en avons jamais vraiment fait le deuil. Mais l’énergie et le son de The Ex sont toujours là, les percussions tribales et la voix de Katherina, les guitares dissonantes d’Andy et Terrie et leur poésie aussi. Et il n’y a pas à dire, c’est un bon album, entre bourrasque post-punk et moments plus aérés et improvisés. "Monday Song", "Circuit Breaker" ou "Wheel" sont clairement des titres à retenir et plus de quarante-cinq ans d’existence pour les Néerlandais ce n’est pas rien non plus.


24. THROWING MUSES | Moonlight Concessions (Fire Records)
On a eu la chance de pouvoir découvrir ces titres en live à la Marbrerie en septembre, et le violoncelle se marie parfaitement au grain rauque de Kristin Hersh. Du très bon songwriting en mode plus acoustique et moins saturé que d’habitude. Mais lorsque pointe la mélancolie, vous tombez sous le charme ("Theremini").

 

25. DAVID GALAS | The Nihilist (These Hands Melt)
Un retour au son post-punk et goth des années 1980 pour le musicien américain connu pour ses participations à Lycia. C’est mélodique et bien plus accessible que ses phases plus dépressives, avec beaucoup de grands moments (en particulier l’éthéré "One last Moment") et des références assumées à Joy Division, Sisters Of Mercy ou Mephisto Walz.


26. MIHA TRIFA | D’un Seul Trait De Pinceau (Animal Biscuit)
Voix démultipliées, traitements électroacoustiques, field recordings, spatialisations inquiétantes, ce premier album solo pour la moitié de Géométries s’inscrit dans la recherche sonore et dans une poésie doucement surréaliste. Proche de l’esprit de plasticiens du son comme DDAA, HNAS ou Nurse With Wound.

27. LEROY SE MEURT | Hier Pour Toujours (Mannequin Records)
Toujours aussi survitaminé, le duo electropunk parisien aime élargir ses horizons. Ça commence ultra dancefloor (le tubesque "Du Plafond à la Terre"), à la limite de l’EBM et de la techno, puis ça part dans des domaines plus sombres, cinématographiques et industriels, notamment avec "Hier pour toujours", "Fütürsüz" ou "Encore". Surtout à voir sur scène, pour ressentir la fièvre, la sueur et le pogo.


28. PETER MURPHY | Silver Shade (Metropolis)
La voix est intacte et elle continue à impressionner. L’ex Bauhaus est un mythe vivant et navique sur ce onzième opus solo entre electro, goth rock, glam et envolées orchestrales. Youth (Killing Joke) assure une prod luxuriante. Ne vous fiez pas à la couverture, pas terrible, des morceaux valent vraiment le détour ("Cochita is Lame", "Xavier new Boy").

29. KAVERNA Un Monolito En Llamas Quiebra El Horizonte (Hidden Crypt, Cyclic Law, Beläten)
Le trio barcelonais reprend consciemment l’esprit des derniers disques du projet de folk rituelle Àrnica, avec une dimension mystique qui s’exprime magnifiquement en concert, comme nous avons pu le voir au festival des Ondes Archaïques près de Carcassonne. Carles est totalement possédé sur scène, et les accompagnements à base de tambours, cailloux, accordéon et objets semblent appartenir à des temps anciens et primitifs.


30. INANIS YOAKE | Shallow Mist (Dark Vinyl)
Ce troisième album est clairement ce que le duo a fait de plus goth. La voix de Simone est plus grave et profonde que jamais, les arrangements très soignés. On retrouve toujours des invités de prestige, dont le fidèle Tony Wakeford (Sol Invictus) sur l’entraînant "Thunder and Lightning" et on apprécie comment les morceaux partent souvent de rythmiques assez simples pour ensuite juxtaposer les pistes jusqu’à des maelstroms soniques épiques.

31. CORPUS DELICTI | Liminal (Twilight Music)
Trente ans après leur dernier album, les Niçois reviennent et remettent le son goth et death rock au goût du jour. La voix est intacte et bien mise en avant, les guitares toujours aussi enveloppantes avec cette basse mélodieuse qui hante. Étrangement, les morceaux qui ont été choisis en singles sont loin d’être les plus forts. Écoutez les envolées de "Crash", les saccades de "This Sensation" ou le cabaret nocturne et jazzy de "Under his Eye".


32. MÜTTERLEIN | Amidst The Flames, May Our Organs Resound (Debemur Morti)
Un troisième album noir, martial, où se mêlent les influences industrielles, metal (qu’il soit black, post ou doom), dark ambient et électroniques. Épique, cathartique et tragique, la musique de Manon Leclercq n’offre pas d’échappatoire, elle englobe totalement, claustrophobe et furieuse.

33. FACS | Wish Defence (Trouble In Mind)
Le trio de Chicago continue son exploration d’un post-punk atmosphérique comme on savait si bien le faire au début des années 1980. Dans la lignée de Wire ou Sonic Youth, avec un son très brut. Il s’agit d’ailleurs du dernier album sur lequel Steve Albini a travaillé en tant qu’ingénieur du son. Écoutez juste le "Talking Haunted" qui démarre le disque et vous verrez la capacité du groupe à créer de l’ambiance avec une formation guitare-basse-batterie classique.


34. CHRIS IMLER | The Internet Will Break My Heart (Moli Del Tro Records, Fun in the Church)
Le percussionniste et musicien allemand s’y connaît pour faire danser les plus réfractaires lors de ses concerts. Sur disque, il développe la même énergie avec des hymnes synth-pop décalés où l’on ressent autant le krautrock ("Un solo Corpo") que l’electro ou le breakbeat ("Volatile") avec des réminiscences de Suicide ou DAF. Il ne sort pas des albums très souvent alors profitons-en !

