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Album
19/09/2026

Dagerlöff

Solarpunk

Label : Tigersushi
Genre : city pop / videogame instrumental electro
Date de sortie : 2026/09/25
Note : 84%
Posté par : Mäx Lachaud

Même s'il s'agit là d'un premier album, Dagerlöff est loin d'être un inconnu. Après un parcours témoignant d'une grande diversité de goût (bassiste dans le groupe hardcore Children, compositeur dans le projet synth-pop Chateau Marmont), Dagerlöff s'était illustré, en collaboration avec Galner, dans un registre dark ambient avec la sublime bande originale créée pour le film suédois, Häxan (L'Histoire Inconnue du Disque, 2022), ou dans un style plus IDM avec la cassette The Parallax Test (l'Histoire Inconnue du Disque, 2021). 

Son goût prononcé pour les musiques de films et l'électronique vintage était déjà présent sur un EP comme Colonization avec Chateau Marmont (Chambre404, 2013) et, dès sa première composition en solo, avec le titre "From the Womb to the Tomb" pour la compilation Musique Ambiante Française Vol. 1 (Tigersushi, 2017), les images mentales étaient déjà très nombreuses. Ce morceau, profondément hanté, glacé et mélancolique, n'annonçait pourtant en rien ce Solarpunk, enfantin, ludique et lumineux. Car on est bien ici dans ce qu'on nomme la city pop, ce courant japonais issu des années 1970 et 1980 où les vieux instruments électroniques et les sons de gadgets et de jeux vidéo sont privilégiés, mais qui aurait été revisité par la musique savante, l'electropop déstructurée de Yellow Magic Orchestra et les BO synthétiques des films des années 80.

Solarpunk est étrangement né dans un contexte sombre pour l'artiste. Pourtant, après avoir lâché sa tourmente dans des pièces sonores nocturnes, une image fugitive d'un bonheur innocent, comme celle qui hante le Sans Soleil (1983) de Chris Marker, lui a fait l'effet d'un électrochoc. Il a alors voulu revenir à la magie de l'enfance, celle où les consoles Nintendo, les mangas japonais et les premiers synthés digitaux suscitaient pour lui tout un univers magique, fantastique et onirique. Dès le premier titre, "Solarpunk", Dagerlöff amène cette fantasmagorie vers l'orchestral et le symphonique, la comptine et la musique sérieuse ne sont peut-être pas si éloignées. "April at the Park" évoque, quant à lui, la BO de Liquid Sky (1982), le film de Slava Tsukerman avec ses réinterprétations synthétiques de musiques baroques, ou le travail de Wendy Carlos autour de Bach. Les notes sont autant de guirlandes suspendues dans les airs et semblent défier l'apesanteur et le temps. Plus encore, c'est à l'album Il Mondo Dei Romani (1972) de Piero Umiliani que l'on pense, comme si ces arpèges aux claviers avaient pour mission d'évoquer un monde antique et impossible.

"Laser Eyes", premier single de l'album, qui a d'ailleurs bénéficié d'une excellente vidéo à base d'images du cinéaste-plasticien Nieto, est plus en accord avec le style de Ryuichi Sakamoto et Haruomi Hosono du début des eighties, avec un côté dansant qui aurait été un peu trituré par le sens du rythme saccadé d'Autechre. Les notes fusent de tous les côtés pour finir sur une pure mélodie de videogame. "Coral Mushrooms" est plus passionnant encore, avec ce son de basse fretless à la Mick Karn et des sonorités toujours plus solaires, qui nous font directement penser au Manhunter (1986) de Michael Mann et ses étendues de plage en Floride. Les nappes de synthés évoquent autant de reflets sur les eaux infinies, et cette rêverie nous mènera à un "Long Goodbye" qui au bout du compte n'a pas grand chose à voir avec le film néo-noir de Robert Altman, tant c'est un univers asiatique qui nous vient en tête, avec cette sensation d'évanescence, comme si ce n'était pas un adieu mais plutôt une découverte du monde qui s'offrait devant nos yeux.

"A Room with a View" emprunte encore son titre à un film, de James Ivory cette fois-ci, et contraste avec le reste car il s'agit d'un morceau au piano fort romantique et mélancolique. Une sorte d'aération bienvenue dans une musique très dense en termes d'informations sonores. "Soap City" revient à une musique de dessin animé fort délirante et aux touches orientales (ou du moins comme imaginée dans une répétition incongrue entre les Residents et Kōji Kondō), et forme presque une trilogie avec "Bubble Alley" et "Slides". "Yogagirl and the Bear" clôt ce périple onirico-surréaliste comme un générique de fin aux allures de slow nostalgique un peu grotesque où un ours se livre à une danse improbable avec une championne de yoga. L'imaginaire est en roue libre dans un tel univers et il s'agit clairement d'un des disques de musique électronique les plus excitants et enthousiasmants que j'aie entendu ces derniers temps, original et addictif.

Tracklist
  • 01. Solarpunk
  • 02. April at the Park
  • 03. Laser Eyes
  • 04. Coral Mushrooms
  • 05. The long Goodbye
  • 06. A Room with a View
  • 07. Soap City
  • 08. Bubble Alley
  • 09. Slides
  • 10. Yogagirl and the Bear