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Ténèbres, puits sans fond. Obsküre plonge, fouine, investigue et remonte tout ce qu’il peut à la surface

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Interview
30/10/2026

Arcana

"C’est étrange à dire, mais le projet a commencé comme un requiem... et est devenu un requiem. C'est un hommage à ma fille" (P. BJärgö)

Genre : requiem / choral music / dark ambient / industrial
Album : 'Magna Silentia' (Cold Meat Industry, 01/10/2026)
Photographies : Arcana archives (FB)
Posté par : Oliviër Bernard Wirth

Il y a des silences qui en disent long et il y a de longs silences… 2026 est une année importante pour Arcana, qui sort son huitième opus, Magna Silentia, le premier depuis… 2012 ! En effet, la formation culte suédoise s’est faite discrète durant ces dernières années, préférant se consacrer à la réédition de son répertoire plutôt que de proposer de nouvelles compositions. Mais le groupe n’a jamais été enterré, comme nous le rappelle son fondateur, Peter Bjärgö. Il s’agissait d’une pause dont les raisons sont multiples. Le temps a passé et un événement tragique, le décès en 2024 de Vendela, la fille que le musicien a eue avec sa femme Cecilia, l’a amené à effectuer un travail artistique cathartique. Ces dix nouveaux morceaux, en forme de requiem, sont marqués par ce drame terrible. Magna Silentia est une œuvre sombre et splendide, éditée qui plus est par… Cold Meat Industry ! Oui, le mythique label indus/dark ambient de Roger Karmanik est de retour ! Pour de bon, ou juste de façon ponctuelle ? L’avenir nous le dira… En attendant, nous nous sommes entretenu pendant une heure avec le couple Bjärgö pour évoquer la genèse et la conception de ce nouveau disque, très différent du reste de leur discographie, et ce retour tant espéré.
 
Obsküre : Quatorze ans séparent As Bright As A Thousand Suns de Magna Silentia ! Qu’est-ce qui a motivé ce retour à la composition de nouveaux titres ? Et cette volonté de remonter sur scène et de faire revivre Arcana ?
Peter Bjärgö : En fait, je n’ai jamais dit que j’allais complètement arrêter d’enregistrer. J’ai toujours annoncé – et je crois l’avoir écrit quelque part – que je reviendrais un jour, lorsque l’inspiration serait de retour et que je trouverais une nouvelle direction musicale. Pour être honnête, je pense que j’avais besoin de cette pause. Il m’était nécessaire de revenir aux sources de la création d’Arcana. Pour moi, l’important était d’essayer de retrouver le son et l’élan qui m’avaient poussé à fonder le groupe, plutôt que de simplement me répéter encore et encore. 

Comment as-tu démarré le projet Magna Silentia ?
Peter : La plupart des parties chorales avaient été composées initialement pour un requiem. J’ai donc commencé à travailler dessus. Puis j’ai presque oublié ce travail pendant environ un an, avant de m’y remettre. Par la suite, j’ai commencé à écrire d’autres morceaux, certains plus rythmés, d’autres plus proches de l’ambient. J’ai alors senti que tout cela formait un tout cohérent. Il y avait comme un fil rouge, même si les titres sonnaient un peu différemment. J’ai presque tout emporté avec moi quand nous sommes partis pour de longues vacances en Europe. Je travaillais et arrangeais tout cela pendant que nous voyagions ou que nous logions à l’hôtel, etc. 
Cecilia Bjärgö : À Wuppertal (Allemagne) nous nous sommes dit : "Allons-y, jouons ce répertoire.", quand nous nous produisions sous le nom de Peter Bjärgö. Nous n’avons pas joué toutes les chansons, mais tu as dit : "Je veux les tester et voir ce que ça me fait." Et dès qu’on est descendus de scène, tu as déclaré : "C’est bien Arcana, pas Peter Bjärgö !"

