Si Equilibrium Music a fortement exposé le son martial et industriel d’Arditi durant la première décennie des années 2000, le projet suédois (formé par Henry Möller et Marten Björkman en 1997 – cf. projets associés Puissance et Algaion) et inspiré par le futurisme italien du début du siècle dernier, est revenu au choix de l’autoproduction pure sur une partie de la dernière décennie. Bloodtheism (2018), Words Made Of Stone (2020) et Insignia Of The Sun (2020) sont sortis en autonomie ; et c’est sous l’égide de la microstructure Blooddawn Productions qu’est né au monde Emblem Of Victory (2023) et le nouveau Refraction Of The Oversoul.
Un groupe ne disparaît plus au monde parce qu’il n’aurait plus de maison de disques, nous vivons à l’ère du web ; mais son rayonnement peut s’en trouver affecté, ce qui n’a jamais empêché Arditi de poursuivre son chemin. En novembre dernier sortait encore un nouveau format EP, Inspirit Divine, successeur du dernier cru long 2025 et prolongation esthétique directe, tant dans les tonalités du visuel que dans cette manière de retenir l’énergie, cette pondération qui fait l’éclat cinématographique ("Unmanifested Icon").
Science ambiante de belle facture que celle du cru 2025, année durant laquelle Arditi s’est par ailleurs montré productif : les cristaux choraux creusent sur Refraction Of The Oversoul une religiosité ("Aeonic Flame") quand par ailleurs se restaure la marque de fabrique : les percussions, leur sévérité, sont un élément essentiel de la marque et leur dramaturgie s’impose tout le long de ce fascinant chapitre studio. C’est une entreprise stylistique, habitée mais sans bouleversement de la forme. Arditi creuse à l’intérieur de son propre sillon, et les travaux actuels sont d’une rayonnante puissance. Les ambiances terminales suggèrent l’extinction du vivant ("Recondita Immortalitas").
Dans une entrevue donnée en 2014 au média spécialisé Heathen Harvest, les fondateurs d’Arditi expliquaient que le nom du groupe provenait du pluriel du mot italien "Ardito, qui signifie robuste, courageux, intrépide" – un mot qui représente aussi les "Reparti d’Assalto (unités d’assaut), (…) troupes de choc d’élite de l’armée italienne qui ont mené les missions suicidaires pour l’Italie lors des deux guerres. Vivant à une époque où personne ne croit en rien, nous avons trouvé très inspirante l’idée que des bénévoles s’inscrivent pour quelque chose qui offre une chance sur dix de survie." Et Arditi, depuis le départ, a fait grandir sa musique, motivé par le principe selon lequel "le conflit est l’aspect le plus important de la vie humaine." Pour le groupe, tels qu’il le formulait en 2014, il y a une "nature édifiante de l’expérience de guerre". La résonance de la percussion d’Arditi, présente à ses récents développements, ne doit alors rien au hasard : il ne s’agit pas d’un gimmick mais d’une manière en soi de conter ce qui, dans son regard, structure l’histoire des hommes par la violence et le drame. Les quelques références égrenées par Arditi dans ses rares entrevues (Der Blutharsch, Blood Axis, ou l’auteur Marinetti) reflètent sans que cela surprenne réellement un cheminement artistique marqué par des repères radicalement antimondialistes. Le décorum apparaît, disons, droitier.
Il y a ce qui peut transporter les hommes, la quête est une voie intime, et il y a la manière dont vous recevez leur offrande. Avec Refraction Of The Oversoul, Arditi poursuit une œuvre de persévérance, passant discrètement le cap des ans sans faillir aux devoirs d’exigence vis-à-vis de lui-même qu’il s’est imposés de tout temps. Une affaire, somme toute, de discipline – et qui interpelle tout un chacun sur l’inextinguible risque collectif en lequel nous maintient la propension des hommes à la conflictualité, objet de cet art suédois. Cette conflictualité qui travaille les êtres en silence, intimement, cette conflictualité qui met en mouvement les armées.