Créateur du site web ressource (ultime) Vampirisme.com et auteur de Vampirologie, Adrien Party vous emmène avec Stoker & Dracula, La Fabrique d’Une Légende dans les arcanes de la création d'une œuvre culte : c'est une époque, c'est un auteur, une vie, des sources d’inspiration, un rapport à l'histoire discuté et un lien questionné entre Dracula et Vlad III… En réalité, vous ne verrez plus le Dracula de Stoker comme avant après avoir lu cette analyse fouillée et vibrante, préfacée par Jean Marigny.et postfacée par Morgane Caussarieu et Vincent Tassy. Dracula : un texte d'une puissance hors norme et dont l'influence ne se dément pas depuis sa parution, en 1897.
Alors nous avons sondé un homme sur les moteurs de sa soif, sur ce qui le pousse à ce point à creuser vers les racines. Adrien Party parle de son Dracula à lui à Obsküre, photographies de voyage comprises.
Obsküre : Ton voyage dans les terres du Comte est une nervure du livre. Ce désir de se rendre sur place, de voir, de saisir : quand germe-t-il et l’organisation du voyage va-t-elle de pair avec le projet d’écriture ou… y serais-tu allé, de toute manière ?
Adrien Party : Ce voyage remonte en réalité à 2006. C’est en quelque sorte un point de départ à tout ce que j’ai fait depuis sur le sujet. Je m’intéresse au fantastique et aux vampires depuis au moins le milieu des années 1990. J’ai caressé assez tôt l’idée d’un site sur la thématique, en testant des choses avec Frontpage. Étant donné que je travaille dans le monde du web, les collègues de la première entreprise où j’ai été embauché m’ont poussé à créer mon propre site, à me faire la main sur un projet personnel. À cette époque, Internet regorgeait encore de blogs et portails sur les vampires, avec des chroniques de livres, de films, des articles. Des sites que je consultais régulièrement, comme Morsure.net. Je voulais absolument éviter de tomber dans la redite, alors j’ai eu l’idée de partir sur les traces de Dracula, en Roumanie. Et de faire de cette expérience mon premier projet online.
J’ai donc — avec l’aide d’un ami — planifié un voyage, qui nous emmènerait en Transylvanie. Je savais déjà que Bram Stoker n’avait jamais mis les pieds sur place, et que réconcilier le Dracula de la fiction et son pendant historique était presque impossible. J’ai pour autant imaginé un trajet, qui devait nous conduire à Snagov, où Vlad Tepes est censé avoir été inhumé. Puis Bran (le château de Dracula pour les touristes, et peut-être une inspiration de Stoker), Poenari (la véritable forteresse du voïvode), Sighișoara (où il est né), etc. J’ai travaillé à partir de cartes imprimées en ligne, pas du tout à l’échelle. Je les ai néanmoins complétées des informations d’un Guide du Routard. Et nous sommes partis, avec nos sacs à dos et notre tente. 
Ce voyage a été l’un des moments forts de ma vie d’adulte : de la vraie aventure, à ne pas forcément savoir en nous levant comment nous allions rallier la prochaine étape. En rentrant, nos notes de voyage ont donné la matière aux premiers articles publiés sur un blog, qui est devenu vampirisme.com avec le temps. Ce périple en Roumanie précède donc mon essai Stoker & Dracula de près de vingt ans. Je caresse l’idée de le compléter, et d’aller à Whitby. C’est la ville où se déroule la partie anglaise du récit, depuis l’arrivée de Dracula à bord du Démeter. C’est notre projet de vacances en famille pour 2027. Car il ne sera plus question de sacs à dos et de tente : nous partons à quatre, avec deux enfants. Après ça, il me restera encore Cruden Bay, en Écosse, où Stoker a écrit plusieurs chapitres de son roman. Il s’est d’ailleurs inspiré du château local pour certains éléments intérieurs de la forteresse de son vampire. Je pourrais également retourner en Roumanie : mon trajet était arbitraire, et il y a plusieurs lieux que j’aimerais visiter, comme Târgoviște (la capitale de Vlad III), le col de Bârgău, Varna…
Au retour du voyage, t’es-tu senti plus en "possession" d’une connaissance que tu avais accumulée par le biais du travail et de l’étude du thème vampirique ? Le voyage te semble-t-il aujourd’hui, en conscience, une étape clef dans la progression de ta connaissance ?
