Sixième long format pour Dekad. Dès l'entame, on est encore subjugué par la netteté des pistes, chaque ligne à sa place, avec un son précis, clair, efficace. Ce soin porté aux sonorités et à leur agencement entre elles forme un écrin spatialisé, une sorte de sculpture sonore aussi agréable à écouter qu'à visualiser.
Sur cette base marmoréenne, le groupe façonne ses compositions, petites perles synthpop mélancoliques ("Adrenaline", "Hidden") ou formats plus musclés ("You don't", "I should have"). La voix fascine, en équilibre entre la sensualité et la chaleur d'un côté ("Disconnected", "A minor Fact") et une légère froideur ("Welcome to my Nightmare"). JB Lacassagne n'a pas la plus belle voix du monde (Peter Murphy, Gregg Anthe, Dave Gahan...), mais la connaissance fine qu'il a de ses capacités lui permet de la positionner de façon efficace, évidente. On retrouve ce plaisir entre un chant pop lorgnant vers un aspect crooner, que la vague des Mesh, VNV Nation, Covenant avait su partager, ouvrant ainsi l'EBM à des paysages neufs.
Plus loin, "Time and Space" clôt habilement le disque, avec un slow sensible sur la perte, la disparition et la capacité à transformer la douleur en une sorte de sérénité, quand bien même le son pour l'accompagner reste à trouver.
Revenons en arrière. "I should have" possède ce rythme EBM immédiatement identifiable, accrocheur. Le groupe s'ingénie à le perturber, jouant des accrocs de pistes saturées d'un côté, équilibrant ensuite avec des délicatesses, et laissant la mélodie placer ses points. C'est comme une composition en déplacements constants, livrant la bataille du cœur et des poings. C'est très bien agencé, rythmé, évolutif, avec suffisamment de riffs et de gimmicks pour avoir toujours l'attention mobilisée. L'envolée aux deux tiers témoigne de cette habilité à créer un climat qui libère. La musique est aussi une catharsis. "I should have" expose ainsi l'écart entre celui ou celle qui chasse des illusions (la gloire, l'argent...) et celui qui reste au sol, incapable de changer le cours des choses, qui a soutenu malgré ses valeurs et qui a tout perdu.
"No Human" s'impose également comme un grand titre : déjà, Dekad soigne une introduction sérieuse, donnant à la composition une importance au sein du disque. Le rythme est lent, marqué par les percussions, la ligne principale avance pesamment, tempérée par des volutes aussi bien rythmiques que mélodiques qui allègent la densité émotionnelle.
L'album est varié, équilibré, avec un visuel un peu angoissant, reflétant la difficulté des rapports humains par ce visage humain, filtré par l'écran, comme portant des cicatrices numériques et faisant la tête, crâne rasé, entre poupée et reconditionnement.