Mais à quel moment précis as-tu commencé à réfléchir à ces nouvelles compositions ?
Peter : Je dirais il y a trois ans. Mais en réalité, à ce moment je venais juste d’écrire les grandes lignes de la partie pour le chœur ; il n’y avait ni enregistrement ni quoi que ce soit d’autre. J’avais juste des idées, mais tout a commencé, je crois, quand Vendela est décédée. C’est tellement étrange à dire, mais le projet a commencé comme un requiem et il est réellement devenu un requiem. Il s’agit d’un hommage à ma fille. De ce fait, l’album est sombre et travailler dessus a été difficile. J’ai aussi eu l’impression de me plonger dedans… Selon moi, je devais me concentrer sur quelque chose de créatif plutôt que sur la tristesse et le chagrin. 
Cecilia : J’écoute toutes ces chansons depuis deux ans. Mais ça n’a pas d’importance, car je ne m’en lasse pas. Cet opus reflète la vision de Peter et la façon dont il gère sa peine, même si je suis tout le temps à ses côtés. J’ai suivi le processus et quand Peter, pendant notre voyage, m’a dit : "Écoute ça.", j’ai répondu : "D’accord. Alors, qu’est-ce que ça va donner ?" Il a alors conclu : "Je ne sais pas." 
Peter : Je tiens à souligner que j’étais fatigué par ce vieux style qui revenait sans cesse. C’était devenu une sorte de recette de cuisine et on utilisait toujours le même genre de formule. Ce sentiment de lassitude m’habitait. Ainsi, Magna Silentia allait être différent de tout le reste, tant au niveau des sensations que du son. Mais je ne me souciais pas de de la réception des auditeurs, parce que ce disque était tellement spécial pour moi… Je voulais simplement le faire à ma façon. Pour le dire nettement, le public pouvait le détester, j'en serais quand même fier. Car oui, c’est sans aucun doute l’album d’Arcana le plus personnel, même si j’ai en général l’impression que tous mes albums sont personnels. Les raisons qui m’ont poussé à les écrire varient, mais cette fois-ci, un événement tragique a vraiment bouleversé ma vie. Et ce qui le différencie vraiment des autres, c’est qu’il n’y a absolument pas de paroles. Finalement, les morceaux ont une signification différente pour chacun, justement parce qu’il n’y a pas de paroles. Ici, on touche à quelque chose d’inédit, d’extraordinaire, et je ne pourrai jamais le refaire.

Magna Silentia, "le grand silence". Pourquoi ce titre ?
Peter : Il évoque ce que je vivais à ce moment-là ; il y a eu un grand silence après le décès de Vendela. J'ai essayé de trouver différentes formules qui pourraient en quelque sorte résumer l’ensemble des sentiments que j’éprouvais, mais c’était trop vaste. Au final, les idées pour les paroles sont plutôt devenues des titres. Au début, j'envisageais d'intituler l'album Det Stora Tysta [NDLR : qui signifie "le grand silence" en suédois et qui est aussi le titre du premier morceau]. Mais je me suis dit que la version latine était peut-être plus universelle et plus concise, donc meilleure. C’est formidable de commencer et de terminer l’album avec le même titre.

Le morceau-titre justement est le plus lumineux et clôture l’album. Est-ce pour signifier qu’après les ténèbres vient la lumière ? Cela porte un espoir, semble-t-il…
Peter : Le fait est que, quand je l’ai écrit, je sentais qu’il y avait comme quelque chose de plus grand, en quelque sorte… de plus majestueux. Un peu comme lorsque l’on fête un anniversaire, qui correspond à un jour spécial. Aussi, cela signifiait la fin d’une cérémonie, représentée par cet album. Je voulais vraiment donner cette impression. Et surtout, pour moi, il était totalement évident que cette chanson allait être la dernière du disque.

Oui, en effet, on a l’impression d’assister à un office religieux…
Peter : Et c'est exactement l'impression que je voulais donner. 
Cecilia : Je sais à quel point mon mari est doué pour la musique, mais l'album tout entier est empreint de chagrin…
Peter : … bien que presque tous les morceaux soient dominés par des tonalités majeures ! L’album n’est pas en mineur. Ma philosophie à ce sujet est la suivante : si l’on ne compose qu’en mineur et que l’on ne travaille qu’avec ça, on finit par être saturé par ce type de son. Au bout d’un moment, ça devient presque ennuyeux. J’aime travailler avec des morceaux en gamme majeure, car cela, contrairement au mode mineur, apporte un changement très radical à la couleur de la chanson ou de l’album. Je pense donc qu’il est important de garder une palette de sons et de gammes variée. Je pense que beaucoup de gens commettent cette erreur : ils essaient de faire de la musique sombre ou triste en se disant : "Bon, je vais tout composer en mineur", mais ce n’est pas la clé pour créer une musique vraiment dark ou mélancolique. Tout d’abord, ce n’est pas le but de ce style de musique, car les compositions doivent venir d’un sentiment sincère.

