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Album
20/12/2025

Dawn + Dusk Entwined & Nature Morte

Toutes Les Heures Blessent, La Dernière Tue

Label : autoproduction
Genre : dark ambient
Date de sortie : 2025/09/25
Note : 78%
Posté par : Mäx Lachaud

A priori, les univers de Dawn + Dusk Entwined et de Nature Morte n’avaient pas grand-chose en commun. L’un développe une musique chantée, synthétique, mélodique et aux accents néoclassiques et martiaux, quand l’autre s’aventure dans des paysages drone brumeux et instrumentaux. Pourtant, nous apprécions autant leurs deux mondes et leur intransigeance artistique. Les deux projets français avaient pu se retrouver il y a une quinzaine d’années en arrière sur la même compilation, Douche Froide Series 1 : Icy Breath on Burning Flesh, d’où le fait que leurs chemins se sont forcément croisés. Alors que Dawn + Dusk Entwined s’est montré particulièrement actif depuis une bonne poignée d’années, Nature Morte s’était fait très discret depuis 2017 et, quelque part, c’est en envoyant ces esquisses de morceaux à Dawn + Dusk Entwined qu’il a pu sortir de cette hibernation.

D’emblée, le ton se fait très enveloppant et les huit pistes, très climatiques, se situent clairement dans la lignée d’une musique dark ambient introspective, nocturne et naturaliste. Les morceaux dégagent quelque chose d’intemporel et de mélancolique. "En mémoire de la Forêt" est un bon exemple de cette fusion fascinante. On a l’impression de se fondre au milieu des éléments, couverts par la pluie, alors que le tonnerre résonne au loin, puis des éclaircies fantomatiques apparaissent et pratiquent leur poignant sortilège. Voix et percussions se mêlent ensuite à ces volutes éthérées pour créer une tension menaçante et purement cinématographique, pour s’achever en bout de course sur une sorte de pulsation cardiaque qui renvoie à des paysages intérieurs et non plus extérieurs.

Les deux musiciens aiment l’hypnose générée par la boucle, et les sons lents et hallucinatoires. Les voix et les mots sont présents sur tous les morceaux mais comme provenant toujours d’une autre réalité ("La Vision") où angoisse et extase semblent parler un même langage. Plus on avance, plus l’album verse dans l’inquiétant et l’apocalyptique, comme sur "Rage", véritable soundtrack horrifique ponctué par les aboiements de cerbères sauvages. Le morceau suivant nous amène d’ailleurs directement au Léthé, ce fleuve des Enfers dont les eaux ont le pouvoir d’effacer la mémoire. Au loin se font entendre les feux et les pleurs. Après ce périple très noir à la limite de l’industriel, "Mauvais Sang" semble plus doux et presque folk, avec ses chants de sirènes et ses cordes évanescentes, auxquelles s’ajoutent de discrètes notes de piano mêlées au son des oiseaux. Les effets sur les voix ne sont pas sans rappeler les interférences de la Black Lodge de Twin Peaks. Comme dans un film, le thème du titre "En Mémoire de la Forêt" clôt ce périple onirique et parfois cauchemardesque. Un pari réussi qui demande un petit temps d’adaptation en début de parcours tant son écoute est enveloppante ; mais dès la troisième piste, on est happé, et le disque ne nous lâche plus.

Tracklist
  • 01. Failles
  • 02. L'Incomplétude
  • 03. En Mémoire de la Forêt
  • 04. La Vision
  • 05. Rage
  • 06. Léthé
  • 07. Mauvais Sang
  • 08. L'Écho du Crépuscule