Cold Cause est un nouveau trio hommes-femme (formé en 2024) œuvrant dans la sphère dark-synthétique. Une nouvelle vague qui n'en finit pas de s'étendre sur nos plages obscures, à défaut d'atteindre les métropoles du bon goût (dont nous nous soucions peu, finalement, chacun dans sa zone...). Un groupe de plus, mais il est intéressant de passer du temps pour écouter leur album paru chez Manic Depression.
On le répète : un label trie les projets qu'il reçoit car il est le premier à dépenser de l'argent pour transformer la musique digitalisée en objet. C'est un gage de qualité quand la sélection est bien faite. Alors, pas de souci avec Manic Depression : les Franco-Allemands de Cold Cause valent plus qu'un détour.
Leur musique est proprement jouée et assemblée. La voix fonctionne et les apparences attirent le fan de musiques sombres et modernes (deux clips accompagnent ce premier album). Aux Minuit Machine, Potochkine, Denuit, Rue Oberkampf (complétez vous-même), on ajoute donc ce nom amusant (Cold Case ? La cause froide ?). Froideur : assurément à l'écoute de "On the first Page", chanson héritière des années 1980 dans ce qu'elles avaient de plus beau pour nous.
La grande variété des climats est ce qui attire immédiatement... Enfin, non, pas immédiatement : c'est une fois tout l'album écouté que cet atout prend sens. Un bon titre de techno-EBM pour ceux et celles qui aiment ("Dead Diamond Machine") et un final excessivement lent, triste, profond, ça marque ("Drunken Bird"). Et puis, cette fin crée un grand écart avec le single en première plage, "Vampire der Liebe", dansant, synthétique, basse en avant, guitare aigrelette, voix de Luiça dans les graves, en allemand, mais avec des petites envolées dans les médiums. C'est élégant, racé, sensuel (chuchotements), vivifiant et noir. "Road", le deuxième single et dans cette même case, avec un peu plus présente la guitare jouée par Mathieu. Le chant et les instrumentations convoquent de grands fantômes ("Das Gespenst") : à l'heure de la disparition de Bettina Köster, comment ne pas mentionner Malaria!, n'est-ce pas ? Ou encore un peu de Chicks On Speed ou de Robots In Disguise de la bonne époque. Facile, mais efficace.
Cette capacité à faire du single ne crée pas la surprise, on se félicite juste de tenir des titres qui marquent un tube en puissance, avec un break un peu plus aride et méchant ("Vampire der Liebe") et un bon morceau. Derrière ces locomotives, on ajoute la dynamique de "City of Firmaments", qui déborde de petits arrangements et d'idées. Basse bondissante accompagnée de volutes (Bruno aux synthés). La construction est également ce qu'on distingue au fil des écoutes de "Red Dust", une première accroche sur ce son âpre, puis des modifications de rythme, des relances, des pauses. C'est chargé et prêt à être joué sur scène avec des moments où il se passe quelque chose.
L'album est donc dense grâce à sa diversité, les sons et la voix conservent ce qu'il faut d'homogénéité, les leçons du passé ne sont pas écrasantes et le trio a envie de manger de la scène. Ben voilà.