À propos de l’utilisation d’un chœur, cela fait déjà de nombreuses années que tu y pensais, non ?
Peter : J’y pensais déjà quand j’ai composé Dark Age Of Reason ! Je ne comprends pas vraiment pourquoi je ne l’ai pas fait plus tôt. À mon avis, la configuration précédente du groupe me limitait. Auparavant, cela aurait été difficile de sortir du son habituel d’Arcana. On était un peu prisonniers du format de l’époque. 
Cecilia : Ces dix dernières années, nous avons forcé Peter à enregistrer notre chorale. Bien sûr, tu as enregistré nos répétitions et cela t’a donné des idées. 
Peter : Absolument. Entrer en contact avec cette chorale a aussi été, pour moi, un déclencheur pour commencer.

Peux-tu justement détailler le travail de composition chorale ?
Peter : Pour commencer, je me suis simplement assis devant mon clavier et j’ai pianoté quelques notes pour avoir un point de départ. Ensuite, j’ai obtenu une sorte d’ébauche, que j’ai transcrite sur une partition avec des notes pour que les choristes puissent comprendre. À l’enregistrement, il a fallu tout mettre à l’échelle en se concentrant d’abord sur une seule ligne musicale, puis en ajoutant les autres par-dessus. Je me souviens qu’au moment de la composition, je me sentais très inspiré.

Combien de personnes ont participé à Magna Silentia ?
Peter : Je crois que tous ensemble, nous étions six ou sept. Il fallait enregistrer toutes les différentes tessitures vocales dans le bon ordre. Du coup, tout était en quelque sorte divisé. Nous avons donc capté peut-être cinq ou six personnes par ligne mélodique et chacune se chevauchait (une couche après l’autre). Au départ, je souhaitais saisir le chœur entier d’un seul coup. Finalement, j’ai simplement tout réparti et j’ai écrit les notes pour chaque strate. Il y avait les deux premières sopranos, puis les deux premières altos, etc. 
Cecilia : Caroline [NDLR : McGovern, née Lindholm, qui a rejoint Arcana en 2022] n’a participé qu’à une seule chanson parce qu’elle était malade. Il lui était impossible d’en enregistrer une autre. Quand Peter a dit : "Bon, maintenant, vous allez devoir chanter les secondes altos", nous ne pensions pouvoir descendre aussi bas vocalement, mais finalement nous avons réussi à réaliser toutes les harmonies rien qu’entre nous. 
Peter : Enregistrer le chœur en une seule prise aurait sans doute été plus simple. Mais avec le système choisi, on avait plus de contrôle sur les lignes mélodiques. Nous pouvions en quelque sorte les faire ressortir, y ajouter plus de couleur, au lieu d’avoir toute une chorale qui chante en temps réel. Mais c’était une expérience intéressante. Pour moi, c’était comme un test, pour savoir si j’en étais capable.

Peter, tu n’interviens que peu vocalement sur l’album. Pourquoi ce choix de te retirer en tant que chanteur ?
Peter : En fait, je n’avais pas envie d’avoir une configuration avec un chanteur principal et le groupe, car, comme je l’ai indiqué, le disque est construit comme une cérémonie du début à la fin. Ainsi, je ne voulais pas être celui qui chante par-dessus tout le monde. Je souhaitais donc que tout soit parfaitement intégré : l’ambiance sonore, les musiciens, sans me mettre en avant. Sur le prochain album d’Arcana, je suis presque sûr que ce sera différent, je chanterai sans doute plus clairement… Mais cet opus est spécial et je voulais que tout soit aligné. Bien sûr, j’ai tenté d’élever le niveau sonore, d’ajouter des harmonies ou d’autres éléments à ma voix. Mais je voulais qu’elle s’intègre parfaitement au reste. 
Cecilia : Mais tu as fait quand même une bonne chose : tu as effectivement haussé le volume de ta voix. Roger et moi t’avons remercié pour cela. 
Peter : Tout a été enregistré en une seule prise parce que je voulais que l’ensemble ressemble davantage à un concert qu’à un enregistrement en studio. Il y a donc quelques petites imperfections et quelques fausses notes.