À cette époque, j’avais déjà un certain bagage littéraire et cinématographique autour de Dracula. Dans l’ordre, ça a en premier lieu été la série BD Le Prince De La Nuit (1994-2019) de Yves Swolfs, puis le Dracula (1897) de Bram Stoker, suivi du film de Coppola (1992). Entre ces premiers contacts avec le vampire de fiction et 2006, près de 10 ans se sont écoulés. J’avais lu Fred Saberhagen, Kim Newman, Tanith Lee, Anne Rice… Et j’avais également compris qu’on prouvait prendre de la hauteur sur tout ça : durant des vacances, j’étais tombé sur l’essai illustré Sang Pour Sang, Le Réveil Des Vampires, de Jean Marigny. Cet essai m’a montré l’ancrage folklorique de la créature, son évolution au cinéma et en littérature. Et aussi la façon dont il résonne avec les angoisses de nos sociétés. Le livre m’a d’ailleurs accompagné en Roumanie : nous en avons lu à haute voix des passages, la nuit où nous avons campé dans les ruines de la citadelle de Poenari. Particulièrement les anecdotes autour des exactions de Vlad III.
Je n’avais pas, à la base, prévu d’associer ce périple à mon deuxième essai, pas directement en tout cas. C’est un ami éditeur, qui avait découvert ce voyage lorsque j’ai remporté le Grand Prix de l’Imaginaire, en 2023, qui m’en a suggéré l’idée. Il avait modéré une rencontre à cette occasion, et j’avais raconté certaines anecdotes vécues durant le voyage. En lui expliquant que je travaillais sur un nouvel ouvrage autour de la genèse de Dracula, il m’a poussé à y injecter mes notes de 2006. Ma première ébauche ne contenait pas ces éléments, de fait. Mais une fois avoir livré à Jérôme Vincent des éditions ActuSF mon manuscrit, j’ai pris une semaine pour réfléchir à comment concilier les chapitres du livre avec un vécu personnel. Et en relisant mes entrées de journal, j’ai réalisé qu’il y avait un jeu possible entre mes déboires en Roumanie et la genèse et les thèmes du roman. Quelque part, c’est aussi une façon de boucler la boucle : Stoker & Dracula poursuit mes recherches initiées avec Vampirologie, et se connecte directement avec ce voyage sans qui rien n’aurait existé. Sans ce road trip en Roumanie, pas de vampirisme.com, pas de conférences, pas de Vampirologie… ni de Stoker & Dracula.
Stoker & Dracula, La Fabrique d’Une Légende porte une ambition et une vibration scientifiques. C’est un travail d’archéologue. Couche après couche, une authentique ambition d’analyse s’y creuse : dissection de ce qui a pu nourrir le désir de Bram Stoker, jusque dans l’analyse des moindres sources, connues ou supposées et susceptibles d’avoir pu l’inspirer. Saisis-tu ce qui nourrit à ce point chez toi, aujourd’hui, ce désir pour l’œuvre de Stoker ?
Dracula a été mon second choc vampirique, après Le Prince De La Nuit. Le film de Coppola, par sa plastique, a énormément contribué à cet intérêt. Étant ado, j’avais le long-métrage sur VHS : je ne compte pas le nombre de fois où j’en ai visionné l’introduction, jusqu’à cette scène où il renie Dieu et s’abreuve de sang. Pour moi, ça reste un moment d’une puissance rare : en quelques minutes, Coppola (et son scénariste James V. Hart) réconciliait le personnage historique et son pendant fictionnel. Et ces couleurs, cette musique !
J’ai eu l’occasion de lire maintes fois le roman, dans plusieurs traductions françaises, en anglais. J’ai encore la première version que j’ai lue, empruntée (et jamais rendue) au CDI de mon lycée. J’ai suivi il y a quelques années un programme en ligne qui disséquait (en anglais) le texte, chapitre après chapitre, avec des universitaires et spécialistes. À chaque lecture, je redécouvre des choses, des détails qui m’avaient échappé me sautent aux yeux. Vampirologie ne m’avait pas permis d’explorer autant que j’aurai aimé ce roman incroyable : de fait, je n’y consacre qu’un tiers de chapitre, aux côtés du Vampyre de Polidori et de Carmilla de Le Fanu. Pour moi, c’était la façon la plus logique de poursuivre ce que j’avais initié dans mon premier livre, en me plongeant totalement dans Dracula, sa genèse, la vie de son auteur (et ses autres livres), etc. Enfin, Dracula est à mes yeux un bon étendard de tout un pan de la littérature qui me fascine au-delà même des vampires : le gothique. La confrontation de l’ancien et du moderne, la dimension psychologique, le rapport à l’enfermement, aux progrès sociaux. Mes premiers frissons, je les dois à Maupassant et à son Horla, au Moine de Lewis, etc. J’ai d’ailleurs un projet autour du gothique dans les cartons, mais j’ai pas mal de choses à lire, à voir, et à analyser avant de me lancer là-dedans.

