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Album
15/05/2026

Ataraxia

Sylfaera The Fair

Label : The Circle Music
Genre : neofolk
Date de sortie : 2026/05/22
Note : 80%
Posté par : Mäx Lachaud

Plus de quarante ans d'activité et les membres d'Ataraxia ont fait de leur musique un vrai principe d'existence. En toute indépendance, ils ont non seulement produit une œuvre d'une grande richesse qui s'étend sur plus d'une trentaine de disques mais ils ont aussi créé une mythologie, des personnages, des histoires nourries par la spiritualité, la nature, les arts, l'amour et les éléments. Avec Sylfaera The Fair, ils semblent clôturer de façon épique une trilogie sortie chez Circle Music et commencée avec Pomegranate (2022) puis continuée avec Centaurea (2024). Et c'est sans nul doute le plus réussi des trois.

"Alabaster" donne le ton, entre néofolk celtique et néoclassique martial. Le son de la cornemuse va, quant à lui, être très présent tout du long et se fond harmonieusement dans ces ambiances triomphales et rituelles, presque guerrières avec ces voix masculines gutturales. Avec "Breanwinn", on en revient au son de guitare typique de Vittorio Vandelli et au chant éthéré de Francesca Nicoli. Les percussions demeurent puissantes et on apprécie ce côté jusqu'au-boutiste du groupe là où beaucoup se casseraient la gueule face à tant de grandiloquence. Avec "Alqua", les choses s'adoucissent. On retrouve le son classique du groupe, mélancolique et lyrique, et ce chant opératique toujours à la limite de la dissonance.

"Sylfaera" fait partie des moments forts. Les chants menaçants et rauques sont de retour. La voix de Francesca se fait grinçante, presque narquoise. La cornemuse et les percussions restent en avant, mais il y a quelque chose d'organique et d'habité ici qui nous mène à une transe presque démoniaque. Après une telle intensité, "Silvertone" fait figure d'interlude avant d'attaquer un autre grand titre : "Loona" et sa néofolk atmosphérique et planante. La mélodie est belle, toute en évanescence et pureté, et vu que le morceau est chanté en anglais, pour une fois on comprend les paroles. Il faut quand même saluer la capacité de Francesca à s'attaquer à un nombre incroyable de langues, parfois anciennes et cryptiques. À l'écoute de ce morceau, on se dit surtout qu'ils peuvent toujours donner naissance à des morceaux aussi forts que ceux qui ont fait leur renommée dans les années 1990.

"Llawarra" est sûrement la troisième grande pièce sonore à retenir. La puissance rituelle développée depuis le début de l'album est toujours là, mais elle mute en ritournelle obsédante, mélange de danse médiévale, de vocalises étranges, de transe celte et de rythmes martiaux qui ne sont pas sans rappeler les hymnes païens d'Hagalaz Runedance avec qui ils avaient notamment partagé la scène à Leipzig en 1999. "Muirreann", présent uniquement sur le CD, pourrait sonner un peu trop new age de prime abord mais le chant est particulièrement intéressant, entre soupirs subliminaux, râles graves et langage enfantin, où les voix féminines et masculines se mêlent. "Ojos sagrados" nous rappelle dans son final la Renaissance italienne dans laquelle la formation a tellement pioché, alors que le mystique "Crowea" apporte au beau final à l'ensemble, dans un pur esprit Camerata Mediolanense, amis de longue date, pour lesquels Francesca a plusieurs fois prêté sa voix.

Au final, Sylfaera The Fair est un album enthousiasmant dont on a pu déjà découvrir trois titres accompagnés de vidéos dont la qualité esthétique peut être discutable. Néanmoins, il regorge de superbes moments à côté desquels il serait dommage de passer.

Tracklist
  • 01. Alabaster
  • 02. Breanwinn
  • 03. Alqua
  • 04. Sylfaera
  • 05. Silvertine
  • 06. Loona
  • 07. Llawarra
  • 08. Muirreann (CD Bonus Track)
  • 09. Ojos Sagrados
  • 10. Crowea