Il y a cette organicité, cette spatialité en même temps. Sur son troisième format long, Pull Me Toward The Dark (successeur d’Open Roads et Colossal Sleep), le projet incarné par Jeff Wilson (Chrome Waves, Contrition, ex-Nachtmystium/Wolvhammer) franchit un palier.
Il y a une élégance, une incarnation. Une épaisseur climatique est gagnée ("Over my Shoulder") et dans ce qu’il impose de physique (l’élan gothic rock de "No Time for Love", les pesanteurs coldwave de "All these Years"), Deeper Graves affirme une inédite puissance évocatoire. Le registre vocal medium-grave, maîtrisé, se fond avec cohérence dans une esthétique globale assez codifiée. Point fort ou faible, selon que vous aspiriez à retrouver un feeling à l’ancienne ou que vous guettiez l’effet de surprise.
L’effet de surprise n’est, cela dit, pas absent : il se niche dans un machinisme résiduel, qui ancre le son dans une cinématographie anxiogène et qui crée des bulles instrumentales au sein d’une collection orientée "chansons" (la première moitié de "The Truth"). Sur un plan stylistique, Deeper Graves est dans un moment d’affirmation et d’intimisme prégnant en même temps que de recherche de puissance physique. Se gagne à travers la globalité cet équilibre singulier fait des creux et pleins d’une forme, cette narration qui vous tient en haleine. Au tonal se ressent une fragilité, un sentiment d’insécurité, éléments conférant authenticité et force évocatoire à ces sculptures, au grain fataliste et à l’organicité aérienne ("Where do we go from here"). Les chansons s’enchaînent et vous revenez vers elle, ressentez progressivement ce que tout ensemble n’engendre pas par décret : un attachement, mû par ce sentiment que les choses sont tenues. Fruits d’un soin, une ambition. Sans doute, en définitive, ces chansons sont-elles un peu plus que de la simple musique.