Voix shamanique gothique de Nolwenn en avant, noire de chez noire, avec quelques pointes qui feront penser à Corine / Ariane d'Excès Nocturne ("Deus Rex", "Après la Pluie") et une tonalité grave proche de celle de Lis Araignée (Denuit) sur les deux premiers disques. On est en bonne compagnie avec Buzzkill !
Le groupe mise sur cette voix et sur une orchestration ad-hoc : la basse de Ronni sature et tape plus qu'elle ne joue, les rythmiques sont rapides, parfois basiques et efficaces ("Nowhere") parfois en multiples couches ("Shout"). Selon les titres on aura plus ou moins de volutes d'un clavier plus blafard qu'un teenager déguisé pour son premier Halloween.
J'aime cet aspect référencé et actualisé par la vigueur et cette façon d'assumer le grand-guignol en gardant la superbe. La manière dont les sons synthétiques prennent le contrôle et partent en vrille apportent aux compositions une force, un engagement ("Shout"). La structure peut se faire plus torturée, le temps d'un refrain qui casse l'envolée : l'atmosphère se charge alors d'imprévus, l'attente se fait plus sourde, jouant avec les nerfs (c'est le cas sur "There must be a Place"). Le démarrage d' "Isolation" s'amuse avec une sorte de sonnerie de sirène et un poinçon synthétique. C'est comme un rock garage passé au freezer, une musique rock'n'congélo qui pourrait agacer le regard. On sonne chez ce couple de Montpellier qui nous a invités à sa party, et on voit bien qu'un truc cloche dès que la porte s'ouvre... Mais rien à faire, on va quand même suivre nos hôtes en serrant les fesses. L'isolation ne vaut que lorsque nous sommes plusieurs à se regarder en chiens de faïence, non ?
L'assemblage est réussi entre d'une part cette musique frénétique, une digestion du punk synthétique et cold, et cette voix plus maniérée et gothique qui prend le temps d'étirer les syllabes comme si rien n'avait d'importance ("Après la Pluie"). "Wasteland", le titre éponyme, assure une ambiance : c'est presque le morceau le plus long (le tout dernier titre le dépasse d'une seconde). Alors il y a une introduction macabre, un lancement furibard, la rythmique qui repart en multiples couches, des absences-sursauts de la basse-guitare (Ronni joue à travers deux amplis nous explique-t-on) et le chant qui se distingue, indolent, placide et maniéré. Un petit pont free qui se déploie en solo de synthé discret pour déglacer tout ça et provoquer la perte de repères avant un final à l'unisson. C'est... charmant et vénéneux.
Notons que le groupe multiplie les visuels homogènes dans un noir et blanc tout à fait appréciable.