Tu sembles avoir passé encore un nouveau cap dans l’excellence des compositions, comme un véritable auteur de musique classique.
Peter : Des portes se sont ouvertes. 
Cecilia : Richard, le mari de Caroline, est organiste d’église. Et je pense que tu étais vraiment heureux quand tu lui as présenté le résultat et qu’il était émerveillé. On t’a dit : "Tu es un compositeur !" et tu étais gêné. La situation me faisait un peu penser à celle où un directeur d’école t’aurait dit : "Bravo, beau travail." C’est toujours ton œuvre, bien sûr, et tu te fiches des avis des autres, mais le sien avait tout de même de l’importance. 
Peter : Richard sait exactement comment composer pour une chorale. Donc quand il dit que c’est fantastique, je suis effectivement très content.

Il y a ici d’ailleurs des réminiscences de compositions d’Arvo Pärt et de Zbigniew Preisner et tout ce courant appelé holy minimalism. Cela est particulièrement saisissant sur "Det stora Tysta" et surtout "Natura est Templum", qui me rappelle "Fratres", justement, de Pärt. Étaient-ce des influences assumées durant la composition ?
Peter : Pour cet album, j’ai beaucoup travaillé et j’écoutais un certain genre musical. Bien sûr, Arvo Pärt est une référence pour moi depuis trente ans. Il a toujours été une source d’inspiration, car avec lui, quelques notes suffisent à faire toute la différence et à créer une incroyable… atmosphère. Cette forme minimale représente selon moi toute la force de son travail. Mais il y avait aussi une liste assez longue de morceaux que nous avions constamment à l’oreille.

Magna Silentia explore la face la plus obscure d’Arcana. Des morceaux comme "The Adversity Bell", "The obsidian Mirror" ou "Somnia intus" sont très oppressants. De ce fait, est-ce que cet album a été dur à enregistrer ? Cela a dû être difficile émotionnellement ? Le considères-tu comme une forme de catharsis ?
Peter : Non, ce n'était pas difficile dans le sens où ça m'aurait rendu déprimé ou quoi que ce soit. Quand je l'ai écrit, j'ai rédigé les grandes lignes et produit beaucoup de sons, puis j'ai tout arrangé. Pour moi, c'était juste un état d'esprit que je devais surmonter. La réalisation de l’album ne m’a pas miné, cela m’a plutôt permis de tout évacuer. 
Cecilia : À un moment, tu étais dans un état vraiment sombre, en particulier à Leipzig. Je me souviens que tu n’étais pas en forme. La seule chose qu’on avait à faire, c’était de te faire lever le matin et de partir pour Prague ; afin que l’on puisse laisser cette période particulièrement noire derrière nous. Tout le processus a tout de même eu un certain impact sur toi.

Cette dichotomie claire-obscure, entre musique chorale et dark ambient est vraiment fascinante. Pourquoi avoir choisi de découper le disque de cette façon ? Cette séparation stylistique est assez inédite chez Arcana et peut dérouter un peu au début. Comment travailles-tu d’ailleurs ces textures sombres, qui s’apparentent beaucoup à l’art de groupes signés chez Cyclic Law, comme Svartsinn ou New Risen Throne ?
Peter : Je ne sais pas, j'étais juste d'humeur à le faire, je ne me suis pas inspiré d'un artiste en particulier. D’ailleurs, je n’écoute pas trop de dark ambient.

Comment as-tu procédé pour la composition de ces titres dark ambient ? 
Peter : J’ai beaucoup travaillé avec ma synthèse modulaire. Sur "The Adversity Bell", il y a une ligne de fond assez sombre avec du violoncelle, et je me suis aussi servi de la synthèse modulaire pour imiter un peu le son. Ce procédé m’a donc inspiré pour les autres morceaux, ceux qui sont plus sombres et plus travaillés. Ainsi, je savais qu’il était possible de mélanger les deux pour que cela fonctionne : la synthèse modulaire et les instruments traditionnels.

