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Ténèbres, puits sans fond. Obsküre plonge, fouine, investigue et remonte tout ce qu’il peut à la surface

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Interview
01/06/2026

Brigade Apache

Une rencontre avec des petites étoiles au Shök Noir 2026 | "Avec ce nouveau projet, nous avons voulu expérimenter davantage autour du son"

Genre : dark songs / electro / indie rock / dance music / coldwave
Photographies : Brigade Apache live @ Shök Noir 2026 | Michel Dagorn - Insta : @michel__dagorn
Posté par : Töny Leduc-Gugnalons

Compliqué de convaincre quand on ouvre un festival avec une musique à la fois cold et ouvertement électronique dans une fin d’après-midi encore clairsemée. C’est pourtant le pari réussi par le trio français Brigade Apache lors de l’excellent Shök Noir qui s’est tenu début avril à Quimper. L’occasion rêvée de mettre en lumière ce combo qui, à ce jour, demeure inconnu dans le milieu dark…

Obsküre : Première découverte enthousiasmante de la soirée, vous semblez sortir de nulle part et votre nom, quant à lui, vous associe davantage à la scène punk qu’à cette soirée purement électronique. Quelle est l’origine de Brigade Apache ?
JM (machines) : L’origine du nom vient du groupe de punk lyonnais Haine Brigade et de "Nuit apache", chanson des mythiques Bérurier Noir. On peut aussi associer le nom aux Apaches - le premier gang parisien - et aux fameuses Brigades du Tigre… Mais c’est un nom qui renvoie surtout à la culture alternative des années 1980. Personnellement, j’ai grandi au son de La Mano et de tous ces groupes de rock alternatif français, même si j’ai aussi pris le virage de la techno au début des années 1990, aimé l’acid-house et toute la scène "Madchester".

C’est étonnant d’avoir fait un clin d’œil aussi appuyé alors que votre musique est très éloignée de ce son.
JM : Oui, mais il n’y a pas de hasard car notre premier album Firefly est sorti il y a deux ans sur le label havrais Records Ruin The Landscape dirigé par Pierre-Yves, le saxophoniste de Haine Brigade… Ce premier album était très minimal et électronique, avant que nous incorporions les guitares par la suite...

Si ce premier album est sorti en 2023, depuis quand le groupe existe-t-il ?
JM : Le groupe a été créé dans le courant de l’année 2022. Les choses se sont enchaînées très rapidement en fait ; mais, au départ, il s’agissait surtout de bricoler et de passer du bon temps. Avant cela, nous avions un autre groupe, Mother Milk, plus acoustique. Mais avec ce nouveau projet, nous avons voulu expérimenter davantage autour du son.

Delphine (chant) et Alexandre (guitare), quels sont vos backgrounds culturels respectifs ?
Delphine : c’est très varié de mon côté mais j’aime davantage la scène anglo-saxone avec des artistes comme PJ Harvey et Björk, même si je ne me reconnais pas uniquement dans des figures féminines… J’aime aussi beaucoup The Cure…
Alexandre : La musique, c’est d’abord pour moi une histoire d’amitié : Jean-Michel et moi sommes tous deux Avignonnais et avons fréquenté le même collège. Nous avons toujours fait de la musique ensemble, même si moi j’œuvrais davantage dans la scène de rock indé marseillaise. Je m’en suis lassé car j’avais clairement le sentiment de faire de la musique de vieux. Il fallait que je sorte de ce carcan et c’est alors que Jean-Michel m’a sollicité pour rejoindre le projet. Ça m’a vraiment intéressé dans la mesure où cette proposition allait me permettre d’abandonner mes vieux réflexes de musicien… J’étais fan de Sonic Youth et des Pixies quand j’étais ado et j’ai basculé dans l’univers de la chanson française avec des artistes comme Jean-Louis Murat… ou Joe Dassin…
JM : Oui, Alexandre est très éclectique (rires).
Alexandre : Et comme Jean-Michel est très talentueux pour créer des mélodies et de la musique, je me suis laissé convaincre. Nous n’avions jamais rien fait de sérieux ensemble alors qu’on se connaissait depuis des années, c’était l’occasion… J’ai donc insufflé au projet une dimension un peu plus rock.

Y a-t-il eu des concertations préalables pour donner à la musique une direction artistique particulière ?
Alexandre : Non, chacun apporte sa liberté créative, ce qui rend la musique originale ; elle est susceptible de plaire à une diversité de gens qui viennent à la fois du monde de la techno, de la coldwave ou de la dreampop.
JM : De mon côté, j’ai fait en sorte de canaliser mon goût pour les expérimentations.

Comment s’est faite l’évolution entre le premier album et votre second opus Blooming Under The Water ?
JM : Le premier album a été conçu sans penser le moins du monde à la guitare ; il s’agissait de retravailler des sons qui existaient préalablement, agrémentés de textes eux-mêmes anciens de Delphine. Il s’agissait avant tout d’un travail de sampling de matériel mis de côté et qu’on a, pour le coup, sollicité pour l’occasion. Le deuxième album, a contrario, a été pensé de manière à laisser de la place à la guitare. En conséquence, c’est un album qui s’avère plus posé et mélodique que Firefly. On travaille actuellement sur l’élaboration du troisième, qui risque fort d’être une synthèse des deux précédents. On a d’ailleurs joué, ce soir, quatre titres du futur album pour la première fois.

Delphine, tu es la caution « sagesse » du groupe ; c’est toi qui sembles donner une certaine cohérence aux velléités expérimentales des garçons avec des textes parfois proches du spoken word et qui pourraient aussi te rapprocher d’artistes comme Anne Clark.
JM : C’est une remarque qui nous a déjà été faite à nos débuts.
Delphine : J’ai effectivement un goût prononcé pour la poésie, pour le jeu des sonorités, pour toutes ces références qui m’inspirent et qui m’ont accompagnée quand j’étais à l’université alors que j’étudiais la littérature anglaise et américaine.

J’ai aussi décelé par moments le recours à la langue allemande.
Delphine : Oui, je ne m’interdis aucune incursion dans d’autres langues.
JM : D’autant que c’est en Allemagne que les retours sont les plus nombreux (rires).
Delphine : Les choix de langue sont conditionnés par les morceaux et la musique. Ce sont eux qui vont déterminer le recours à une langue en particulier… Par ailleurs, chaque morceau raconte une histoire mais sur les morceaux plus orientés vers la techno, c’est le jeu des sonorités qui va prévaloir.

Tournez-vous beaucoup avec Brigade Apache ?
Alexandre : Assez peu et nous le déplorons mais ce n’est pas évident de trouver des dates et, il faut bien l’admettre, de trouver du temps.
JM : Ce qui rend aussi les choses plus compliquées, c’est le caractère hybride de notre musique, qui ne correspond pas à une scène en particulier. Mais petit à petit, on avance.