Chacune de nos mythologies personnelles varie en substance dans l’association qu’elle fait — ou pas — entre Vlad III, dont tu creuses les origines et le règne dans le livre, et le Dracula de Stoker. De quelle manière se tient la tienne ? Quelle distance met-elle, mets-tu, entre le personnage historique et le personnage narré ?
Stoker exploite des éléments de la vie du Dracula historique sans pour autant chercher une fidélité absolue à ce niveau. Ce sont des événements, des références qui viennent nourrir sa narration et le background de son comte vampire, mais ils ne sont pas une fin en soi. Il n’avait pas pour ambition de rédiger un récit historique. Le lien entre les deux, c’est davantage la Fortune du roman qui en est responsable, pas celui-ci. La recherche, notamment. Si McNally et Florescu n’avaient pas publié À La Recherche De Dracula, L’Histoire, La Légende, Le Mythe, dans les années 1970, pas de Dracula de Dan Curtis en 1974, pas de Dracula de Francis Ford Coppola en 1992. Et pas de Chroniques De Dracula de Fred Saberhagen (1975-2002). Extraire les deux facettes du personnage du livre pour les confronter, c’est vraiment à eux qu’on le doit.
Après avoir travaillé autant sur le sujet, je suis beaucoup plus nuancé sur le lien entre les deux avatars du comte que j’ai pu l’être par le passé. Comme nous le prouvent les sources de Stoker, celui-ci n’a eu accès qu’à une version partielle de l’histoire du voïvode. De fait, vouloir à tout prix superposer les deux ne fait pas sens, et mon voyage en Roumanie me l’a bien montré. Le Dracula historique a une vraie réalité, mais celui de Stoker mélange les faits, et réside dans une Transylvanie à la géographie floue. Les romans à lettres et journaux jouent avec l’idée du narrateur non fiable, et Dracula (le livre) ne fait pas exception à cela. Et même si le personnage ne fait pas partie de ceux qui prennent directement la parole, ce qu’il dit de lui-même, de sa lignée, le rattache aussi à ce principe. Alors certes, le concernant, ce n’était pas de facto l’effet recherché par Stoker, mais dans nos yeux d’hommes du XXIe siècle, difficile de composer sans. Ce qui ne m’empêche pas, en tant que spectateur ou que lecteur, de vouloir disséquer comment les réalisateurs et auteurs vont jouer là-dessus. Ça fait partie de la Bible, au sens scénaristique du terme, quand on se lance dans une adaptation ou une variation autour de ce roman : qu’est-ce que je fais de cette base historique ?
À l’échelle de l’humanité, quelles sont pour toi les raisons susceptibles d’expliquer la perduration en elle du mythe autour de l’œuvre de Stoker et de son personnage principal ?
Pour moi, il y a de multiples moyens pour expliquer la pérennité de Dracula, le texte autant que la créature. Le livre de Stoker est déjà un roman fin de siècle, dans lequel l’auteur est parvenu à cristalliser de nombreuses angoisses, latentes ou réelles, de son époque. Il témoigne d’un basculement vers l’ère contemporaine : l’âge des révolutions politique est révolu, c’est à ce moment-là l’ère des révolutions industrielles. Cette montée en puissance de la technologie interroge les pairs de Stoker (et ce dernier) : quelle place pour l’âme dans ce monde en constante accélération ? Pour moi, le roman parle également de cela, de ce face-à-face entre le passé et le futur. Mais l’auteur aborde aussi d’autres sujets, tels que la place des femmes dans la société, les questions de colonisation, l’opposition entre science et religion. Ce sont des thèmes qui n’ont jamais cessé d’être sur le devant de la scène depuis. Dracula n’est pas le seul livre d’intérêt dans l’œuvre de Stoker, comme Le Repaire Du Ver Blanc (The Lair Of The White Worm, 1911) ou Le Joyau Des Sept Étoiles (The Jewel Of Seven Stars, 1903), mais aucun d’entre eux n’approche l’universalité de Dracula.