Il y a donc en quelque sorte une première couche, qui correspondrait à la synthèse de type modulaire. Ensuite, le morceau évolue ensuite avec les autres instruments, tout en conservant la ligne principale, puis tu modules le tout avec les autres instruments ?
Cecilia : Il utilisait aussi des instruments via les modules !
Peter : Donc oui, cela donnait en quelque sorte des sonorités auxquelles on n'est pas habitué. Et certains types de sons peuvent m'inspirer pour écrire une chanson entière.

Y avait-il d'autres musiciens que toi sur les morceaux de dark ambient ?
Peter : Je suis le seul à jouer de la nyckelharpa, mais nous avons aussi engagé une violoncelliste. Nous espérons l'impliquer davantage à l’avenir et l'inviter sur scène à un moment donné.

Aussi, vous sortez ce disque chez… Cold Meat Industry !!! Le dernier album d’Arcana à être sorti chez CMI est Inner Pale Sun (2002). Comment se sont produites les retrouvailles avec Roger Karmanik ?
Peter : Il y a dix ou onze ans, j’ai retrouvé Roger après un concert et nous avons discuté. Je lui ai alors révélé que j’écrivais de la musique. En effet, j’essayais de composer un album avec Ida [NDLR : Bengtsson, la première chanteuse d’Arcana], peu de temps avant qu’elle ne tombe malade. Puis j’ai parlé à Roger de notre collaboration, et il m’a répondu : "Hmmm… ce serait génial de sortir ça chez Cold Meat." Il m’a alors dit : "Attends un peu, je vais y réfléchir." C’était un peu une idée en l’air et ça n’a pas abouti. Je pense que c’était trop tôt pour lui de se lancer dans ce genre de projet. Il avait besoin d’un peu de recul aussi, j’imagine, avant d’assumer toutes les responsabilités liées à la gestion d’un label. Mais depuis, nous discutions de temps en temps de manière informelle, quand on se voyait, de la possibilité de retravailler ensemble un jour. Et puis il est venu et a passé la nuit chez nous. J’ai préparé le dîner, nous avons bu du vin, on a écouté de la musique et notamment les morceaux du nouvel album. Il était époustouflé ! À tel point qu’il m’a appelé dès le lendemain, pour me dire qu’il voulait vraiment le sortir sur Cold Meat si j’étais d’accord, et j’ai répondu "bien sûr".
Cecilia : Ce disque convenait à la renaissance de quelque chose pour lui. C'est un peu comme quand Peter parle d'un puzzle et que, tout à coup, toutes les pièces s'assemblent. Cette image avait aussi du sens pour Roger. Après l’écoute de Magna Silentia, il ressentait exactement la même chose que presque tout le monde : "Mais que viens-tu de créer, bordel ?!" 
Peter : Je pense que tout s’est simplement mis en place avec Cold Meat, qu’il s’agisse de la pochette et des chansons, cela représentait l’un de ces moments où tout vient naturellement. Nous avons donc longuement discuté de la sortie, du titre et des attentes de mon côté et du sien. Mais finalement, nous nous sommes mis d’accord sur tout.

Tu as donc fait écouter le disque à Roger quand il est venu te rendre visite. Quand était-ce ?
Cecilia : Tu as terminé l’album le 5 septembre 2025, c’était après, en automne.
Peter : Ou alors en janvier ? Non, c'était il y a environ un an. Je me rappelle de cette lune rouge, et j'ai vécu l’expérience d’avoir l'impression que c'était fini, que tout était fini. C'était un moment très spécial.

