La multi-instrumentiste Leila Abdul-Rauf dépasse aujourd'hui, en nombre d'œuvres solo, le cumul de ses participations aux travaux de Vastum. Andros Insidium est en effet son sixième travail en nom propre avec ce qui semble devoir être "son album le plus sombre et le plus percutant à ce jour."
Andros Insidium s'annonce comme une "descente cérémonielle, au cœur même de l'architecture de l'ombre." Une série de mouvements nourris de la présence et la sagesse du divin féminin, "telle une force ancestrale et inflexible, en conflit avec tout ce qui a été enfoui, exilé et rendu monstrueux par la machinerie des pressions sociales et des attentes irréalistes. L'album explore les profondeurs obscures de la psyché féminine : sauvage, laide, vulnérable et puissante."
Sur le plan du son, c'est aussi une transformation : une forme où le chant prend une place plus importante et plus ouverte en approche, forme qui mute "de l'ambient sombre et cinématographique, de l'industriel et du folk rituel présents dans ses précédents opus, affinés pour devenir une œuvre bien plus sombre, narrative et intimiste." Le chant joue un rôle central, "exorcisant les démons de la fragmentation patriarcale et le fantasme de vengeance comme mythe vécu. Dans ses moments les plus intenses, Andros Insidium suggère que la plénitude n'est ni pureté ni lumière, mais l'acte terrifiant de se réapproprier tout ce qui a été rejeté, d'apprendre à faire entendre sa voix."
Composé, enregistré et interprété par Abdul-Rauf, Andros Insidium fait large place à l'invitation. Un aréopage entoure une nouvelle fois Leila : Samuel Foster (ex-Saros, ex-Weakling), Kienan Hamilton (Cartilage, False Figure), Gregory C. Hagan (ex-Common Eider, King Eider, ex-Thomas Carnacki) et Drew Zercoe (Field Of Fear). La couverture de l'album est signée Justyna Koziczak, la mise en page Chimere Noire. Le premier extrait est le titre éponyme : une vidéo réalisée par Marcelle Marais et sortant sous l'égide de Tritonia Films, à découvrir ci-dessous. Piano noir et minimal, voix pénétrante et au registre entre acrimonie, lamentation et incantation. De quoi cerner le registre, son expressivité, de quoi chavirer. Leila accompagne ce premier extrait d'un discours qui se refuse à accepter la maltraitance, la persécution.
"Conceptuellement, le morceau titre est un fantasme de vengeance d'une survivante contre son agresseur, à travers la castration et la sodomie", explique Leila. "Dans cette histoire, ces actes sont perpétrés par une déesse vengeresse. Il exprime la rage fantasmée par l'individu contre son agresseur, ainsi que la colère collective engendrée par les abus systémiques, qu'ils soient sexuels, politiques, relationnels ou émotionnels. Les actes de vengeance de la déesse symbolisent une prise de conscience face aux violences patriarcales et l'avènement imaginaire d'une ère nouvelle où le pouvoir et la sagesse féminins sont restaurés – avec force et sans remords."
Andros Insidium sort en formats vinyle, CD et numérique le 17 avril sur 20 Buck Spin.
> LEILA ABDUL-RAUF
- Andros Insidium (20 Buck Spin, 17/04/2026)
Tracklist :
01. Descent Into Kur
02. Stripped before the Eye of Death
03. Eros Anima
04. Senex Rule
05. Fractured Body
06. Andros Insidium
07. A Requiem for Ishtar
08. Return to Anu