Pour ce qui est du personnage, il y a également plusieurs explications possibles. Stoker était homme de théâtre (c’est d’ailleurs sur les planches que le roman a été en premier porté), et le roman témoigne de cette influence autant qu’il prépare déjà en creux ce portage. Le potentiel du livre a aussi été très tôt perçu : les traductions (illégales) n’attendent même pas le décès de Stoker pour voir le jour ! Le fait que le comte vampire soit lui-même un amalgame – et ne se livre pas directement – attise notre intérêt : nous avons envie de savoir qui il est réellement, comprendre ce qu’il a vécu.
Il y a un travail de fond subtil dans ton écriture sur moult points, dont un qui me touche particulièrement : cette manière que tu as de nous faire "sentir" Stoker pour ce qu’il est à travers ses expériences professionnelles, ses appétits pour certaines disciplines et arts, sans les décorréler frontalement de l’homme que nous connaissons d’abord et surtout pour son œuvre phare. Qu’est-ce que cette dimension du livre nous révèle de ton ambition d’analyse et de compréhension de son Dracula ?
La partie bibliographique de Stoker et Dracula était à mes yeux aussi incontournable que compliquée à aborder. Je ne voulais pas que cette partie phagocyte le reste de mon essai. Pour autant, je voulais que le lecteur perçoive la personne derrière le texte, et comment la richesse de son vécu lui a servi à façonner celui-ci. Il y avait également un intérêt à remettre en lumière d’autres romans et nouvelles de l’auteur, qui sont souvent oubliés alors que certaines d’entre elles sont de vrais chefs-d’œuvre, notamment Le Joyau Des Sept Étoiles. J’ai lu de nombreuses biographies de l’homme de lettres, et résumer celles-ci n’avait pas de valeur ajoutée, ne serait-ce que pour moi. Finalement, le hasard m’a été utile, là encore. J’ai découvert que Stoker, à l’occasion d’un recensement survenu en 1891 (à ce moment-là, il avait commencé à travailler à Dracula), avait indiqué qu’il était à la fois avocat, manager de théâtre et écrivain. L’ordre me paraissait intéressant, de même que ces trois casquettes. Est-ce que toutes ses expertises se retrouvaient dans le livre (et dans son œuvre) ? De quelle façon ?
Cette dynamique est indissociable de mon approche : je m’immerge dans la biographie des auteurs, leurs relations familiales, leurs expériences professionnelles, pour comprendre qui ils sont, et ce qui les a amenés à écrire. Abordé de manière isolée, Dracula est un roman passionnant. Mais passé au crible de la vie de son créateur et de son époque, on y trouve un intérêt sans cesse renouvelé. C’est aussi vrai pour ce qui est de la réception du livre à sa sortie : les retours de presse (et des autres écrivains) permettent de mieux saisir l’impact de la première édition de Dracula. On a longtemps dit qu’il avait initialement eu peu de succès ; pour autant les chroniques dans les journaux sont bonnes, l’ouvrage est également publié en Amérique, et de nombreuses éditions s’enchaînent en quelques années. Ce n’est pas d’emblée un best-seller — ça, c’est le cinéma qui va y contribuer — mais ce n’est pas un texte passé inaperçu.
Au fur et à mesure que progressent un voyage, des recherches (étudier le contenu des notes de Stoker sur Dracula, par exemple), des écritures pour le livre, a-t-on le sentiment de mieux comprendre ou de s’enfoncer dans cette idée que plus les choses sont creusées, plus le mystère de l’auteur et de son œuvre s’épaissit ? Quel est ton vécu sur ce plan ?
Pour Dracula, nous avons la chance d’avoir accès à énormément de matériel lié à la genèse du texte : plans, manuscrit non définitif, contrat d’auteur, prise de notes sourcées… C’est assez incroyable et unique, quand on y pense. Et pourtant, en effet, il reste d’énormes zones d’ombre. Des légendes qui n’ont jamais pu être déconstruites, comme celle où l’une des correspondantes de Lovecraft, Edith Miniter, se serait vu proposer la correction d’un brouillon avancé, quelques années avant sa publication.