Jusqu’à présent, les commentaires de vos fans sont élogieux à propos de l’album. Cela doit vous faire chaud au cœur ?
Peter : Je dis souvent que la réaction du public ne m’importe pas, car je suis toujours fier de ce que j’ai accompli. Mais évidemment les retours positifs me procurent beaucoup de joie et de satisfaction ! Je suis particulièrement ravi quand je reçois des messages d’anciens amis qui me disent à quel point ils ont trouvé telle œuvre fantastique. Mon cœur est alors rempli d’allégresse. Néanmoins, je ne pense pas qu’on puisse arriver à faire quoi que ce soit en ayant peur de ce que les gens pourraient penser. À ce moment-là, c’est la fin, parce qu’on ne crée plus qu’en fonction des autres. Ici, par exemple, je ne voulais pas briser l’ambiance générale de l’album en retirant des morceaux qui pourraient choquer certaines personnes. Le plus important pour moi est de créer une œuvre cohérente et aboutie, en suivant une voie tracée à partir de mon inspiration. Malgré tout, je peux tout à fait supporter que certains disent que telle chanson n’a pas sa place sur l’album. 
Cecilia : C’est une vieille histoire. Quand tu as sorti …The Last Embrace, on entendait déjà : "Pourquoi tu n’as pas fait un autre Dark Age Of Reason ?" Mais il existe déjà, pourquoi le refaire ?! Pour Magna Silentia, personne n’a rien dit, tout le monde a été stupéfié !
Peter : Quand j’ai créé Arcana, j’avais ce son particulier en tête et une voie tracée. Cependant, je manquais de compétences techniques. Finalement, je remonte le temps d’une certaine manière, mais avec les connaissances et l’expérience d’un homme mûr. 
Cecilia : Tu puises davantage de force en toi-même.

Comme nous le disions, vous avez initié une série de concerts depuis cette année et elle n’est pas finie ! Quelles ont été les réactions du public ? Avez-vous déjà joué des titres de Magna Silentia sur scène ? 
Peter : Sur scène, cette année, nous avons joué des morceaux différents. Certains ont été laissés de côté parce que je veux pouvoir partir en tournée quelle que soit la configuration du groupe : juste Cecilia et moi ou une formation complète. Je veux donc adapter le répertoire en fonction de la situation dans laquelle nous nous trouvons. 
Cecilia : Tout dépend donc, comme l’a dit Peter, du nombre de personnes qui seront sur scène. Quand nous jouerons au Danemark par exemple [NDLR : le 7 novembre, à Kolding, lors du Dark Atmospheres Festival], Caroline sera avec nous ainsi que Johan Hallgren... pour la première fois depuis 1999 !

Quelles sont vos espérances pour l’avenir ?
Peter : J'espère bien que nous pourrons continuer à donner quelques concerts. Arcana peut voyager à quatre, voire parfois à cinq, et par la suite avoir un line-up plus complet sur scène. Par ailleurs, je réfléchis aussi de plus en plus à la manière d'aborder le prochain album ; j'ai déjà des idées en tête. En général, une chanson commence par un son qui circule dans mon esprit, comme une sensation. Ensuite, je passe à l'écriture de la musique proprement dite.

Il se peut donc que, d'ici un an ou deux, un nouvel album sorte ?
Peter : Disons deux ans. En fait, j’avais prévu d’écrire de la musique cet automne, mais lorsque j’ai commencé à travailler, j’ai été perturbé par une sciatique. Mais je pense que l’année prochaine, je vais probablement consacrer beaucoup de temps à composer de nouveaux morceaux pour Arcana. Nous sommes vieux, mais nous avons encore d’autres albums et concerts fantastiques à proposer. Ce n’est pas encore l’heure de prendre notre retraite !

Dernière chose : nous souhaitions savoir qui a réalisé la pochette du disque ?
Peter : C’est Roger ! 
Cecilia : Quand on a parlé du disque avec lui, la question du graphisme s’est immiscée parce qu’on avait des idées et que tu travaillais dessus. 
Peter : Mais Roger avait aussi des suggestions et j’ai senti de toute façon que ça allait être une sortie Cold Meat. Et il a une certaine vision de ce à quoi doit ressembler un disque pour son label. Le résultat est très minimaliste. En revanche, même s’il avait carte blanche, je voulais absolument que le nom du groupe et le titre de l’album apparaissent en couleur dorée.

Diskögr
  • Dark Age Of Reason (1996)
  • Cantar De Procella (1997)
  • …The Last Embrace (2000)
  • Inner Pale Sun (2002)
  • Le Serpent Rouge (2004)
  • Raspail (2008)
  • As Bright As A Thousand Suns (2012)
  • Magna Silentia (2026)