35. VOLCANO THE BEAR | Proganoff Novoliage (autoproduction)
Débuté en 2020, cet album a demandé des années de montage et d’arrangements pour aboutir. Sentez-vous heureux de retrouver la fantaisie et l’inventivité du groupe que l’on suit depuis les années 1990. C’est délirant, bizarre à souhait, avec l’esprit d’avant-garde qui les caractérise. Une édition hyper confidentielle, en attendant peut-être de plus grosses surprises et de les voir se produire à nouveau sur scène par chez nous.

36. BRANNTEN SCHNÜRE | Landschaft Aus Tränen (Quirlschlängle)
Cet album du duo formé par Katie Rich et Christian Schoppik sera malheureusement le dernier, mais on peut être sûr que les Allemands vont continuer à s’exprimer sous un autre nom. Mélange de folk, de boucles ambient et de collages électroacoustiques, leur univers est à la fois poétique et bricolé, quelque part entre Current 93, Vox Populi! et Die Tödliche Doris. La voix de Christian, plus discrète, nous manque un peu sur cet opus mais leurs comptines hypnotiques font toujours leur effet.

37. DLINA VOLNY | In Between (Italians Do It Better)
L’album du trio biélorusse propose une synthwave tout à fait séduisante, mais l’influence de Boy Harsher se fait parfois un peu trop sentir. C’est cela dit satisfaisant pour le dancefloor ("Now and Again" reste dans la tête), mélodique et avec une voix très plaisante.


38. DEISON & MINGLE | Everything Collapse(d) – Piano Versions (FinalMuzik, Loud !, Sr.An.Da)
Il s’agit en fait d’un album perdu enregistré sur 2014-2015 après la première collaboration des musiciens italiens. C’est après le décès de Mingle en 2021 que ces bandes ont été retrouvées. L’idée était de réduire leur premier album à son essence mélodique juste avec des airs de piano dignes de Satie et des arrangements électroniques glitch minimaux. Cette épure rend les morceaux plus éthérés, puissants et évocateurs et accentue aussi une mélancolie funèbre. Une musique qui génère tellement d’images dans nos têtes.

39. JUST MUSTARD | We Were Just Here (Partisan Records)
Difficile de faire mieux que leur précédent Heart Under, mais le quintet irlandais possède un son immédiatement reconnaissable, reprenant le flambeau de ce que Cranes faisaient à leurs débuts : un chant rêveur de petite fille, des guitares shoegaze et noisy de tous les côtés et des rythmiques puissantes et tendues. Plus lumineux, ce troisième album prouve leur maîtrise des textures brumeuses et pourra peut-être les ouvrir à un public plus large.

40. V/A | Simple Music Experience Vol.4 (Simple Music Experience)
La quatrième double cassette de cette série commencée il y a dix ans : un régal d’électro minimale, bricolée et gentiment décalée, avec plein de projets passionnants et totalement obscurs dessus. On peut retenir par exemple Acte Bonté, Naomi Klaus ou Esil aux côtés de formations qu’on a pu déjà voir en concert comme De Klok, Ventre de Biche, Axel Larsen, Panoptique ou Grrzzz.

41. BAMBARA | Birthmarks (Wharf Cat Records)
Bambara fait partie des groupes qu’Obsküre a connus quand ils débutaient, donc c’est toujours un plaisir d’entendre leur son évoluer, passé d’un post-punk très brut à une musique plus raffinée dont le chant évoque inévitablement Nick Cave ou Crime & The City Solution. Il y a des surprises ici et le trip-hop de "Face of Love" est assez déstabilisant, tout comme les multiples voix féminines. Le nombre de musiciens invités est aussi impressionnant (saxophone, violon, harpe, trompette…) et cela donne parfois au disque une densité cinématographique ("Elena’s Dream") entre des morceaux où le jeu de batterie de Blaze Bateh rayonne.


42. DITZ | Never Exhale (autoproduction)
Le quintet de Brighton s’inscrit dans une scène post-punk actuelle à la limite du noise rock comme chez Gilla Band/Girl Band ou Idles mais tire son épingle du jeu par des mélodies qui restent en tête ("Taxi Man") ou des ambiances parfois assez curieuses et narratives ("Smells Like Something Died in Here").

43. THE LEGENDARY PINK DOTS | So Lonely In Heaven (Metropolis)
Ils sont toujours là même s’il ne reste plus qu’Edward Ka-Spel de la formation originale. Bien sûr, la grande période d’Asylum ou Any Day Now est bien loin, à cette époque de la fin des années 1980 où ils enchaînaient les chefs-d’œuvre à un rythme de pas de course. Mais la voix de Ka-Spel reste envoûtante et les climats planants à souhait. Un album plaisant, mais la concurrence est dure avec tout ce qu’ils ont produit par le passé.


44. bdrmm Microtonic (Rock Action Records)
Séduit par leur performance scénique au festival This Is Not A Lovesong, je me suis empressé d’écouter leur dernier album qui reflète bien leur travail sonore, plein de couches superposées où se mêlent nappages électroniques et guitares éthérées. Une approche contemporaine du shoegaze où les voix sont plus intéressantes quand elles se rapprochent du spoken word ou quand elles laissent place à des instrumentaux ("Microtonic").

45. COSEY FANNI TUTTI | 2t2 (Conspiracy International)
Parce que c’est Cosey et qu’on adore sa voix et sa trompette depuis Throbbing Gristle et Chris & Cosey. Autant le travail sur les textures et le chant peut être assez prenant (frissons sur "Never the Same"), autant l’album dans son ensemble est moins convaincant que les précédents. Au final, la seconde partie, plus ambient, se révèle la plus intéressante.