La recherche est une étape de mes travaux que je trouve passionnante. Ce n’est pas rare pour moi de passer plusieurs jours à examiner une piste, tenter de retracer une connexion, une référence. Je lis l’anglais, je comprends un peu l’allemand : ça m’aide beaucoup. Mais toutes les pistes n’aboutissent pas sur une lumière : le cul-de-sac n’est pas anecdotique, loin de là ! Cela ne me gêne pas : je suis avide de découvrir de nouveaux textes, des auteurs oubliés. Autant pour parfaire ma connaissance d’une époque que pour adosser ce que j’écris à un sourcing que je veux détaillé. J’ai tendance à ne pas être avare en notes de bas de page, parce que j’estime que pour des œuvres de vulgarisation comme celles que je propose, on ne peut se permettre de jeter çà et là des vérités sans préciser d’où elles viennent. Il y a peu de choses qui m’énervent plus que de tomber, au fil d’un texte, sur une mention non explicitée.
J’avais déjà une très bonne connaissance du roman avant de me lancer dans ce projet. C’était moins vrai pour l’œuvre de Stoker dans son ensemble : j’ai moi aussi été victime de la malédiction de l’auteur, dont la bibliographie est dans l’ombre de son livre phare. J’ai pu corriger ce manque, et lire autant les ouvrages traduits que ceux qui ne sont pas ou partiellement disponibles dans la langue de Voltaire. Parfois, j’ai pu faire des découvertes inattendues, comme son recueil pour enfants Au-Delà Du Crépuscule (Under The Sunset, 1890), qui m’a fait une très forte impression. Finalement, là où j’ai appris le plus de choses, c’est au niveau de l’époque. Pour ce qui est de la place des femmes dans la société victorienne, je me suis ainsi échiné à creuser les évolutions de la période en la matière, revenir en arrière pour comprendre l’origine des débats d’idées, m’immerger dans les textes fondateurs…
Tu as beaucoup, beaucoup écrit sur le vampirisme, Stoker et son œuvre. Ce nouveau volume est-il, à ton sens et selon ton désir, susceptible d’être dépassé : reparaître dans une version augmentée, voire connaître un successeur ?
Autant pour Vampirologie, je me pose la question en permanence : les sorties sur le sujet continuent, et il y a déjà plusieurs chapitres qui gagneraient à être refondus. J’ai aussi lu des romans — contemporains ou pas — que j’aimerais réintégrer, car ils démontrent certaines de mes hypothèses, ou ouvrent de nouvelles pistes. Pour Stoker & Dracula, c’est beaucoup moins le cas. Sauf si j’arrivais à avoir un accès direct au tapuscrit, qui était en possession de Paul Allen de Microsoft jusqu’à son décès. On pourrait également compléter avec une partie sur la Fortune du roman : j’ai volontairement laissé de côté cette piste, parce que ça me semblait déjà avoir été évoqué — même si pas de façon isolée — dans mon livre précédent. J’ai néanmoins des fichiers de notes ouvertes, correspondant à chacun de mes essais, où j’ajoute régulièrement ce qu’il y aurait à corriger ou à modifier. Je n’envisage pas de facto mes publications comme inscrites dans le marbre : l’état de la recherche ne cesse d’évoluer, et rien ne dit pas que des documents additionnels remonteront, un jour ou l’autre. Il y a aussi des pistes que je rêve d’explorer plus en profondeur, par exemple ce qui a trait à la carrière d’éditeur de Stoker. J’ai eu accès, à distance, à certaines choses, mais creuser plus en avant aurait demandé soit de se rendre sur place, soit d’avoir les fonds suffisants pour le faire. Au travers de brochures professionnelles allemandes, j’ai pu consulter des procès-verbaux de constitution ou de modification de la structure à laquelle il a participé, mais j’aurais aimé en savoir plus sur son implication réelle. Et répondre notamment à la question : a-t-il manœuvré pour faire traduire son roman en Allemagne ? Cela permettrait de tisser des liens avec Nosferatu, par exemple.
À date, je fais une petite pause concernant les vampires. J’ai d’ores et déjà commencé les recherches et l’écriture du successeur de Stoker & Dracula, et il n’abordera mes amis à crocs que par la bande. Mais le contrat n’est pas encore signé, et je préfère garder le sujet pour l’instant. Je vais m’intéresser à une autre créature du panthéon fantastique et à sa genèse, dans une optique similaire à ce que j’ai fait sur Dracula.