Sol invictus ! Ce cri retentit dans l’écho d’un fjord ancestral… Au Finnmark, on guette impatiemment le retour de l’astre solaire, symbole du renouveau de la nature, de la lumière et de la chaleur qui apaisent les cœurs. Il faut dire que les nuits d’hiver sont longues au-delà du cercle polaire arctique. C’est dans cet environnement hostile et fabuleux que vit Arin Aksberg, un multi-instrumentiste très doué de vingt-six ans. solskinn, marqué par la thématique de la puissance rédemptrice du soleil, est le troisième opus du Norvégien ; il paraît une nouvelle fois chez Projekt, qui confirme encore, si besoin était, son rôle de pépinière de talents. Huit morceaux délicats, créés à partir du piano, des synthétiseurs et de traitements électroniques, composent cette oeuvre élégante et scintillante. Suivons l’étincelle…
Quelques chants d’oiseaux nous accueillent, puis une nappe délicate arrive, poursuivie par un piano cotonneux… Comme on dit : luxe, calme et volupté. Les notes sont simples, nous pensons à Craig Armstrong, à une forme de minimalisme qui s’apparente à du new age contemporain. D’emblée, nous sommes saisis par la quiétude distillée. "solverv" renforce cet état de relaxation intense, le musicien nous entraîne vers les rivages planants de la kosmische musik allemande et de l’ambient le plus dépouillé. Le va-et-vient continu des sonorités apaisantes hypnotise et rassure. Ainsi, solskinn se dresse comme un monument éthéré aux fondations drone, agrémentées parfois d’envolées modern classical du meilleur effet. En témoigne notamment "glød", un titre propulsé par un son granulaire et reposant.
Nous relevons ici l’excellence du sound design. Le Scandinave utilise les instruments et les outils à sa disposition avec une science incomparable. Aussi, les tonalités majeures sont prioritaires, tout est fait pour réconforter l’auditeur, pour le projeter dans un océan d’harmonie et de tiédeur. Dès lors, la joie et la sérénité nimbent ce disque aux accents positifs marqués. Cela est particulièrement évident sur "aurora", qui évoque l’optimisme du post-rock de Lights & Motion. Néanmoins, la mélancolie perce par moments. Les souvenirs et les regrets affleurent, mais cette tristesse légère s’apparente néanmoins à du bonheur… "solskinn" et "drift" valorisent ce sentiment. Le premier rappelle indiscutablement l’esthétique d’Erik Wøllo (un compatriote), tandis que le second lorgne du côté d’Harold Budd et d’Angelo Badalamenti.
Arin Aksberg est décidément un nom à suivre. Il promeut une musique simple, farouchement atmosphérique, et qui nous touche. Pas d’artifices, juste l’envie d’explorer des émotions bienveillantes. On rêve, on verse quelques larmes, on se détend en pensant aux êtres chers, au temps qui passe… Avec ses boucles, son souci d’imposer une répétition subtile, le jeune musicien parvient à tisser des ambiances splendides, propices à la contemplation. L’école ambient nordique est décidément un véritable modèle du genre. Sans entrer dans les détails historiques, force est de constater que depuis plusieurs décennies, cette région de l’Europe a façonné des artistes remarquables, divinement inspirés. solskinn est l’une des sorties électroniques les plus réjouissantes pour le moment de 2026. Comme dirait Bob : Sun is shining…